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Attention, je vous préviens d'emblée : on ne peut lire la chronique qui va suivre sans écouter ça en arrière-fond (par ici!!!!) pour réellement comprendre l'émotion phénoménale née sur un petit écran de province il y a maintenant quelques jours.

 

Runaways4Si vous êtes une fille, si vous aimez le maquillage de Bowie et les déhanchés sexuels de l'iguane, The Runaways, biopic rock et féministe (si, si je vous jure !), est conçue pour vos petites oreilles et vos petits yeux. À l'écran, ni ce cher Iggy, ni Bowie ne pointeront le bout de leurs minois déjantés, pourtant l'orgasme musical sera au rendez-vous avec les tonitruantes rimes de Joan Jett et Cherie Currie. Idoles d'un autre temps (qui avait totalement échappées à ma culture musicale) elles reviennent pour les fans et pour les incultes dans mon genre. Le pitch : Los Angeles, 1975. Joan Jett et Cherie Currie, deux adolescentes rebelles, se rencontrent et deviennent les figures emblématiques de ce qui se révélera être le plus célèbre des groupes de glam rock féminin, les Runaways. Le premier groupe exclusivement féminin méritait amplement un biopic fulgurant et énergétique !

 

En se penchant sur le (court) destin des Runaways, de leur environnement musical et familial, la scénariste/réalisatrice Floria Sigismondi dresse le portrait de l'éternel teenage dream. La fuite, les rêves, les fringues et le maquillage outrancier, la provoc' et l'envie fugace de dire au reste de l'univers « j'existe dans votre satané monde trop étroit pour moi » telles sont les ingrédients de ce cocktail explosif, qui vous monte à la tête au point de ne plus vouloir en ressortir! Unique le parcours de ces filles jugées « bizarres » en 1975 se révèlent peu à peu, sous la caméra Floria Sigismondi, universelle. Il y a un peu de toutes les adolescentes de chaque époque dans la fougue et l'envie de Cherie et Joan. Malgré la différence de génération, de goûts musicaux ou de style vestimentaire, il n'y a aucun mal à entendre et comprendre les désirs de ces jeunes filles dont l'Amérique refusait d'entendre les soubresauts.

 

Ces soubresauts des âmes et des corps de Cherie et Joan c'est Iggy, Bowie et les autres qui vont les entendre. Au milieu de cet univers idéal, banlieue pavillonnaire rectiligne de L.A et brushing parfaits des mères aux foyers des seventies, il existe l'autre monde : celui où on porte avec joie des blousons en cuir à la Suzi Quatro et des t-shirt à l'effigie de Bowie, celui où on admire pas L.A de son modeste pavillon mais de l'écriteau monumental « Hollywood » surplombant la Cité des Anges. Joan Jett et Cherie Currie appartiennent à ce second monde. L'une est une frêle brunette à la moue irrésistible. Joan (Kristen Stewart) a une démarche de sale mec, elle préfère les filles, les rêves faits de musiques et squatte ,de ce fait, les boîtes de nuit. L'autre affiche un visage d'ange, un blond pur et une timidité attachante. Cherie (Dakota Fanning) écoute Bowie en solo dans sa chambre du pavillon familial. Radicalement opposées, les deux adolescentes vont pourtant devenir ce que toute une époque récuse : des stars du rock... qui ouvriront la porte à des générations entières de filles électriques!

 

TheRunaways

Les biopics c'est comme toutes les modes : séduisant au début et gonflant sur la fin. Sauf que ces Runaways là débarquent pour jouer les exceptions dans la décrépitude actuelle de la mode des biopics et ça fait un bien fou! Pas de pâles copies, pas de médiocres lassitudes mais une composition bluffante et une fulgurante histoire de bonne musique, de cœurs, de guitares et de défonce. Alors, oui, peut-être que si les vraies Runaways n'avaient pas explosé en plein vol et si Cherie avait évité les crêpages de chignons à la rock'n'roll attitude, le résultat aurait légèrement décevant, moins imprégné certainement de cette force foudroyante née du duo impeccable de deux talents complémentaires qui explose si bien tout le long du film. L'aventure éphémère des Runaways rend le récit encore plus électrisant.

 

Le récit va au vif du sujet, s'aventure dans les instants clés d'une vie qui vous fabrique une personne, un caractère et même un groupe mythique sans jamais en faire trop. Parmi ces instant clés, il faut voir l'interprétation parfaite de Dakota Fanning étonnante en Cherie, peinturlurée à la Bowie, sur la scène du lycée interprétant « Lady Grinning Soul » de son idole sous les regards médusés d'élèves incompréhensifs et moqueurs auxquels elle adresse deux délivrant doigts d'honneur. Ou Kristen Stewart en Joan Jett face à l'excentrique producteur Kim Folley (Michael Shannon) dans une boîte bondée d'improbables genres (glam rock, heavy metal ou punk) et cette idée dingue pour l'époque qu'elle lui propose timidement : monter un groupe de filles! Kim Folley, cinglé puissance 1000, ne pouvait qu'accepter l'idée de dévoiler à l'Amérique entière sa création, née et montée à l'arrache dans une caravane en piteux état de L.A, un groupe de rockeuses énergétiques et... encore mineure.

 

TheRunaways2

Le concept subversif : filer des guitares à des nanas, leur mettre de la poudre au nez et de la sexualité à la bouche, les plonger dans les bains de foule et des amours lesbiens, aurait pu virer au cliché pourtant il évite ce piège fatale et préfère de surcroît nous emporter loin, très loin au pays des Runaways. Un pays qui a tourné court (à peine 4 ans d'existence), la réalisatrice évite les pourquoi du comment et préfère arrêter sa fable lorsque Cherie quitte le groupe. On la retrouvera quelques années plus tard lors de la sortie du tube de son ancienne complice des Runaways, « I love rock'n'roll »...

 

« I love rock'n'roll » voilà ce qui nous trotte dans la tête à la sortie de la projection de ce vibrant biopic qui vous file cette dévorante envie d'endosser des t-shirt à l'effigie de Bowie, de sniffer de la coke et même de tomber follement amoureuse de la sexy Kristen Stewart... C'est pour vous dire si ce biopic fonctionne! Enfin un film de filles qui a des couilles. Après avoir quitté ces filles en or qui n'avaient aucune conscience de leur dimension féministe, vous aussi vous serez à coup sûr atteintes par cette envie furieuse de faire des fuck d'anthologies à la terre entière et de débarquer devant vos parents en petite tenue en crachant le libérateur tube des Runaways: « Hello Dad, hello mum, I'm your ch ch ch ch Cherry Bomb, Hello world, I'm your wild girl ch ch ch ch Cherry Bomb ». (Si vous êtes des mecs c'est valable aussi, la rébellion n'a pas de sexe !)


Bande-annonce : The Runaways 

 


Tag(s) : #Cinéma

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