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Alors comme ça, il paraît que Monsieur Besson ne voulait plus nous faire rêver! Soi-disant que le maître en matière de superproductions à la française (si, si ça existe!) aurait voulu arrêter de placer son œil ultra-stylisé derrière la caméra. La critique huppée du tout Paris s'en félicitait déjà. Hélas pour elle, elle connait mal l'étrange Monsieur Besson qui a plus d'un tour dans son sac en matière d'histoires farfelues dont le grand public raffole. On l'avait perdu dans les méandres de l'animation, chez des certains Minimoys, le revoilà plus inspiré que jamais dans une adaptation inattendue des aventures d'une héroïne de la Belle Époque : la très charmante et chiante (avouons-le) Adèle Blanc-Sec de Tardi.


Fan de Tardi, pardonnez-moi mon ignorance (à laquelle je compte bien remédier) en matière de bande dessinée. Ainsi, je ne m'attarderai pas sur le point que tout le monde attend, à savoir : est-ce que l'Adèle de Luc Besson trahit l'Adèle crayonnée par Tardi. L'adaptation ne peut-être par conséquent jugée, mais la qualité filmique si! Et Dieu merci, Luc Besson est revenu à ses amours premiers : faire du cinéma avec des yeux d'enfants et non pas faire un cinéma enfantin. Longtemps critiqué pour la médiocrité manichéenne de ses scénarios et ses dialogues affligeants, le cinéaste signe ici un film aussi formidable sur la forme que sur le fond. Un film où l'on ne s'ennuie pas une seule seconde puisque le temps s'y épuise à toute vitesse en suivant à la trace les pérégrinations d'Adèle Blanc-Sec, jeune héroïne en jupon comme il en existe peu dans la filmographie du réalisateur.

 

AdèleBlancSec


Cette Adèle Blanc-Sec possède un charme indéniable. Il faut dire que la demoiselle a du culot pour son époque. Elle préfère toujours écouter son instinct plutôt que son éditeur et c'est ainsi qu'au lieu de se rendre au Pérou, comme ce dernier lui avait demandé, elle part à la découverte de l'Égypte. Mais la journaliste intrépide a de bonnes raisons de se rendre au pays des pyramides : elle doit ressusciter une momie de l'entourage de Ramsès II, ou plus exactement son docteur personnel, afin de sauver sa sœur d'un drame incurable. Mais un ptérodactyle vivant semant la panique à Paris et une flopée de personnages saugrenus contrarient ses plans. L'intrigue est lancée et ne vous laissera aucune minute de répit...


Qu'on se le dise d'entrée : c'est du Besson mais ça commence comme du Jeunet! Paris, la Belle Époque, ses cabarets fougueux et ses tronches improbables semés sur les pavés de la capitale, le tout alimenté par une voix-off, à la fois digne des plus beaux contes et ironique. On se croit dans une copie conforme d'un long-métrage de Jeunet, pourtant les plans sont signés Luc Besson, ou plus exactement un petit garçon épris de rêve et de grand spectacle hollywoodien. Dans une ouverture captivante, le réalisateur dresse son théâtre de la vie avec une malice époustouflante en contant les anecdotes de parisiens qui vont se retrouver au centre de l'intrigue. La narration surprenante élabore des allées et venues entre les personnages. Une tactique propre à Jean-Pierre Jeunet. Le tout nous mène subtilement sur les traces d'Adèle Blanc-Sec que l'on découvre dès les premières images comme une héroïne au sale caractère, une aventurière de la Belle Époque dans une Égypte hostile. Une terre d'hommes peu habitués à voir une femme prendre des décisions. Dès le début, la belle Adèle Blanc-Sec se construit comme une arrogante au sens de la répartie exquis, une aventurière qui tacle à merveille ces collègues de jeu et ne fait aucunement dans les (bons) sentiments. Attachante, parce que loin des héroïnes traditionnelles, cette Adèle Blanc-Sec a du chien et ne se laisse pas faire par ce monde de mâles à la stupidité affligeante. Pour ce rôle, Besson a fait preuve, encore une fois, d'un instinct fou en confiant le personnage principal à la génialissime Louise Bourgoin. L'ancienne Miss Météo de Canal Plus qui trouve ici son meilleur rôle depuis La Fille de Monaco d'Anne Fontaine. Un rôle taillé sur mesure où l'humour décapant et le délectable franc-parler de Mademoiselle Blanc-Sec convient parfaitement au charme décalé de Louise Bourgoin.

 

Adèle3


Autour d'elle, une ribambelle de personnages à l'extravagance folle. Tout d'abord, le redoutable Professeur Dieuleveut, un Mathieu Amalric en méchant divin et méconnaissable. Sans oublier tout le corps policier, que Besson se plait tant à croquer et humilier avec tendresse dans tous ses films. Ici, les flics se déguisent en mouton pour attraper un oiseau géant! Des policiers loufoques et incapables donc, avec à leur tête un Gilles Lellouche en glouton à l'humour potache et à la recherche infructueuse d'un ptérodactyle qui terrorise le tout Paris! Dans cet univers cocasse d'une Belle Époque revisitée par Luc Besson, Adèle Blanc-Sec fait figure de personnage à l'intelligence rare dans un monde voué à la médiocrité politique et administrative. Une intelligence dont elle joue à merveille pour se sortir des situations les plus inextricables. Avec son phrasé moderne pour une époque où les courbettes sont encore de rigueur, Adèle vient pimenter cette double atmosphère à la fois embourbée dans ses principes et fantastique, digne des meilleurs romans-feuilletons des années 1900. À mi-chemin entre les univers surréalistes et inquiétants de Fantômas ou de Belphégor, Adèle Blanc-Sec s'éclate (et le spectateur aussi) dans le cinéma de Besson. Aux manettes de cette farce épique, l'éternel gamin du cinéma français qu'est Besson multiplie les clins d'œil et références aux cinéastes qu'il admire (Jeunet, Spielberg, Cameron). Le môme rêve , à sa manière, à un cinéma grand spectacle où il est interdit d'être à court d'idées folles. Ici, Adèle sur le dos d'un ptérodactyle survole la capitale, les momies de Ramsès II et ses comparses déambulent dans la Cour du Louvre et y verraient bien une pyramide au centre! Et comble de toutes les folies on quitte notre héroïne sur un quai bien connu, ou plus exactement, sur un paquebot mythique à la fin tragique... Vous me suivez?! Cette Adèle, vague cousine d'un Indiana Jones et digne héritière d'un Tintin reporter et globe-trotter est bel et bien « incroyable » comme aime tant à le répéter son timide soupirant. Une héroïne pétillante, loin des stéréotypes de la gente féminine. Une héroïne dont on a hâte de voir poursuivre ses « aventures extraordinaires »!

 


Tag(s) : #Cinéma

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