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joy-sorman-boysC'est l'histoire d'une fille. Une fille pas comme les autres qui voudrait que toutes les filles soient pas comme les autres. Une fille qui rêve d'être virile et amoureuse. Qui veut faire de ce combat sa vie. Pour vivre sa vie un combat de chaque instant. Car « choisir son camp » est une situation de tous les instants. Un camp ça se redéfinit. C'est pas celui qu'on t'a gentiment enseigné et assigné depuis ta plus tendre enfance. Non, ton camp c'est à toi de le bâtir et de le choisir. C'est choisir de sa sociabilité, de sa mise au monde, mieux de « sa mise en circulation sur le marché ». Joy Sorman , elle, a choisi tout ce que la société ne te propose pas de choisir. Et elle veut te le faire savoir, histoire que tu en saches un peu sur son histoire. Histoire que ton existence ne soit pas une répétition des autres existences. Histoire que de temps en temps, tu te replonges dans la lecture de son vif et virulent Boys, Boys, Boys histoire de pas perdre le nord pauvre fille que tu es.

 

C'est l'histoire d'une fille qui parle comme ça. Très vite. Très ciselé. Avec plein de phrases courtes et de points à l'intérieur de son phrasé. Ouais, elle va vite la trentenaire. Parce que on n'ignore de quoi demain sera fait. Parce que dans la vie on n'a jamais assez de temps pour parler. Pour discuter politique, pour s'engueuler sur la politique. Pour expliquer le couple, pour justifier ses choix. Bref, pour faire de sa vie un truc qui vaut la peine d'être vécue. Notre fille donc chérit l'érotisme dans les mots, les verres d'alcool, les cendriers pleins et la polémique à toutes heures de la journée. De préférence la nuit, d'ailleurs. Notre fille en plus d'être souvent bourré à cause de ses soirées entre mecs qu'elle apprécie tant, est bourré d'interrogations. Ou plus exactement de questions qui te sont destinées, pauvre sexe. Des questions pour te tirer de ta torpeur. Pour te dire, jeune demoiselle essaye d'agir autrement, de fuir les dîners entre filles. Parce que soyons clairs et honnêtes : le dîner entre filles c'est refuser le monde, c'est renoncer, c'est courber l'échine. Or c'est pas parce que c'est le rôle qui t'est destinée depuis des lustres que tu dois l'accepter. Au contraire la prose assassine de Joy Sorman te conseille de balancer ce mauvais scénario à la gueule du créateur.

 

Attention à ne pas se méprendre. Car là j'ai le sentiment que Joy t'effrayes. Aucune raison. Violence douce. Violence verbale. Chez elle le geste violent, la parole emportée et pertinente se justifie toujours. D'arguments décisifs. Du genre à te faire sourire sur le coup, pour l'instant suivant te désarmer sur ta pauvre condition, que tu dois sauver pauvre conne. Ainsi l'écrivaine t'apprend qu'être pertinente ou concernée en privé ne vaut rien. Il s'agit de prendre la parole, il s'agit de le devoir à son sexe, à ses frustrations, à ses silences. Alors à défaut de prendre la parole pour le moment, t'écoutes celle de Joy qui te dit quoi faire, qui te désinfecte de toutes les saloperies qui te contaminent l'esprit. Elle te file des pistes pour vivre. Éviter les temps morts, saturer l'espace, avoir toujours quelque chose à faire, être Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, ne pas se reposer nulle part. La prose de cette fille socialiste, féministe, un peu chiante, sosie d'une chanson de ce bon vieux Renaud, sature l'espace, ne se repose pas une seconde et nous condamne à faire de même si l'on veut échapper au destin de fille.

 

Boys, Boys, Boys de Joy Sorman (Gallimard)

Tag(s) : #Musique

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