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Des histoires de types qui ne sont pas vraiment des gangsters mais qui sont juste vraiment dans la merde. Voilà l'histoire que conte avec humour Samuel Benchetrit. Quatre histoires distinctes, réunies selon une logique temporelle et spatiale qui n'est pas sans rappeler le cultissime Pulp Fiction. Le point commun à ces quatre histoires hallucinantes est une simple cafétéria minable d'autoroute. Dans un premier épisode hilarant se pointe un Edouard Baer en cavale qui braque la cafét' comme François Pignon braquait une banque dans Les Fugitifs, c'est à dire de façon minable mais hilarante. Déstabilisé par un belle serveuse brune aux yeux verts à la voix grave, Anna Mouglalis, il en restera là de sa vie de gangster et préférera commander un "Kim Basinger Burger". Second épisode, intitulé "Pourquoi tu veux mourir petite?" est interprété par un duo belge délirant, Bouli Lanners et Serge Larivière. Ces deux kidnappeurs de pacotilles, avouons-le, décident de kidnapper une gosse de riche aux élans suicidaires. Se forme alors un tendre trio où l'on devine que les deux gangsters "dans la merde" ne sont que des apprentis psy. Leur duo évoque agréablement les tendres disputes de Laurel et Hardy avec des quiproquos à mourir de rires. Nouveau récit, celui de deux stars du rock, ou plus exactement deux monstres du rock sur lesquelles les années ont passé et les rancunes aussi. Rencontre insolite dans une cafét' aux airs de taudis entre les deux voix mythiques d'Alain Bashung et d'Arno. De dos, urinant chacun de leur côté, les deux papys du rock se retrouvent dans les chiottes de ce troquet d'un autre temps.  Jouant leurs propres rôles, les deux chanteurs se retrouvent par hasard en tournée dans la même ville, mais pas dans les mêmes salles. Certains réussissent, d'autres moins. Le dialogue entre ces deux-là causent une perdition entre les frontières du vrai et du faux qui fait diablement sourire. Ces deux monstres se disputent la paternité d'un titre et pas n'importe lequel: Oh Gaby. On s'invente l'histoire d'un titre mythique: Bashung aurait piqué ce titre féminin, Gaby, parce que Arno lui aurait piqué sa muse. La vengeance prochaine se dessine au loin.

Puis voilà déjà le quatrième épisode, un chapitre intitulé: "C'est fou comme tout change". Tout a changé, c'est vrai, sauf ces acteurs et leurs charismes: Jean Rochefort, Roger Dumas, Jean-Pierre Kalfon, Laurent Terzieff... Quatre malfrats septuagénaires pénètrent dans un hôpital pour débrancher le cinquième de la bande. Le spectateur soupçonne une trahison quelconque, une sale affaire. Hélas, rien de cela. L'enlèvement rocambolesque n'est réalisé que pour respecter une vielle promesse, faite dans la cabane, "la planque" de jadis. Roger Dumas se réveille dans la voiture entourés des ex-gangsters aux visages abîmés: "Vous m'avez enlevé pour me buter à la planque?".  C'est alors que les papys font de la résistance partent en cavale avec l'idée de se refaire un casse. Une vieille banque braquée autrefois remplacée par un Macdo, une ancienne planque dans la forêt remplacer par un cafét' et une aire d'autoroute. Les regards des vieux de la vieille se posent sur ce monde en pleine mutation. Rochefort, égal à lui-même dans les tirades emportées, fait remarquer que de toute façon "Tout par en couilles dans ce monde". Tandis que Dumas lâche un désespéré "Parfois, on a l'impression que les choses sont de moins en moins belles".


 


Le cinéma de Benchetrit illumine le noir et blanc, le sublime à l'excès, le renvoie à ce qu'il a de meilleur: un cinéma d'antan qui fait encore rêver. Fantasmer l'autrefois et l'actuel, tel est le devoir Benchetrien, un cinéaste est né. Certains crient "Attention plagiat", il faudrait mieux hurler "Attention hommage" car nous avons à faire ici à un cinéaste amoureux qui filme avec passion ce qui lui a été donné à voir pendant des années. Benchetrit a du être nourrit aux bons classiques, il ne s'agit pas de plagiat mais plutôt d'une éloge très inspirée et d'une admiration innovante. Admiration d'un cinéaste qui va piocher dans tous les genres. Tarantino d'abord avec ses chapitres, ses détournements chronologiques, ses plans fixes et son sens de la perfection. Jarmush ensuite avec cette scène de guest-stars qui fait référence à celle de Coffee and Cigarets où ce bon vieux Iggy Pop rencontre Tom Waits. Puis évidemment, il y a Godard, Godard le technicien, comme chez le maître de la Nouvelle Vague, les dialogues viennent interrompre la musique chez Benchetrit. Puis il y a Godard, le cinéaste et ses acteurs symboles. Là bas, au fond de la cafétéria, derrière la serveuse dite "bizarre", il y a ces photos: Belmondo, Trintignan, sans oublier l'être tant admiré par Michel Poicard, le héros d'A bout de souffle, le charme indéniable d'Humprey Bogart et sa gueule de cinéma. Et ensuite viennent ces dialogues ahurissant dignes des grandes plumes du cinéma français, les Audiard, Lautner&co, ça sent la canaille, les barbouzes, les gangsters que l'on aime. On oubliera pas la révérence faite au cinéma muet tant aimé: les maladresses de Baer et l'intermède muet d'Anna Mouglalis renvoyant au cinéma de Charlie Chaplin et de Buster Keaton.

Film noir, film en noir et blanc aux frontières de l'humour, du dérisoire et du désespoir, J'ai toujours rêvé d'être un gangster est une ode, une déclaration d'amour au cinéma. Un patchwork réussi grâce à une poétique géniale et délirante qui fait naître une atmosphère regretté celle d'un cinéma d'antan, un noir et blanc sublime avec des acteurs de grande envergure, des acteurs heureux d'être là dans ce décor insolite, une bande son référentielle et complètement déglingué (24 Milan Baci, Speedy Gonzales, Volare, Schubert et Bob Marley).


Fantasme de cinéma, fantasme de devenir hors la loi, J'ai toujours rêvé d'un gangster est un délice pour les yeux des amoureux du grand écran. Un monstre de références et de réussites. Une réussite comme son affiche. Photographie magnifique d'une jeune femme torse nu, allaitant un nourrisson, un flingue glissé dans le jean, les cheveux dissimulant le visage d'une beauté fatale, Anna Mouglalis. Film atypique, ni élitiste, ni populiste, cette œuvre est d'une bouleversante sincérité et ouvre les bobines d'un cinéma admiré. J'ai toujours rêvé d'être un gangster, mais qui ne l'a pas rêvé finalement?







Tag(s) : #Cinéma

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