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amour-declare-nicolas-reyJe suis tombée amoureuse de lui à 15 ans. Bien lâchement. En le voyant à la télé bien avant même d'ouvrir un de ses bouquins. L'homme en noir le présentait comme «  Nicolas Rey célibataire et prêt à tout ». Dès notre première rencontre, j'ai donc pris connaissance du potentiel charme du jeune garçon. Je me suis dit qu'un homme présenté sous cet angle ne pouvait être foncièrement mauvais. Depuis ce jour-là, j'ai enchaîné les aventures avec Nicolas. On a eu la mémoire courte ensemble. On a couru a trente ans ensemble et puis il y a eut ce Léger passage à vide en duo, quand ses mots t'aidèrent à vaincre tes maux. J'avoue, c'est dans ces quelques pages que je me suis dit à moi-même : « ça y est ». Lui et moi, connaissions enfin l'alchimie parfaite. L'amour que je lui portais allait forcément diminuer après un texte comme ça (souviens-toi c'est par ici).

 

Mais c'était mal connaître Nicolas. Ce connard a rencontré Maud.  Maud Pauli, fille d'un grand comédien au bavardage intempestif et élégant. Maud 1m75 pour 51 kg. Des seins minuscules et pas croyables à la fois. La poitrine de Maud est devenue l'unique raison de vivre de Nicolas. Le sujet de son nouveau roman, L'Amour est déclaré. Parce que vois-tu quand un mec rencontre une fille avec des seins pareils et que le mec en question est un auteur un peu trop porté sur la chose, sexuelle et amoureuse, le garçon ne peut pas faire autrement que de s'éprendre du spécimen vivant. Et d'en tirer un bouquin fatalement.

 

Cet amour avec Maud, Nicolas le raconte à sa manière. Fidèle à son phrasé aussi rapide et enivrant qu'une ligne de coke. Aussi destructeur et éphémère que cette poudre blanche qui a fait tant de dégâts sur lui. Fidèle à sa ligne de conduite maladive, Nicolas nous enivre de mots, parfois faciles, mais toujours susceptibles de nous arracher un sourire, un rire ou un regard désespéré sur une prose dont la vitesse n'arrive point à échapper à l'atroce vérité. Son histoire d'amour avec cette fille « au cœur sec » mais qui « adore baiser » n'a rien d'extraordinaire. Presque banale pour un mec qui s'empiffre de romantisme irrévérencieux dans tous ses bouquins. Mais son grain de folie littéraire et amoureux nous entraîne dans cette chute dont on connaît parfaitement la fin. À peine se sont-ils croisés que nos amoureux savent déjà :


« Alors, c'est toi ?

Alors c'est moi. 

Alors c'est encore possible après tout ce massacre ?

Alors, c'est encore possible.

Mais comment ça va se passer, dans quelque temps, lorsqu'on va moins s'aimer ?

 T'inquiètes, j'ai un plan »

 

Nicolas Rey n'a pas le plan du roman parfait. Il place des parties ici et là. Disjoncte à chaque phrase. Multiplie les comparaisons les plus folles dans les circonstances les plus intimes. Comme quand son échine voûtée doit affronter cette première fois avec la fille à la voix grave : « Allez vers un lit où se trouve une fille qui vous rend dingue s'avère être une expérience proche du soldat Ryan lors du débarquement de 44 ».

 

C'est du Nicolas tout craché. L'imagination en marche 24 heures sur 24. Le regard rivé sur son nombril reprocheront certains. Le regard indocile sur la vérité dirais-je. La vérité crue comme unique combat. La vérité balancée comme une mauvaise blague à chaque nouveau chapitre superbement titré, court et incisif. Les chapitres se succèdent comme autant de grandes parties de jambes en l'air avec Maud, de conneries avec Maud, de rendez-vous avec cette « salope » d'éditrice qui ne comprend pas qu'on ne rédige que de la médiocrité quand on est heureux.


L'écrit est loin d'être médiocre malgré ce bonheur qui a enfin l'élegance de se la ramener en charmante compagnie de Maud. Lui qui s'était fait la malle depuis toutes ces années. Nicolas s'est amouraché d'une belle créature qu'on se dessine avec un certain plaisir dans notre esprit de lecteur. Comme on se dessine chacune des situations décrites par Nicolas. Comme quand il explique à Hippolyte, son cher et très jeune fils, ce que sera sa première éjaculation. Une comparaison ? « Hendrix dans ton cerveau ». Nicolas ignore les demi-mesure, les choses qui se disent et celles qui ne se disent pas. Point de savoir vivre dans ces pages, juste le besoin de tout dire et vivre quitte à esquinter certains personnages, et soi en priorité.

 

Lire Nicolas équivaut à écouter un sale gosse qui rapporterait à ses parents ses erreurs, impardonnables a priori, mais le regard du gosse en question serait tellement poignant qu'on lui pardonnerait tout. En priorité son inaptitude au bonheur et sa fâcheuse manie de gâcher ce qui est susceptible de rester. Avec Nicolas, les erreurs et les failles sont mille fois plus intéressantes que n'importe quel bonheur trop beau pour être vrai. Avec Nicolas on y croit. Le lire c'est comme se l'imaginer faire ses grands yeux profonds pour te kidnapper comme à la télé. Le lire c'est comme entendre son débit insolent à la radio. L'auteur brasse les mots et les situations comme personne. Il donne dans la tragi-comédie, et ce à la perfection. Saute ce petit miracle qui s'appelle Maud pour l'instant suivant te faire sauter à la gorge l'atroce vérité. Car les conseils révélés en filigrane à Hippolyte dans ce roman pourrait bien t'être utile. Comme Nicolas, tu les connais par cœur ces conseils, sortes de vérités améliorées sur la vie, tu tâches de vivre de ton mieux avec comme Nicolas, mais parfois - okay souvent - ils te paraissent inacceptables. Heureusement quand c'est Nicolas qui parle de toutes ces choses qui fâchent habituellement, en vrac « le j'ai quelqu'un d'autre », le « t'es viré » et le « c'est fini », et bien toutes ces phrases si douloureuses à entendre prennent subitement une dimension précieuse dans sa bouche, sous sa plume. Il leur confèrent le trait d'humour et de cynisme nécessaire pour ne pas sombrer le jour où tu les réentendra.

 

Ouais, Nicolas c'est ça : un médiocre sauveur. Que tu traînerais bien avec toi au quatre coin de ta vie. Parce que où que tu sois, du métro à ta baignoire, dans un train ou dans ton lit, peu importe ce mec te fera plus rire et sourire que quiconque au quotidien. Et parfois, en littérature, le sourire qu'un livre – bien trop court – arrive à te décrocher vaut mieux que toutes les plus jolies histoires que la littérature ai connu. L'amour est bel et bien confirmé.

 

L'Amour est déclaré de Nicolas Rey, Au Diable Vauvert, 17, 50 euros.

Tag(s) : #Littérature

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