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gerard-depardieu-films.jpgL'homme avait été mineur, voleur, sculpteur, empereur, paysan, gaulois, retraité, jeune officier, grand amoureux, abbé... La pellicule lui avait offert mille et une vies. Sur son passeport pouvait être aussi bien inscrit Maheu, Jean Valjean, Rodin, Titus, Jean de Florette, Obélix, Mammuth, Edmond Dantès, Cyrano de Bergerac, Donissan que son vrai et unique patronyme : Gérard Depardieu.

 

Le soir du 6 mai 2007, il avait pleuré comme un gosse devant sa télévision. Il entendait encore le cri strident de la mère Matthieu s'échapper de la petite lucarne. De tempérament plutôt réservé, cette scène absurde – il se demandait même s'il ne l'avait pas rêvé – ne lui avait donné qu'une envie : la buter elle et ses foutues « milles colombes ». Les caméras filmaient cette mascarade Place de la Concorde, et lui pensait déjà à faire ses valises et prendre une place dans un avion pour une destination inconnue. S'enfuir vite et loin. Lubie d'un instant. Il ne partirait jamais, il le savait. Il aimait trop son pays pour commettre un tel acte. Non, le nabot et sa troupe de guignols, il allait les supporter comme on supporte les quelques erreurs dans sa carrière d'acteur.

 

Sur grand écran il avait follement aimé Miou M., Josianne B., Carole C., Annie D, Fanny A., Catherine D., Isabelle A, Elisabeth G. Emmanuelle B., Yolande M. Dans la vraie vie, certaines de ces compagnes de grand écran avaient eu la chance d'être aimées en retour par lui.

 

« T'es de la mauvaise graine ». René son père ne pouvait s'empêcher de lui répéter. Tous les soirs quand il rentrait, il devait faire face à la rengaine du vieil homme. Faut dire qu'il traînait pas mal les rues en mauvaise compagnie. Blouson noir sur le dos, cheveux longs et démarche de loubard sa tenue n'était pas très raccord avec le décor sage de Chatêauroux. Un jour, avec son pote Pierrot ils avaient même agressé une jeune femme dans un bus. La connerie de trop.

 

« On n'est pas bien là, paisible, à la fraîche, décontracté du gland ? ». De toute sa carrière c'était sans hésiter sa réplique préférée.

 

Ça ne tournait pas bien rond dans son ventre. Dans sa tête non plus d'ailleurs. Ça tournait à 100 à l'heure. Il commençait déjà à le regretter. Le cocktail détonnant que son pote Pierrot s'était appliqué à préparer dans la cave familiale n'allait pas être digéré de si tôt. Il avait 13 ans et ce jour là il s'est juré de ne plus jamais boire une seule goutte d'alcool. Dans le métier qui allait être le sien, ce n'était pourtant pas les occasions qui allaient manquer.

 

Le 6 mai 2012, il avait mis un bulletin François Hollande dans l'urne. C'était une évidence pour lui.

 

Souvent en ouvrant un bouquin, il pensait à elle. « Sa Marguerite » comme il disait. C'est elle plus que quiconque qui lui avait donné sa chance, lui avait fait confiance. Souvent il va sur sa tombe au cimetière Montparnasse.

 

En 2013, il devait tourner sous la direction de son fils Guillaume pour son premier film. Sa fille, Julie, serait également de la partie.

 

À 64 ans, il était ce qu'on a coutume d'appeler « un beau vieux ». Comprenez : un type plutôt bien conservé pour son âge. Quand tous étaient devenus des vieux croutons lui avait gardé sa fraîcheur de jeune acteur. Comme si l'amour de la vie et des autres lui avait permis de sauvegarder ce charisme impressionnant. Silhouette élancée comme dans Les Valseuses, regard de braise comme dans La Femme d'à côté, cheveux mi-longs comme dans Trop belle pour toi, voix enjouée comme dans Cyrano de Bergerac. N'importe quelle femme normalement conçue pouvait s'éprendre de l'éternel jeune premier qu'il était resté.

 

« Ni avec toi, ni sans toi » c'était le mot que Fanny A. lui avait laissé quand elle l'a quitté. Il l'a rangé consciencieusement dans le tiroir de sa table de nuit.

 

En décembre 2008, il partit en séjour en Russie. Il avait toujours été tenté par ce coin du globe. Après 9 jours de vacances, quand il quitta le sol de Saint-Pétersbourg il pensa aux engagements communistes de son vieux père et à la Russie actuelle... dans laquelle il ne remettrait plus jamais les pieds.

 

Il a enterré Catherine D. C'était un samedi glacial de janvier au Père Lachaise. Tout le cinéma français était présent. Alors que plus personne ne l'appréciait la vieille botoxée. Lui avait fait le déplacement pour la Catherine du Dernier Métro pas pour celle qui défendait les évadés fiscaux.

 

« Encore, encore, de plus en plus distinctement comme s'ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l'astre, par cette matinée de jeunesse, c'était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre ». Il relisait souvent la dernière page de Germinal. C'est Claude Berri qui lui avait offert avant de débuter le tournage de son film. Il aimait l'espoir qui naissait de cette dernière page.

Tag(s) : #Cinéma

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