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La claque. La vraie claque de cinéma. Le genre de gifle à ne pas louper, à revoir  juste pour la beauté d'une œuvre ancrée dans la médiocrité de la réalité. La réalité de Cyril Collard. Un écorché vif qui adapta son roman pour le grand écran. Le roman de sa vie, sa vie en mots et en images. Un condensé sublime d'émotions et de douleurs profondes, rarement égalé au cinéma: Les Nuits Fauves.

Dans Les Nuits Fauves , la nuit n'est pas tendre, elle est sauvage, bruyante et brutale. Jean a 30 ans. Il aime les garçons mais aussi les filles. Ou plus exactement: Jean éprouve une certaine difficulté à aimer les garçons et les filles. De cette difficulté et de tout un tas d'autres névroses découle une révolte. Une contestation par le sexe. Dès les premières images, cette femme tunisienne visionnaire fait un constat: "Tu t'es révolté par le sexe parce que tu n'as rien trouvé d'autre". Besoin féroce de vivre, incapacité à faire des choix et à dire non, Jean a voulu vivre trop intensément dans une époque où les nuits sont sordides et les êtres égarés. Alors forcément, il s'est brûlé les ailes. Les rendez vous hebdomadaires à l'hôpital, ses regards sans équivoque pour Samy, et puis sa rencontre avec Laura. Le spectateur se doute mais n'attend que les aveux du héros. Voilà, qu'il avoue à son meilleur ami son incapacité à dire à Laura "Je suis séropositif". L'aveu tant attendu est lancé comme cela, d'un naturel et d'une sincérité subjuguante.

1993. Le choc. Un petit film sort sur le grand écran. Un petit film contant la petite histoire d'un homme, bisexuel, séropositif et amoureux d'une jeune femme de 17 ans. L'histoire de Cyril Collard. Une histoire d'une brutalité innommable. La France choquée dans sa morale étriquée, ouvre les yeux sur une réalité sous sous-jacente, Collard dévoile la sexualité sans tabou: sida, bisexualité, sado-masochisme, fétichisme. Scènes insurmontables où le malaise hante en permanence la pellicule, scènes sur les quais de la Seine où se jouent des choses  habituellement cachés au cinéma, scènes insoutenables à base de fellations, de sodomies,... Nombreux détestèrent le film, et par conséquent sa réalité. Beaucoup préférèrent jouer les naïfs et crier au scandale. Quelques irréductibles saluèrent le miracle et comprirent avec justesse combien la brutalité du scénario, la nervosité de la mise en scène, et la sincérité des personnages firent de ce film un pur chef  d'œuvre.

La pureté. La pureté de Jean se retrouvant comme un gamin, face à ce quelque chose de nouveau, cette joie soudaine où l'on ne se pose aucune question. Tomber amoureux. Au delà, du symbole de la découverte d'une maladie, à l'époque honteuse, Les Nuits Fauves est un film d'amour. Dès l'instant, où Jean croise Laura, le spectateur devine ce qui se joue ou plutôt ce qui va se jouer. Dialogue révélateur où Romane Bohringer envoûte la caméra:"Qu'est ce que tu veux?/ Je trouverais bien quelqu'un d'autre/ Tu trouveras personne d'autres qui t'aime autant que moi/ Qu'est ce que tu sais de l'amour, toi". Il n'en sait strictement rien, elle va lui apprendre. Un amour dans la douleur, un amour passionnel. Jean "s'entête à vivre derrière des bateaux ivres" et s'entête également à ne pas choisir quitte à tout détruire. Détruire celle qu'il aime, celle qui le rend à ses yeux "propre", celle à qui il ne peut rien arriver puisqu'il l'aime. La folie s'emparera de l'être aimée, la mènera aux pires choses par amour, la poussera à jouer les Jules et Jim pour un garçon. Romane Bohringer est magnifique, sublime et mérite une ribambelle de qualificatifs tous plus élogieux les uns que les autres. Elle rendra un vibrant hommage à Cyril Collard en recevant le César du Meilleur Espoir Féminin.

Hommage. Cyril Collard s'en est allé, quelques jours avant la sortie de son chef d'œuvre. La maladie l'a emporté. Mais, il nous a laissé un monument du cinéma français, une œuvre insoutenable et insolente qui marque les esprits. Un unique long métrage, où le fauve rode et supporte la menace tous les jours. La caméra de Collard n'a pas filmé seulement que cette saloperie de maladie, cette étrangère qui condamne, elle a filmé un cri de détresse, mais aussi d'espoir, un hymne à la vie, un désir de vivre insubmersible. Impressionnant.

 

 

 

 

MYSPACE CYRIL COLLARD

 

Tag(s) : #Cinéma

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