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Un jour, on a tous franchi cette étape. Voler ce disque dans la bibliothèque parentale. Geste maladroit, grimpé sur le canapé, à fouiller une étagère bien trop haute pour de simples 15 ans. Certainement n'aurions nous du commettre cet acte incorrigible. Car depuis il est là. À portée de main. Il nous fait les yeux doux l'objet viscéral. « Viens donc je vais te donner le bourdon » lance t-il, sûr de lui. L'appel est irrésistible. La dame avec. Dame en noir avec laquelle on aurait bien porter le deuil à vie. La dame qui, elle seule, comprenait le chagrin, jour et nuit. La seule qui nous faisait envisager la possibilité d'un printemps. Voilà quinze automnes que la dame s'en est allée. Triste anniversaire pour une des seules grandes dans une chanson française dirigée par des grands hommes. Les Brel, Ferre et Brassens n'avaient pas le monopole du cœur. Ils en laissèrent un peu à Barbara.

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La voilà revenue après tout ce temps passé à ne pas oublier ses petites cantates noires et obsédantes. La voilà revenue en une autre personne. Une cadette brune. Une artiste au chant soigné et sensuel. Un nouveau prénom pour la nouvelle chanson française. Reprendre Barbara, la grande dame, le pari était risqué. Mais pas pour un admirateur de Barbara, Thierry Lecamp, animateur sur Europe 1 à l'initiative de ces Treize chansons de Barbara. Ces treize chansons de la dame brune entre dans le monde féerique de la jeune Daphné, artiste confirmée depuis son excellent Carmin (2008). L'interprète empreinte le même petit sentier que la grande dame : la douceur pour chanter les blessures. Celles-ci sont nombreuses dans l’œuvre de Barbara. Elles ont parsemé une vie qu'elle a mis en chanson. Des chansons obsédantes évoquant le mal de vivre sans jamais en oublier la joie qui y pointe son nez de temps en temps.

 

Ces treize chansons portent bonheur. Elles nous rappellent pourquoi un jour on a volé son disque. Parce que quand tu es une fille, un jour ou l'autre, tu ne peux que te réfugier soit dans la gouaille d’Édith à qui on ne rendrait jamais son amoureux et dans la douceur de Barbara qui demandait à ce que l'amoureux revienne. Treize chansons d'une grande justesse pour redécouvrir Barbara et non pour découvrir la nouvelle Barbara. Nuance importante. Car dans ce disque, les identités sont respectées. Daphné fait naviguer les mots de Barbara dans son registre féerique et romantique. Sa Petite Cantate, fragile et enfantine, donne le ton. L'atmosphère se veut douce, dépourvue du spleen qu'on aime se fabriquer quand on glisse un disque de Barbara sur la platine. La suite est une succession de jolis instants volés au répertoire de la grande dame. On s'y amuse avec Gueule de nuit, s'y abîme avec Parce que je l'aime, retrouve la beauté inégalée de Ce matin-là et Göttingen. Et même on y regrette la pluie nantaise de Nantes et le temps meurtri de L'Enfance. Mais " la plus belle histoire d'amour " que la chanson française est connue avec une femme, est, elle, bel et bien au rendez-vous.

 

Pour la première fois en écoutant Barbara, c'est le bourdon qui n'est pas au rendez-vous. La mélancolie peut-être. Peut-être ne se débarrassent-on jamais de ses démons qui sait. Peut-être et tant mieux. Le démon évolue avec ce disque d'un autre temps. Ce n'est plus une dame brune qui chante Dis quand reviendras-tu ? Mais un beau monsieur brun. Daphné avait cette jolie envie. De mettre ces mots mythiques dans la bouche d'un homme. Que lui aussi puisse déambuler dans Paris et penser de telles choses inavouables quelques décennies après Barbara.  Biolay, fragile et incorrigible romantique désabusé, hérite du rôle joué par bien des demoiselles. Une jolie évolution pour l'une des plus belles chansons d'amour que la chanson française ait connue. Avec ces treize chansons, avec le fantôme de Barbara, la grâce de Daphné et la fragilité des invités mâles (Biolay, Dominique A et Jean-Louis Aubert) le goût du malheur a toujours ce je-ne-sais quoi de supérieur.

 

Treize chansons de Barbara (Naïve)

 

Tag(s) : #Musique

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