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Une simple croix blanche sur fond noir. Telle est la pochette du plus merveilleux des albums de l'année passée. L'heure est à la rigueur, comme vous le savez. Alors même en musique, on s'économise, on se restreint, on joue dans les sphères de la sobriété... et la sobriété dès fois c'est purement majestueux. Ce fameux X magistral orne la pochette du premier album d'un groupe venu d'outre-Manche, The XX. Dépouillé de tout le superflu habituel, avec des chants à la beauté limpide, la noirceur de ces XX illumine ces temps obscures. Et Dieu sait à quel point on en a besoin...


The XX. Derrière ces lettres symboliques se dissimulent trois êtres inséparables. Jamie Smith, Oliver Sim et Romy Madley Croft ont à peine 20 ans mais des années et des années de complicité derrière eux. Ces londoniens appartiennent à la nouvelle déferlante de la pop anglaise qui a soufflé tout l'hiver sur les meilleures platines françaises. À côté d'eux, on trouve notamment l'énergétique La Roux et la baroque Florence&The Machine. Il semble que les joyaux de la Reine sont bel et bien inépuisables. Chaque année, la presse s'empresse de nous annoncer la révélation de l'année venue d'outre-Manche, à croire que la future grande révolution musicale a toujours lieu sur les terres de sa Majesté.


Mais la révolution se signe cette fois-ci non pas par l'agressivité de guitares électriques éclatées au sol mais par deux lettres sobres et magistrales. Elles pourraient signifier sexe et extase mais la chanteuse Romy Madley Croft préfère y voir, elle, le symbole même d'un « carrefour symétrique et d'un mélange des genres ». On lui cherche des comparaisons grandiloquentes, comme à chaque nouveauté miraculeuse, et pourtant la révélation de l'année s'avère unique. The XX ont toutefois puisé leur source dans de multiples sphères musicales. Construit dans l'ombre, dans la froideur d'une Angleterre qui vit au rythme du rock et du football, le groupe s'est nourri de tous les genres que l'adolescence impose aux oreilles attentives de gosses perdus. Du rock au hip hop, en passant par la new wave et le r'n'b, les petits londoniens ont été gavé de musique dès leur plus tendre jeunesse d'où leur capacité  fantastique à manier les genres et les sensations. Car au-delà des synthés omniprésents et de la noirceur de leur accoutrement, The XX revendiquent (sur leur MySpace notamment) des goûts très éclectiques. De Cocorosie à The Cure en passant par Rihanna ou Mariah Carey, les trois amis goûtent à tous les sons et les expérimentent de manière subjuguante.

 

thexx

Ces gamins-là ont grandi avec les Kills et les White Stripes dans les oreilles et affirment, à chaque note, leur amour inconditionnel du rock. Visages glacials et cheveux longs, ces trois londoniens jouent tour à tour avec toutes les ambiances possibles. De leur rythme noir s'échappent multiples sensations et émotions à contre-temps. À l'heure où l'on étouffe dans une société contaminée par l'oisiveté et l'inutilité, la pureté des onze morceaux de The XX agit comme un électrochoc. Ces onze petit joyaux ouvrent leurs portes sur un paradis perdu, un espace infini où la transparence est reine et où la nonchalance est soudainement clé d'un monde qui ne nous convient plus.


Quand plus rien ne va, les chants hypnotiques de Romy Madley Croft sont là. Elle y joue, avec Oliver Sim, des dialogues sexy et habités. Des cristaux au teint diaphane, à la pureté divine sur lesquels viennent s'ajouter une simple guitare et une basse entêtante, ces voix ne sont autres que celles d'âmes au bord du précipice. Des âmes comme les nôtres. Aussi c'est naturellement que l'on se laisse lentement guider par les « go slow, go slow, go slow » du duo sur « Crystalised ». Avec leurs morceaux nonchalants adaptés au flegme de toute une génération, ces londoniens signent le disque de la « crise ». Un disque à la beauté sidérante où le strict minimum suffit à envoûter les foules, à faire battre du pied inconsciemment et où le corps libre de ses mouvements se laisse acquérir par la dérive réclamer par des riffs obsédants. La voix désabusée et lasse produite par The XX, s'alliant à merveille avec un flot de cordes lyriques et transparentes, happe en quelques secondes par son équation parfaite et rappelle que la musique est avant tout une histoire de « sensation ».


Se droguer à la nervosité épurée de The XX, telle est une manière comme une autre d'échapper au monde et à ses méandres. Leur noirceur n'est finalement qu'un leurre. Il n'y a pas d'horizon plus clair que le leur. Un horizon entremêlé de sentiments confus et d'origines éparses où la nonchalance est soudainement majestueuse. Mélancolique (« Shelter ») puis l'instant suivant psychédélique (« Heart Skipped a beat » ou « Fantaisy »), le premier disque de The XX est indispensable à toute discothèque qui se respecte... Et comme je respecte la mienne, ce n'est pas sans une certaine émotion que j'y range (enfin) mon disque noir à la croix blanche... avec un seul regret : l'absence sur ce disque de la reprise magnifiquement minimaliste de « Teardrops » de Womack&Womack. Mais il est toujours possible de se consoler ici :

 

 


" Teardrops " par The XX

 

MySpace The XX

 

Tag(s) : #Musique

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