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L'été est propice à la détente. Ne cherchons pas à nous compliquer la vie, voyons. La majeure partie des français a oeuvré toute l'année pour de modestes vacances au camping des Flots Bleus. Trois étoiles, s'il vous plait. Notre cerveau est uniquement disponible pour de la simplicité. Rien de plus. Exit la complication. Il est venu le temps du farniente. Alors sur la plage, pour se détendre on lit du Marc Lévy ou Guillaume Musso. Au cinéma, pour rire on opte pour les dessins animés familiales qui ont envahit nos salles tout l'été. Harry Potter, les personnages de Là Haut et de L'Age de glace, nous ont scotché à nos fauteuils et par la même occasion pulvérisé nos tracas quotidiens à grands coups de 3D. Mais c'était sans compter sur Samin Benboudaoud (Samy Seghir), issu de Châlon, venu nous rappeler que les citoyens français même en période de vacances ont le droit de rire. Rire de la misère humaine, d'une société pleine de préjugés, d'aberrations, … Sami Benboudahoud est venu chatouiller les pieds des vacanciers pour leur rappeler qu'ils ont la chance d'être en congés payés, mais qu'à la rentrée la vie reprendra son cours et les absurdités de la société avec...

 



Stupéfaction dans la salle. L'écran s'ouvre sur une célèbre Gymnopédie d'Erik Satie avec pour décor un paysage vert comme les pâturages normands. Y aurait-il erreur sur la salle? Non, il n'y a pas méprise. Nous sommes bien à Châlon, la ville de Sami. Derrière les pâturages, des barres de bétons s'élèvent. Prisonniers de sa cité, Sami nous la présente avec la verve d'un gamin de 14 ans, gamin des cités au sens de l'humour très ciselé. Il aime les blondes, mais les blondes dans le quartier sont bien rares. Il est entouré de jeunes qualifiés. Des bac+5 servant de vigile dans les supermarchés du coin. Sami du haut de ses 14 ans possède ce regard attendrissant que seul les enfants sont capables de poser sur le monde et sur les grands. « C'est la jungle mais c'est le paradis ». En quelques plans, le décor est planté. Clichés consternants et pourtant, Sami nous mène au-delà des préjugés. Il nous fait rire. Rire de notre société. Rire des l'hyper-présidence de notre président. Rire de ce qui en fin de compte est profondément triste.


Sami doit quitter son 9-2 natale pour une autre jungle. Une jungle bien différente qui à l'inverse des cités a des allures de paradis. Bienvenue à Neuilly sur Seine, tel aurait pu être le titre du film. Tout aussi mode que Neuilly sa mère, ce titre là aurait résumé parfaitement ce petit film sans prétention. Une immersion totale dans les beaux quartiers parisiens. Une descente aux enfers made in bourgeois land. Bienvenue à Neuilly, donc. Sami n'en croit pas ses yeux et lance comme l'aurait fait n'importe quel gamin de banlieue « Mais maman, Neuilly c'est la ville de Sarkozy! ». Oui de Sarkozy, de notre cher président, qui dans ce film, avouons-le, joue les premiers rôles aux côtés de Sami. Le gamin des cités pénètre dans un univers radicalement différents du sien, en surface. Un univers peuplé de clins d'oeil hilarants au petit monde du Sarko show. Caricature poussé à l'extrème, Neuilly sa mère est truffé de bons mots renvoyant au règne de Sir Sarko. Par ici, un « Casses-toi pauvre con! », une morale d'école qui souhaite que « l'on travaille plus, pour réussir plus », des Jean Sarkozy juniors avec leur panoplie complète de bobo pourris gâtés pour qui le meilleur rappeur du moment est TP (comprenez Tony Parker!), la lettre de Guy Môquet à apprendre par coeur... Ici et là, viennent se glisser des éléments farceurs qui finalement ne sont que le triste constat d'un règne sans précédent à la tête de l'Etat français. Si le jeune Sami joue les héros, son cousin par alliance, le jeune Charles est un héros dit « sarkozyste ». La rencontre de ces deux gamins que tout oppose fait sourire. Sami débarque dans la sublime maison de sa tante et de son oncle, intimidé, il voit arriver en courant un jeune garçon dégoulinant de sueur. Vêtu d'un T-Shirt aux initiales choisies (NYPD), le I-Pod sur les oreilles, Charles fait son entrée sur la scène en footing. Sourire aux lèvres, confiance en lui absolue, décontracté, Charles nous rappelle étrangement quelqu'un de familier... Quelques minutes plus tard, il montre sa chambre à Sami. Une chambre aux allures de QG de l'UMP. Nicolas Sarkozy est sur tous les murs, accompagné de ses fidèles Rachida Dati, Brice Hortefeux and Co. La petite musique d'ambiance est celle qui se joue à L'Elysée. Carla murmure de sa voix suave son « Quelqu'un m'a dit », puis Enrico Maccias enchaine sur son « Ah qu'elles sont jolies les filles de mon pays ». La décoration n'est pas au goût de Sami qui tente de remplacer le poster de Nicolas Sarkozy par celui de Charlize Theron. Hélas, Charles les blondes c'est pas trop son truc. Il préfère se rêver Président de la République en se rasant. Le mot est lancé « Ma chambre tu l'aimes ou tu la quittes! ». Sami ne quittera pas la chambre, il s'y habituera et fera de ce petit monde une publicité « Benetton ». Non, sa venue ne changera pas les opinions des uns et les attitudes autres. Pourtant, la fin, avouons-le facile de ce film, sonne comme une fable des temps moderne. « Il ne faut jamais désespéré des hommes » nous dit Sami ou plus exactement son créateur Djamel Bensalah. Charles, avec l'aide de son cousin, se métamorphosera en homme nouveau. Tel son idole Sarkozy, il surfera sur la vague du « J'ai changé » et ira chercher ses voix à Châlon. Info ou intox? Tel est la question.


Cette comédie estivale est à la hauteur du cinéma d'été. Rien de bien extraordinaire en matière de mise en scène, un sujet maintes fois repris au cinéma, une cascade d'acteurs bankable (François Xavier Demaison en curé footeux, Valérie Lemercier en mère divorcée impolie, Ramzy en père disparu...),... Neuilly sa mère, en fait parfois trop, pourtant d'une manière différente de La Vie est un long fleuve tranquille, elle arrive, elle aussi, a ses fins en jouant avec les multiples facettes de notre société, ses castes, ses préjugés. Une caricature bien ciselée d'une société française sous l'ère Sarkozy.


 


 

Tag(s) : #Cinéma

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