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Octobre 1955. Dans l'Amérique puritaine des fifties, des hommes et femmes épris de free jazz et de liberté se retrouvent la nuit tombée pour des lectures enflammées à la Six Gallery. Dans la foule curieuse : Jack Kerouac, Neal Cassady, Carl Solomon. Face à eux, un poète récite sa dernière œuvre. Debout, affrontant l'auditoire ou l'Amérique tout entière, Allen Ginsberg clame la prose enflammée d'un poème futur pierre angulaire d'un mouvement en marche, à jamais vivant dans les mémoires. Howl est ce poème plein de bruit et de fureur qui signera la naissance des beatniks. Un poème aux allures de bras d'honneur à une Amérique qui n'est pas la leur. Celle-là même qui deux ans plus tard amènera l'éditeur du « poème sacré de la beat generation » jusque devant le tribunal. L'accusation ? Publication obscène.

 

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Le Howl de Rob Epstein et Jerry Friedman est l'histoire de ce poème incandescent. Insolent pour l'époque. Étincelant pour les générations futures. Il ne faut se méprendre sur l'originalité du sujet. Howl n'est pas un biopic sur Allen Ginsberg. C'est un film sur la création poétique, sur le « comment est né et a survécu » une œuvre mythique de la littérature américaine. Les deux réalisateurs proposent de perdre le spectateur dans le dédale de ce poème fleuve ruisselant d'images décousues, puissantes et visionnaires. Leur récit file à une vitesse lumière sur quatre périodes clés de « la vie du poème » phare de Ginsberg. Ces périodes s'enchaînent à la prose du poète. Elles s'entrelacent pour mieux raconter l'explosion de la création et sa survie lors du procès de 1957. Tout se mélangent, se fait écho : le procès pour obscénité de 1957, la nuit d'octobre 1955 où Ginsberg lit Howl  en public, les prémisses et le processus d'écriture, les jeux de plaisirs et de désir avec les copains Kerouac, Cassady&co, sources même du désir d'écrire de Ginsberg.

 

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Maîtrisé, le sujet séduit par sa volonté à proposer de vrais choix esthétiques donc cinématographiques. Reconstitution en noir et blanc pour la lecture de Howl. Animation pour illustrer les envolées lyriques du poème. Puis un face caméra aux accents verdâtres, bouleversant et amusant, pour la confession de Ginsberg. Dans toutes ces scènes le Allen Ginsberg en question, un James Franco captivant, nous emporte avec lui dans ces mondes multiples (et presque) inconnus. L'écriture de poésie, la littérature, l'homosexualité dans les années 50,  la drogue, le sexe au sein d'une nation qui exècre tout ce qui n'est blanc comme neige. Howl lève le voile sur une période abjecte où sévissait chasse au sorcière, procès pour obscénité et autres horreurs propres à un système de la peur. Peur de voir changer les mentalités.

 

Didactique et charmant, ce Howl est à l'image de son sujet : désordonné, vivant, émotionnel, expérimenté comme la prose de Ginsberg. Hélas, il lasse pour une redite qui ne cesse de revenir hanter le récit d'une médiocre façon. Si le recours aux scénettes d'animation parait bien trouvé au départ, il finit par énerver. À force de suivre du regard ce petit bonhomme frêle qui escalade les toits new-yorkais et arpente les bas-fond de Big Apple, on se demande si l'utilisation abusive de l'animation ne vient pas combler un manque dans un récit un peu fainéant ou hélas restreint par cause de moyens financiers trop légers. Mais une fois le procès fièrement gagné contre des esprits sclérosés, on se dit « qu'importe ». Howl est bien là, battant à la chamade dans les esprits d'hier et ceux de demain. « Qu'importe », c'est comme si la noblesse du sujet, le caractère sacré de l’œuvre de Ginsberg, excusait les fautes cinématographiques. Avec ce Howl, on aperçoit « l'articulation rythmique de l'émotion » si cher à Ginsberg, et ces grands esprits qui traversent sa prose «  détruits par la folie, affamés, hystériques, nus, se traînant à l'aube dans les rues nègres à la recherche d'une furieuse piqûre ». 

 

On y croit, tout simplement, parce qu'il est bon de voir le bon vieux temps sur grand écran. De prendre le recul sur ce temps où les libertés ont été durement gagnées grâce à la prose enflammée de quelques uns et aux consciences armées de quelques autres. Avec le temps, on le sait l'obscénité est véritablement ailleurs. Elle se loge dans l'Histoire. Non pas celles de ces beatniks faites de baises en tout genres, drogues et visions décousues. L'obscénité est dans la grande Histoire. Celle des États-Unis d'Amérique. Gendarme sur ses terres et gendarme du monde, patrie faussement puritaine et moralisatrice. Aussi admirable que détestable. Éternellement.

 

 

 

Bande annonce Howl

Tag(s) : #Cinéma

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