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Face à nous : une immense photographie en noir et blanc de la blonde la plus célèbre de France. La belle, en papier glacé, respire la joie de vivre au volant de sa superbe Floride. Quelques minutes plus tard, l'exposition nous apprendra qu'à cette époque-là, elle a déjà faillit se foutre en l'air plusieurs fois. Le mythe et toute sa complexité sont là, face à nous. Bardot en couleur, en noir et blanc ou en sépia, de La Madrague à Alméria, ouvre les portes de ses années insouciantes. Un régal pour les yeux et pour la libération de la femme.

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Bientôt 40 ans que la Bardot s'en est allée, fuyant l'objectif des caméras à jamais. Malgré ce départ surprenant, des années plus tard, BB fait toujours des ravages. L'exposition que lui consacre l'Espace Landowski à Boulogne-Billancourt, depuis la rentrée, en est la preuve vivante. À peine arrivez-vous à vous frayer un chemin pour accéder à la première salle de l'exposition que vous voilà pris au piège de la folie Bardot. La salle « Haine, amour et trahison » ouvre le mythe sans demi-mesure. BB est partout. Au mur, un puzzle gigantesque : photographies, coupures de presse, interviews, vidéos, extraits de lettres viennent faire revivre l'hystérie que déclencha la star. Entre « Bardolâterie » et « Bardot-phobie », les spectateurs les plus jeunes découvrent amusés les réactions d'une France austère et conservatrice à l'égard du mythe Bardot. Les spectateurs les plus âgés, quant à eux, se souviennent de ce temps où une midinette aux formes avantageuses venaient foutre en l'air la morale étriquée de leur douce France de l'après-guerre. Car avant d'être une mannequin, une actrice ou une chanteuse, Bardot est indéniablement cette femme qui libéra des générations de femmes. La phrase peut faire sourire, entrainer l'ironie, pourtant elle se justifie en quelques regards. Photos, plans et scènes mythiques se succèdent pour expliquer le mythe.


Dans les salles suivantes : portraits de famille, éducation bourgeoise et disciplinée, chambre toute rose recomposée pour l'exposition, objets personnels... Face à un tel déferlement de la chose intime, le spectateur s'interroge : comment cette gamine, venue d'un milieu aisé et conservateur, a pu libérer toutes ces générations de femmes? La réponse est claire, elle s'affiche quelques mètres plus tard : « Et Dieu... créa la femme ». Brigitte Bardot, durant ses 20 ans carrière, ne cessera jamais finalement d'incarner la petite Juliette Hardy, héroïne du film de Vadim, que le réalisateur définissait comme « une jeune fille de son temps, qui s'est affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société et dont la sexualité est entièrement libre ». Brigitte Bardot n'a jamais cessé de rejouer son premier rôle. Avec une délicieuse naïveté, elle a déboulé dans une France sclérosée et a, avec malice, déchiré les corsets et jupes longues des jeunes femmes, ébouriffé leurs cheveux longs et libéré leurs pensées et sexualités, par la même occasion. Les jeunes filles l'ont suivi, lui volant au passage sa « BB attitude » : moue ravageuse, yeux étirés d'eye-liner noir, ballerines Repetto, jupes crayons et bikini sexy. Un long labyrinthe de 100 mètres de long fait défiler avec mélancolie les rôles clés de Bardot : la rencontre magistrale avec Gabin, la douleur d'un tournage avec Clouzot, une escapade latine avec Louis Malle et Jeanne Moreau, un tour chez Godard... Affiches originales, photos inédites, extraits de films, interviews viennent agrémenter « Le cinéma de Bardot ». Sans surprise, on (re)découvre que la belle a souvent enchaîné les rôles d'adorable idiote, aux formes avantageuses, une femme fantasque, objet de tous les désirs, ceux des réalisateurs comme des anonymes.

brigitte bardot


Or Brigitte Bardot n'était pas cette fille facile, juste une jeune femme, libre au soleil sur les plages de Saint Tropez, ou libérée en pantalon et décoiffée à l'Élysée. « Libre » tel est la qualificatif qui semble le mieux la définir au fil de ces salles aux couleurs sucrées et alléchantes. La Bardot s'affiche en toute liberté. Libre d'être une femme « Don Juan », d'inverser les rôles, de collectionner les hommes comme certaines auraient collectionnés les robes de grands couturiers. Libre de s'affranchir des mâles, libre de désirer qui elle désirait, libre d'abandonner mari, fils ou amant. En toute insouciance, Brigitte Bardot a libéré le deuxième sexe a grands coups de démarches lascives, de regards de séductrice, d'attitudes enfantines et de « Moi, je joue ». Mais un jour de 73, BB parait lasse de jouer et de « faire ce qui lui plait » comme le disait si bien Simone De Beauvoir. Clap de fin sur une carrière de 48 films et 80 chansons. BB prend le large.


« Babette s'en va t-en guerre » semble conclure l'exposition qui lui est consacrée. L'ex-poupée s'éprend de la cause animale au tout début de sa carrière et c'est pour cette même cause, qu'elle plaque tout, cinéma, chanson, vedettariat. BB n'est plus, il ne subsiste que cette Fondation Brigitte Bardot. « L'alcôve consacré aux combats de Brigitte Bardot comportera certaines images insoutenables qui ont poussé l'actrice à s'engager totalement pour la cause animale » souligne le flyer. On n'ose alors s'aventurer dans un tel endroit. Le motif de ce refus n'est certainement pas « les images insoutenables » promises. Le motif est dans le refus de terminer le mythe Bardot ainsi. Terminer le tourbillon Bardot dans une salle, où l' animal est plus important que l'humain, une salle où les (vieilles) admiratrices de BB se pavanent, avec fierté, vêtue de leurs manteaux de fourrure et de leurs arrogances des beaux-quartiers. Non, on ne peut conclure le mythe Bardot ainsi. On s'y refuse. On ne veut garder d'elle que le souvenir éternel, l'image fugace, de cette éternelle gamine insouciante et libérée des carcans de la société. Une superbe fille sur sa Harley Davidson. Un délicieux jouet aux bruits indécents : « SHEBAM! POW! BLOP! WIZZ! ». Une jolie fille qui jouait à la perfection les belles ingénues et dont le plus beau rôle reste, inéluctablement, celui d'un deuxième sexe à jamais libérée.

 

Exposition Brigitte Bardot, les Années "insouciance"

 

Brigitte Bardot dans La Vérité de Henri-Georges Clouzot (1960) :



Tag(s) : #Culture & the city

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