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Ce sentiment si commun qui anime les deux sexes un jour ou l'autre semblait ne jamais  pouvoir contaminer le corps de Catherine M.  Cette éminente personnalité de l'art contemporain a surpris le monde entier en publiant le récit de sa vie sexuelle. C'était il y a maintenant cinq ans, Catherine Millet, fondatrice d'Art Press, enthousiasmait la critique et les lecteurs avec le récit d'une vie sexuelle pas comme les autres, assumée et dévoilée avec le talent d'une écrivaine au vocabulaire indomptable.

A la rentrée littéraire 2008, Catherine Millet revenait sur le devant de la scène avec une suite de sa vie sexuelle, une suite improbable : Catherine M. endosse le sentiment de la jalousie. La femme aux mœurs vagabondes, aux plaisirs solitaires et partagés, à la fascination pour la sexualité de groupe, dévoile sa blessure cachée. Le hasard a voulu qu'elle tombe sur le carnet intime de son compagnon, l'écrivain Jacques Henric, où celui-ci relatait quelques-unes de ses relations extra-conjugales. A partir de cet instant, Catherine Millet se retrouve coincée dans le piège de la jalousie. Celle-ci la prend à la gorge, la serre de toutes ses forces, la hante jour après jour. Car, chez Millet comme chez tous les mortels, la jalousie comme la rupture est physique : elle fait mal, s'empresse de vous poignarder dans le dos au moment où vous ne l'attendez pas.

La jalousie devient alors son quotidien. Un quotidien bercé d'imagination, de rêve et de suppositions. L'artiste tombe prisonnière de son imagination féconde et de ses rêves paranoïaques. Chose impossible : elle ne rêve plus de sa vie sexuelle, mais de celle de Jacques, son compagnon. Cette découverte bouleversante va pourrir ses entrailles et déclencher en elle un grand désordre mental. Là où certaines femmes deviennent hystériques face à leur compagnon menteur et calculateur, Catherine Millet, elle, devient hystérique à cause de son imagination démesurée. Sa facilité à se fabriquer des histoires, des fantasmes quasi burlesques fascine le lecteur et l'entraîne vers des contrées peu communes.

Femme cultivée, qui enfant rêvait de quitter le schéma traditionnel offert par une société réactionnaire, Catherine Millet propose ici un sujet difficile, à la syntaxe incroyable et au vocabulaire complexe. Sa vie sexuelle, soumise au sentiment ignoble qu'est la jalousie, se retrouve condamnée à une douleur nouvelle. L'héroïne cherche alors à se fondre dans un ailleurs, hélas ! « le malheur du monde ne me faisait pas ressentir moins douloureusement celui dont je pensais être touchée, cela l'exaltait souterrainement ». La jalousie devient obsession et oppression. Bien évidemment, le récit de cette descente aux enfers n'est pas du goût de tout le monde, on pourrait même la taxer d'illégitime. Après avoir lu
La Vie Sexuelle de Catherine M. où l'auteure pose une regard tantôt froid, tantôt amusé sur les détails d'une vie sexuelle novatrice, on se plaît à penser que la jalousie de cette femme aux milles et un amants n'est pas sensée. Impossible de se raisonner et de se rendre à l'évidence qui voudrait que, dans un couple, la liberté de chacun est légitime. Blessée, Catherine Millet perd sur son propre terrain à cause de rivales de 20 ans, à la beauté pure et innocente : « La sexualité était le territoire où j'excellais, avec elle je disposais là, pour me rassurer, me flatter, me faire oublier, m'apaiser, d'un domaine où je ne connaissais pas d'entrave. » L'entrave surgit du carnet intime. La jalousie devient un fléau que l'on ne soupçonnait pas.

Lire Catherine Millet s'apparente à l'action suprême de lire du Freud ou s'allonger sur un divan pour chercher à comprendre le pourquoi du comment. Petite fille, Catherine Millet rêvassait au dessus de ses livres ou devant sa fenêtre. Des années plus tard, elle a franchi le seuil de la scène dont elle avait rêvé et devient personnage principal d'une liberté qui se retourne contre elle, la renvoyant à un des pires défauts de l'âme humaine. Philippe Sollers dans une critique livré au « Monde » dit de son premier livre qu'il fut « excellent, très bien écrit et absolument sidérant. Jamais une femme n'avait pris la parole ainsi pour raconter sa vie sexuelle. » Bombe lâchée dans la littérature érotique, le premier ouvrage de Millet ne laissa personne indifférent, le deuxième est de la même veine. Avec une écriture particulièrement brillante, Catherine Millet complète sa vie sexuelle et la liberté éclatante qui va avec. Cette débâcle de la sexualité ne signifie aucunement débâcle des sentiments et par conséquent n'empêche aucunement les pièges imminents de la jalousie et de sa douleur monstrueuse. « Libertine, je n'ai sûrement pas été volage. Je regarde ceux qui enchaînent les histoires d'amour comme les personnes d'une race étrangère dont je ne connais ni la langue ni les mœurs. Il fallut beaucoup d'années, des centaines de milliers de caresses, des milliers de discussions et un petit nombre d'épreuves traversées ensemble pour que j'identifie le sentiment que j'éprouvais pour Jacques à un sentiment d'amour. » Passionnant, ce
Jour de souffrance détaille des années de souffrance où l'intelligence exquise de Millet est rongée par ce sentiment si désastreux et humain qu'est la jalousie.


Jour de souffrance de Catherine Millet

Tag(s) : #Littérature

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