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Le jour tant attendu est arrivé. Le temps est grisâtre mais le coeur est au rendez-vous. Une fois La Seine traversée par le beau Pont des Arts, on se plait à s'aventurer dans les rues typiques du VIIème arrondissement. Sur la rive gauche, on découvre alors par inadvertance la plaque verte tant attendu. Elle affiche fièrement : « Rue de Verneuil ». C'était qui ce type d'ailleurs? Un mec dont on a strictement rien à foutre à vrai dire. On est venu pour l'autre type. On est venu lui dire, que malgré tout ce temps, il ne nous a pas quitté. La rue est là, on s'avance et l'autre type ne peut nous échapper, tellement sa trace est éloquente. Sur un vaste mur  jadis blanc, non loin de nous, des messages, des tags, des dessins par milliers dissimulent l'adresse mythique : 5, Rue de Verneuil. Face à cette porte peinturlurée les premiers accords de « L'Hôtel Particulier » se font entendre. Ils disent : « Au cinquante-six, sept, huit, peu importe. De la rue X, si vous frappez à la porte. D'abord un coup, puis trois autres, on vous laisse entrer. Seul et parfois même accompagné ». Et si, c'était vrai?


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1969. Outre l'année érotique, 69 est aussi l'année où Serge Gainsbourg acquiert le mythique 5 Rue de Verneuil. Après avoir vécu deux ans dans une petite chambre à la Cité Universitaire où un piano prenait toute la place, Serge Gainsbourg, star montante de la chanson française, décide de voir plus grand et de s'offrir un nid douillé pour voir fleurir sa passion amoureuse avec une certaine Brigitte Bardot. On connait, hélas, la suite : la Bardot ne viendra jamais au 5, Rue de Verneuil, elle préféra fuir à Alméria. Dans son « Hôtel Particulier », Gainsbourg écrira son hymne à l'amour un Initials BB d'une sombre et triste réalité. Encerclé de murs teintés de noirs, l'homme à la tête de chou pleure sa Bonnie. La légende s'évertuera à dire que la couleur des murs n'était autre que celle du deuil insubmersible du départ de la Bardot. Dans la pénombre, Gainsbourg n'aura plus que de BB ces images d'une beauté sulfureuse égarées aux quatre coins de la pièce principale de son hôtel particulier.


Quelques années plus tard, le 5 Rue de Verneuil assistera à la naissance d'une autre passion amoureuse et artistique. Sous le toit de cet hôtel si particulier, la plume Gainsbourienne rencontrera le charme mutin d'une beauté anglaise à la légèreté jamais égalée. De cette alchimie s'éveillera un poème symphonique aux élans romantiques (L'histoire de Melody Nelson) et une petite Charlotte au charme effronté. Mais les années 80 passent et les êtres s'effacent. Parents décédés, Jane et Charlotte envolées, le 5 Rue de Verneuil ne sera plus que le théâtre d'un Gainsbourg dévoré par un Gainsbarre. Le 2 mars 1991, en fin d'après midi, Serge Gainsbourg s'éteindra des suites d'une énième et ultime crise cardiaque. Depuis ce jour, le 5 Rue de Verneuil est un passage obligé pour tous les amoureux de la verve gainsbourienne. Véritable lieu de culte, les messages ne cessent de se dessiner sur la façade du poète. Porte, fenêtre, marche, grille d'entrée, sont recouvertes de dessins furtifs et de messages attendrissants. Même quand il n'y a plus d'espace pour remercier Gainsbourg de son oeuvre, il y en a encore. Ainsi, le mur du 5 Rue de Verneuil se veut à l'image de son légendaire propriétaire : propice à la création et à l'imagination débordante, il ne cesse avec le temps de se couvrir de mots et de dessins nouveaux. En perpétuel mouvement, ce mur - qui ne sera karcherisé qu'une seule fois avant que le voisinage se résigne à le voir peinturluré à jamais - est la preuve ultime de l'ingéniosité de l'oeuvre de Serge Gainsbourg que le public ne se lasse pas de découvrir.


 







 

Tag(s) : #Chroniques de l'asphalte

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