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Mercredi. Boîte à lettre. Impatience de la une. Mille visages pour un seul homme. Un monstre du cinéma qui, dans le T4 ne fait pas l'unanimité. Mamie: "Ce mec c'est une horreur". Maman: "Il sait tout joué". Papa: "Fatiguant". Petite soeur: "C'est Obélix". C'est vrai, c'est Obélix. C'est aussi le Comte de Monte-Cristo, Jean Valjean et puis Maheu aussi, Titus et Cyrano de Bergerac, Rodin, Donissan, Tartuffe, Henry Torrès, et Jean de Florette. Gérard Depardieu fait la une de mon Télérama. Il n'a qu'un visage, pourtant pour le spectateur du grand écran comme du petit, il en a tant. Des célèbres et des anonymes, face à la caméra de grands noms du 7 ème Art de Truffaut à Godard en passant par la caméra de jeunes premiers cinéastes, Gérard Depardieu a tout joué. La qualité première pour un acteur n'est-elle pas de savoir tout jouer à la perfection? Depardieu ou le visage du cinéma français dans tout ce qu'il a de plus respectable: son éclectisme. 2009 vient tout juste d'éclore et Gérard Depardieu est à l'affiche de trois films cette semaine: Diamant 13, Coco et Bellamy. Trois films, trois manières d'envisager le monde, trois oeuvres différentes. Près de quarante ans de carrière, quelques kilos en trop qu'il a finit par accepter, une diction parfaite, un jeu éblouissant, Gérard Depardieu est un pilier du cinéma français. Le genre de type partit de rien pour arriver à tout. Impressionnant. On a beau l'avoir vu tant de fois au cinéma, entendu au théâtre, ou rediffusé maintes fois sur le petit écran, il n'en demeure pas moins impressionnant. Revenant sur le devant de la scène ce mercredi avec Bellamy, le nouveau Chabrol, avec qui (stupeur) il n'a encore jamais tourné. Chabrol chainon manquant dans la carrière de Depardieu.

 



Dans un interview précieux, accordé à Télérama, Depadieu arrache la vie, la brûle avec insistance parce qu'il est né "mauvaise graine" et non pas acteur. " Je n'ai jamais joué vraiment. Je suis une "nature" comme on dit. Pas un comédien". Une nature, une brutalité ayant séduit l'écrivaine Marguerite Duras qui le fera tourner dans Nathalie Granger  fascinée par leur langage similaire, le "quelque chose de juste et de brut" qu'elle recherchait.


17 ans, premiers cours de théâtre, fascination pour le mot, le son, la diction. La brutalité ne fuira pas, elle fera, hélas, fuir certains metteurs en scène. Les rencontres fondatrices seront, quant à elles, au rendez-vous. Blier, Truffaut, Pialat marquent la filmographie particulière de Depardieu et lui offrent les rôles mémorables d'une carrière. La carrière dont Depardieu "se fout pas mal" et qui l'a mené à tourner quelques nanars, comme le fait agréablement remarquer la journaliste de Télérama, "Et je ne le regrette pas! Et je n'en ai pas fait assez! On juge tout ça à la fin du parcours. On m'a reproché d'avoir travaillé pour la télévision..." répond Depardieu. Non, il ne regrette rien des nanars, des bides accumulés. Sa filmographie est une longue histoire du cinéma français, une encyclopédie ouverte d'un cinéma accumulant les chef-d'oeuvres (Merci la vie, La Femme d'à côté, Le Dernier Métro, Les Temps changent...) puis les autres films moins prestigieux et pourtant ancrés dans la mémoire du spectateur (Inspecteur la Bavure, La Chèvre, Les Fugitifs...). Quant à la télévision, cette petite lucarne souvent méprisée par l'orgueilleux cinéma, Depardieu y a joué mille et une fois avec la même prestance et la même conviction. Endossant les rôles de grandioses héros de la littérature française mais aussi de l'histoire de France, Depardieu a transpercé le petit écran comme il le fit jadis pour le grand. Monte-Cristo, Balzac, Napoléon, Ruy Blas, Titus ne se refusent pas. "Je ne cours plus après la carrière, j'ai tout fait". Tout. Depardieu, monstre sacré, a exploré toutes les terres du 7 ème art de la comédie grand public, en passant par le polar ou le blockbuster français, sans oublier les films d'auteurs. Les drames de Blier, Téchiné, Corneau, Truffaut, Pialat dans lesquels il a excellé.

 



Au delà de l'acteur, l'entretien avec Télérama révèle l'autre Depardieu, l'homme, la "mauvaise graine" que les metteurs en scène craignent pour sa mauvaise réputation et son tempérament de feu.  Depardieu et ses retards, Depardieu et son incapacité à apprendre un texte, Depardieu et son verre de rouge. Mais est-ce de sa faute si il ne peut supporter les mondanités et le monde qu'ivre mort? Depardieu se livre, sans retenu, avec une sincérité qui lui est propre et qui soutire quelques sourires aux lecteurs assidus de Télérama: "J'arrache la vie. J'ai trop envie d'aimer c'est plus facile avec du rouge. Sauf que maintenant je ne distille plus...". Parcours tumultueux, appétit de vivre, tout est confié avec franchise. Au delà de l'acteur, de l'homme et des colères qui le nourrissent depuis soixante ans, Depardieu subsistera toujours dans l'inconscient cinématographique comme l'acteur qui savait se glisser dans les mots, celui qui savaient les transmettre avec passion.










Tag(s) : #Cinéma

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