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Je suppose que c'est le genre de billet que l'on doit prendre avec des pincettes. Pourtant je voudrais être comme elle, comme elle depuis mes 15 ans. Être crue parce que crue est la vie. C'est elle qui me l'a appris. Pas envie de prendre des pincettes ce soir. Plutôt de dire direct que j'ai la larme facile et que cette saloperie de larme a déboulé deux fois en l'espace de trois jours à cause d'elle, de moi ou de l'époque. À cause de cette petite nana qu'on appelait Suzie, Diam's ou Mél selon les titres. Qui souhaite aujourd'hui n'être appelée que Mélanie. Cette fille qui m'a offert mes plus beaux morceaux de rap. Quelques uns de mes plus moments télé aussi. Mon premier concert de rap mémorable. Et quelques bribes de mon féminisme. Celle que même maman aimait bien m'entendre écouter. Cette nana que tout le monde charriait. Que je défendais coûte que coûte. Ce Joey Starr au féminin. Cette nana au phrasé viril. Cette petite meuf incassable au putain de débit que tu peux pas teste. Cette jeune demoiselle qui parlait cash, n'avait que la sincérité comme langage, que l’œil comme plume. Elle était de Paname quand moi j'étais de ma campagne. Quand je vivais dans cette France qu'elle ne voulait pas, que je ne désirais pas non plus. Ma France à moi était la sienne, celle des Zidane et des Jamel. Celle dont on arrivera jamais à soigner le traumatisme survenu un soir d'avril 2002. Ouais, on était de cette France-là, elle et moi. Enfants névrosés à qui on demandait le rentrer dans le rang et d'accepter le racisme ambiant. Mais on les emmerdait tous. La Marine et ce démago de Sarko. Tous ces politiques intolérants. Elle les emmerdait en rappant. Moi en l'écoutant le plus fort possible histoire de faire comprendre aux voisins et au reste du monde que la vérité était là-dedans. Dans ses rimes rageuses, ravageuses qui en effrayaient plus d'un alors qu'elles émanaient de la plus saine des nanas. On était de la même France. De la même époque monstrueuse. Alors la larme facile ne peut éviter de déborder. Parce que la France qu'on n'aimait pas toutes les deux et l'époque monstrueuse sont toujours d'actualité, quand elle ne l'ai plus. Quand elle a tourné définitivement la page, coupé le son, stoppé les rimes aux douleurs communes, enfilé ce triste morceau de tissu dont je ne sais quoi penser. Égoïste que tu es, tu ne penses qu'à toi. Ne plus connaître cette sensation excitante quand tu apprends qu'elle sort un album. Ne plus faire taire ton monde autour de toi quand elle va passer à la télé. Ne plus apprendre une de ses nouvelles chansons par cœur. Ne plus avoir un album d'elle qui colle à la situation du moment. Ne plus avoir ses mots pour y plonger ta haine de cette France. Ne plus la voir sur scène. Ne plus partager sa bulle. Car sa bulle était la nôtre. Elle a éclaté. L'époque avec. Personne n'est sorti indemne. Elle, voilée. Moi, orpheline. Les mots sont bien trop grands, penses tu. Il n'y a pas de mots assez grands pour parler d'une grande sœur lointaine. Pour dire voilà c'est fini. Pour moi, c'est fini. Mais pour elle et son morceau de tissu qu'on pointe du doigt qu'on accepte ou pas, ça ne fait que commencer. Le bonheur c'est maintenant pour cette fille qui le mérite tant, cette fille qui chantait les TS et les derniers instants. Le bonheur tout en sourire. Le bonheur simple qui ferait peut-être enfin le bonheur du monde si comme elle, tous en cœur, on savaient « se lever tous les matins en essayant d'être meilleur que la veille ». Mélanie, musulmane pratiquante et mère d'une petite fille a abandonné les paillettes pour un simple sourire radieux qui lui va si bien. Un sourire inégalé. Une preuve de son éternelle sincérité. Petite groupie doit s'y faire au départ, au sourire, au voile, à la rime disparue. Elle doit mettre en pratique ce que la nana lui a appris : la tolérance. Et elle ne doit jamais oublier toutes ces paroles...

 

Tag(s) : #Musique

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