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Le cinéma français aime à recycler les éternelles et indémodables histoires familiales. Prenez une famille cinglée (même si elles le sont toutes). Ajoutez-y quelques tromperies ou coucheries (peu importe du moment que ça frôle le drame comique à la Feydeau). Mélangez tout ce contenu rocambolesque avec quelques bons acteurs français (de la nouvelle et ancienne génération bien évidemment). Vous obtiendrez alors une bonne comédie franchouillarde comme les écrans de cinéma en raffolent à longueur d'année. La dernière en date se prénomme Ensemble c'est trop. Petite insolence envers le titre du roman humaniste et succès populaire d'Anna Gavalda, Ensemble c'est tout, ce long-métrage de Léa Fazer aurait pu être un échec de plus dans la comédie familiale made in France mais il s'avère être un grand moment de franche distraction à mi-chemin entre une déclaration d'amour à l'univers familial et un profond et sincère « Famille, je vous hais » à la Gide.


EnsembleCtropLa scène d'ouverture de Ensemble c'est trop est un grand classique de cinéma qui aurait pu virer au drame cinématographique. Un gentil et beau pavillon en banlieue parisienne renferme une petite réunion de famille. Dans ce lieu, on s'apprête à fêter l'anniversaire de belle-maman, en compagnie des parents Marie-France et Henri (Nathalie Baye et Pierre Arditi), leurs fils et son épouse (Jocelyn Quivrin et Aïssa Maïga),leurs petits-enfants... Bref toute la brochette familiale est au rendez-vous pour démarrer cette comédie chorale, pleines de mésaventures et de tensions drôlissimes. Le spitch? Henri offre à sa belle-maman un bébé chien, le chien urine sur belle-maman, tout le monde s'empresse de stopper la débâcle et Henri sort de sa poche un mouchoir histoire d'essuyer belle-maman. Hélas pour lui, le mouchoir se révèle être une charmante petite culotte qui appartient à sa maîtresse, Chacha, 25 ans de moins que lui et enceinte jusqu'au cou. Marie-France, surnommée à tout va Marie-Chou par son traitre de mari, ne supportant point l'immense trahison par s'installer chez son fils dans un modeste appartement parisien sur la gentille invitation de sa très gentille belle-fille. Le vaudeville moderne est en marche! Les situations lourdingues et souvent astucieuses peuvent alors s'enchainer, agrémentées de dialogues salvateurs, et toute la salle rira à gorge déployée face aux tribulations de cette famille tellement comme les autres.


Comme toutes les familles normalement constituées, petites humeurs et tensions se succèdent sous la caméra de Léa Fazer qui capte à merveille l'univers impitoyable qu'inspire le cercle familiale. Parce que même si ensemble c'est tout, c'est beau et patati et patata, ensemble c'est aussi superbement insupportable aux yeux de la réalisatrice. La famille est un terrain consternant de petits mensonges anodins (le fils se force à porter les pulls affreux que lui offre sa mère) et de dissimulations dévastatrices (le père est un bonimenteur de haut niveau). Dans cette vaste comédie, la mère, incarnée à l'écran par une Nathalie Baye époustouflante, joue les parfaites épouses, naïves et énervantes, qui à elles seules tiennent toute une maison sur leurs frêles et consentantes épaules. Quand celle-ci découvre avec stupéfaction les mensonges des uns et des autres, elle se perd dans la dépression avant de revenir vers une jeunesse retrouvée empêchée autrefois par un mari et un enfant arrivés trop tôt, selon ses propres mots. Squattant l'appartement de sa progéniture, dans lequel elle sème une jolie pagaille, elle réécoute Hair, fume des pétards (mélangés avec du Lexomil) et quitte lentement sa vie d'épouse déplorée pour la vie d'une grand-mère décomplexée. Fini les tabous et non-dits, il est venu le temps de vivre sa vie. L'ancienne petite bourgeoise donne alors des leçons de moral à chacun : il faut dire la vérité à tout le monde et faire ce que l'on veut parce que la vie est courte et le monde est vaste. Alors que Mémé fait de la résistance, la réalisatrice pointe le doigt là où c'est sacrément douloureux : les soixante-huitards attardés sèment la zizanie pendant que la nouvelle génération galère à trouver un boulot convenable et trime pour garder ce boulot. Rien ne va plus dans ce monde individualiste où les révolutionnaires de jadis vivent aisément et les travailleurs d'aujourd'hui rament pour vivre décemment.


Derrière l'énième comédie familiale, les performances d'acteurs (Nathalie Baye, Pierre Arditi et Jocelyn Quivrin en premier), les situations hilarante, Léa Fazer dévoile un propos intéressant. Elle pose sa caméra sur une société égarée et observe le fossé générationnel s'agrandir. Les parents aisés redevenant des adolescents attardés débarquant sans problème chez leur progéniture, trentenaires des années 2000, inquiets de leur avenir et de leur pouvoir d'achat. Qui a raison, qui a tord? Vaste question. Dans ce désordre familial se dessine le désordre d'un monde où la gravité de l'existence a nécessairement besoin d'une bonne dose de légèreté. Ensemble c'est trop symbolise à merveille cette petite dose dont on a tant besoin pour survivre.



Tag(s) : #Cinéma

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