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En 1929, sérieusement touchés par le crash de Wall Street, les États-Unis connaissent des heures bien sombres. La période est dorénavant à La Grande dépression. Le peuple américain après avoir été témoin de l'écroulement de la bourse, et par conséquent de la chute d'un pan tout entier de leur vie, a nécessairement besoin de se vider la tête en allant courir les dancings. Dans ces lieux particuliers, tard la nuit, l'Amérique se retrouve sur une piste de danse bondée, débordante de fumée et de jeunes filles aux coupes à la garçonne. Les demoiselles se rêvent en Louise Brooks tandis que les garçons les font tournoyer sur la piste de danse au son de Louis Armstrong. Un pas dans ces clubs à la musique entraînante et réconfortante suffit à oublier les tracas économiques et idéologiques du moment. Le jazz devient alors la musique américaine la plus populaire et le swing règne en roi sur les dancings. Ça balance pas mal pendant la crise!


Bien des années plus tard, le terme « crise » n'a pas fini de nous tourmenter et les grandes dépressions ne sont jamais très loin. Alors pour tenter d'oublier les soucis économiques et idéologiques de son pays, on sort tard la nuit, à en oublier parfois que les journées existent, et on s'enivre au son d'aujourd'hui. Mais le son d'aujourd'hui swing t-il assez? À écouter la nouvelle petite compilation merveilleuse de Béatrice Ardisson, il semble que « rock your body » des ondes actuelles est bien loin du bon vieux swing de jadis, fabuleux porteur d'un énergie positive et extrêmement communicative. Béatrice Ardisson, reine de la nuit et des reprises originales, a regroupé standards et titres oubliés de ce swing d'antan sur une compilation décalée à l'image de sa fidèle collaboration avec le label Naïve.


Swing mania

Chez Naïve, Béatrice Ardisson a crée de nombreuses (et talentueuses) collections. Parmi elles, les très énergiques et éclectiques « Paris Dernière » et « Mania ». Collectionneuse dans l'âme, l'ancienne styliste de chez Kenzo, fabrique ces petites merveilles musicales comme un grand couturier partant à la recherche de matières et d'idées nouvelles pour de nouveaux succès. Après avoir célébré des grands noms comme Dylan et Bowie avec sa collection « Mania », la reine des nuits fauves a concocté pour son label, si unique, un nouveau projet très spécial. En temps de crise, pourquoi ne pas ressortir les vieux classiques du swing et rendre hommage au jazz américain... mais le tout sous forme décalée bien évidemment?


Pour l'été Swing Mania débarque dans les bacs... des bons disquaires. Un fois sur la platine, ce nouvel opus de la collection « Mania » produit l'effet tant attendu : retour vers le passé. Peu importe le lieu ou les événements, les décors changent et les êtres aussi. Malgré la modernité décalée des dix-neuf (et neuves) pièces de l'album, le charme est intact et c'est avec plaisir que l'on plonge la tête la première, et le fessier endiablé ensuite, dans l'époque de la prohibition, des cheveux courts et des robes perlées qui remuent au son du swing. Ça balance à nouveau pas mal!


Excellant dans l'art du décalage, cette nouvelle compilation « Mania » débute par le groupe électro Moloko qui ouvre le bal avec une version très jazzy de son tube des nineties « Sing it back ». La suite est réservée à quelques classiques du genre tel que l'inévitable Duke Ellington ici repris avec son mythique « It Don't mean a thing » par le nu-jazz du Club des Belugas. On se remémore aussi avec plaisir l'un des standards les plus populaires du jazz « I wanna love by you » que la voix lascive de Marilyn Monroe murmurait à Tony Curtis dans Certains l'aiment chaud de Billy Wilder, et qui est ici murmuré par la canadienne Molly Johnson.


Au-delà des classiques auxquels Béatrice Ardisson et des musiciens de génie offrent une seconde jeunesse, quelques perles nouvelles s'incrustent dans les standards du jazz. Parmi elle, le succès majeur de Lou Reed sorti en 1972 : « Walk on the wild side ». Revisité ici par la french touch du swing, les Pink Turtle, ce « Walk on the wild side » apparaît soudainement très jazzy, sorti tout droit d'un autre temps, d'un New York, New York, où l'on ne vit que de musique et de dope et où il fait bon marcher sur la mauvaise pente tout en claquant des doigts! Clarinette et trompette alimentent chaque titre de manière énergétique et positive. Swing et électro s'allient à merveille pour illuminer en cœur des titres passées (Louis Prima et son « Sing, sing, sing) et des sons plus récents (Caravan Palace et son « Jolie coquine »). On accordera une mention spéciale à la présence classieuse d'Alain Chamfort et son « Marketing de la poésie », titre issu de son très gracieux  Une vie Saint Laurent , son dernier album où il conte la vie du grand couturier en chansons.


La collection des jolies pépites du jazz regroupées par Swing Mania se clôture par un morceau hexagonal, culte et zazou dans l'âme. Le fou chantant Johnny Hess enregistre en 1938 son « Je suis swing », titre qui vient refermer cette piquante parenthèse créée par Béatrice Ardisson pour Naïve, label sincère et spontané à l'image du swingde ces années folles, dont le petit grain de folie manque tant à la société d'aujourd'hui. Avec cet épatant programme d'un autre temps (durant un peu plus d'une heure tout de même) Béatrice Ardisson, DJ'ette et chineuse dans l'âme, a réveillé en nous ces vieux gestes (et démons) d'antan : claquements de doigts et petits pas chaloupés. Le disque terminé c'est avec nostalgique que l'on se surprend a chantonné les derniers mots de Johnny Hess : « Le swing n'est pas une mélodie/ Le swing n'est pas une maladie/ Mais aussitôt qu'il vous a plu. Il vous prend et ne vous lâche plus ».

 

" Walk on the Wild side " par Pink Turtle


Swing Mania sur le label Naïve

 


 

 

 

 





Tag(s) : #Musique

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