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Comment commencer la nouvelle année sur un blog ?

 

1. En énumérant les traditionnelles bonnes résolutions qui trop nombreuses à s'entasser dans ma petite tête sont des véritables foutaises que mon foutu caractère sera incapable de tenir ?

 

2. En souhaitant la bonne année comme 99% des personnes depuis mardi 00H01 et asséner des généralités sur le bonheur, la bonne santé et tout ce qui risque de ne pas t'arriver en 2013.

 

(Tu vois, je viens déjà d'échouer à l'une de mes principales résolutions : devenir une chic fille, gentille et pas pessimiste du tout... ce qui ne va pas une seconde d'ailleurs avec une autre de mes résolutions qui est d'être 100 % moi, donc tout le contraire d'une chic jeune fille, gentille et pas pessimiste du tout)

 

3. Ultime option : en te citant mot pour mot ce qu'était le rapport au temps de THE femme. Un brin têtue et prétentieuse certes, mais une femme honnête et fidèle à ses promesses d'adolescente. The femme donc. Bouffée l'avenir et non pas regretter le passé, mais le craindre, ce temps où « j'étais heureux et personne n'était mort » voilà comment était Simone. Ouais pour 2013, je suis prétentieuse et barrée,  je veux être un Castor suractif comme Beauvoir + être un peu moins pessimiste mais pas être gentille du tout non, faut pas déconner non plus.

...

Simone-de-beauvoir-castor-de-guerre.jpg« Mais le passé n'est pas oublié pour autant. Ou plutôt c'est lui qui ne nous oublie pas, qui fait retour ; surmonté, le passé n'en existe pas moins, il continue de peser longtemps. Quand je me jette et me projette dans l'avenir, j’entraîne avec moi cette masse opaque des choses advenues, qui par l'effet de ma pensée, de ma réflexion, de mon œuvre vont accéder à la lumière, à la pensée et à la forme. Le passé aussi se construit ; il est une matière qui s'offre à la prise, à la saisie, à l'action, à la reconsidération. Tel sera à partir de 1956, le rôle des Mémoires : non pas seulement se souvenir mais mettre en ordre, articuler, organiser, configurer et refigurer le temps passé.

 

Dans le même temps, ce Castor suractif est un Castor hanté par le néant, par la mort, par la crainte de l'oubli. Le passé alors n'est pas uniquement mon ancienne prison, celle dont je me suis victorieusement échappée : il est aussi un âge d'or. Surtout celui de ma jeunesse. Parce que alors j'avais une avenir, immense. Parce que c'était le temps de la promesse, qui fait battre le cœur, qui l'affole. Parce que c'était le temps où, dit Pessoa, « j'étais heureux et personne n'était mort ».

 

Tout chez le Castor a toujours un goût de jamais plus ; toutes choses crient nevermore comme le corbeau d'Edgar Poe. Et la petite fille qui regarde leur groupe compact, ses parents, elle-même et sa sœur, pense déjà « rien ne sera plus jamais pareil ». Le Castor veut tout : regarder devant elle, sans regret, regarder derrière soi, le cœur serré de douleur. Se tourner résolument vers l'avenir ; se tourner anxieusement vers le passé, le temps des premiers apprentissages, des « premières fois », le temps de la découverte du monde sensible qui pour toujours meurtrira le cœur de nostalgie. Les Romains, a-t-on coutume de dire, « allaient vers l'avenir à reculons », les yeux fixés sur un tempus aureum disparu, tandis que l'homme moderne veut « du passé » faire « table rase ».

 

Le Castor tout orientée qu'elle est, avec la violence, avec l'avidité qu'on lui connaît, vers l'avenir, est un Janus Bifrons : elle avance intrépidement vers l'avenir mais garde un œil pensif, sourcilleux, inquiet vers le passé. Elle ne veut pas le perdre, ni voir s'y dissoudre, au fur et à mesure qu'elle avance dans le temps, la figure d'elle-même qu'elle a constituée, mise en place. Le passé lointain, elle veut le comprendre et le restituer, encore une fois en « renouveler la jouissance ». Et le passé proche, s'assurer en le racontant qu'on saura y lire la figure qu'elle a voulu devenir.

 

Quand le Castor est-elle donc dans le présent ? Toujours – et jamais. Toujours : parce que chacun de nos moments, elle le sait, est unique, et que le laisser passer (ou perdre) serait faire triompher le néant. Pour dégager le présent de ce goût de néant que déjà elle anticipe, le tenir encore avant de le laisser sombrer, elle cultive l'ardeur des sensations vives, des rencontres, et s'y jette avec élan, avec ferveur. Mais en exigeant qu'à chaque moment elles soient reprises « dans la liberté », engagées dans un projet, lancées vers un avenir conforme à une promesse. »

 

Castor de guerre de Danièle Sallenave (Gallimard)

Tag(s) : #Chroniques de l'asphalte

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