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Qui qu'a vu Coco dans le Trocadéro? gouaille la petite Gabrielle dans un modeste bouiboui de province. Hélas, pas de Coco à l'horizon juste une Coco sans Chanel. Loin des victimes de la mode, Anne Fontaine (La Fille de Monaco) s'est penchée sur le destin à part de cette femme qui ne ressemble à personne: Coco Chanel. Mais voyez vous depuis quelques temps, le cinéma raffole de ces destins fabuleusement fantastiques où quelqu'un ne ressemble à personne d'autre. A croire que la terre est uniquement peuplée d'êtres dotés d'un génie extrême. Bientôt le terme biopic fera son éruption dans le dictionnaire...

Le biopic ici présenté est celui d'une femme d'exception (ceci étant dit sans aucune ironie) car Coco Chanel, contrairement à ce que s'imagine la jeune génération, ce n'est pas ce produit marketing qui s'étale à tous les coins de rues avec pour symbole deux majestueux C. Non, la marque Chanel avant d'être bling bling était une marque respectée pour sa french touch. Le luxe, l'élégance et la simplicité chez Chanel équivalaient à notre devise liberté, égalité, fraternité. Beaucoup de gens ignorent qu'avant d'être l'icône d'une marque de luxe, Gabrielle Chanel était une petite fille orpheline, une chanteuse à la voix faiblarde, une simple couturière, une apprentie courtisane et enfin une femme rebelle. Anne Fontaine dessine les années de la jeune Gabrielle surnommée Coco et signe ce biopic intitulé Coco avant Chanel. Attention, le titre n'est pas à égarer dans un recoin de votre mémoire. Pendant le visionnage du film, il faut l'avoir bien en tête et se le répéter régulièrement au risque de pousser d'interminables soupirs et de lever les paupières face à un lyrisme à l'eau de rose ou à la guimauve, peu importe. Cette Coco c'est un peu l'anti-vie en rose. Pauvre Coco: orpheline, chanteuse dans un bouiboui, courtisane, méprisée, malheureuse en amour... Le tableau est parfaitement dessiné. Tout est calculé au millimètre près: décors, costumes, et tutti quanti.  Anne Fontaine vous plonge immédiatement à La Belle Époque, symbole même de l'époque où l'apparence était reine. Niveau apparence vous êtes servis, même rassasiés. Coco a raison: "Trop de plumes, de maquillages, de froufrou. Trop de tout". Trop de tout effectivement. Les envolées lyriques se succèdent, surplombées par une musique de téléfilm tire-larmes à faire pleurer les jeunes demoiselles aux cœurs fragiles. On vous épargnera la beauté indéniable de Boy, interprété par un bellâtre italien. Boy, Arthur Capel de son vrai nom, fut le grand amour de Coco Chanel, le genre de grand amour impossible et par conséquent inévitablement "grand amour" qui trouva la mort dans un tragique accident de voiture. Ne vous inquiétez surtout  pas si face à la scène tragique où Coco apprend la mort de son amant vous entendez Édith Piaf, en arrière fond, vous percer le tympan avec son mythique "Marcel, Marcel, Marcel". C'est une chose assez étrange à vivre mais complètement normale quand le cinéma français use le filon de la petite orpheline au destin grandiose mais à l'amour perdu à  tout jamais.



Coco avant Chanel repose uniquement sur les années de galère d'une jeune femme sortie tout droit d'un roman de Jane Austen. Héroïne au talent inouï et caractère bien trempé, Gabrielle Chanel étouffait dans ce monde bien trop étroit et conformiste. La verve rebelle et le regard noir et sec d'Audrey Tautou tire son épingle du jeu. Elle illumine, à elle seule, toute cette mièvrerie écœurante mis en peinture pendant près de deux heures. Les répliques cinglantes, mises dans la bouche de cette lointaine Amélie Poulain, annoncent avec fracas la touch Chanel: une femme moderne et révolutionnaire. Hélas, les répliques ne suffisent pas à dresser le portrait de celle qui fut la grande dame de la haute couture. Coco avant Chanel est un Coco Chanel pour les nuls, pour ceux qui se satisfont d'une maigre histoire d'amour pour expliquer le combat fabuleux d'une femme contre son temps. Le scénario est plat et s'attache à montrer que Gabrielle Chanel est devenu reine de la haute couture par hasard et non par vocation. Il est vrai que Coco chercha à tout prix à se frayer un chemin dans la haute société qu'elle dénigre. Le film la montre tantôt mythomane (du point de vue de ses origines) tantôt catin vis à vis du séducteur Balsan (Benoit Poelvoorde). Pas de cadeau pour la môme Coco! Hélas, le film s'égare très vite dans les tréfonds du téléfilm, préférant les soubresauts du cœur aux soubresaut de l'esprit. Ainsi tout le pan professionnel de Coco Chanel est insignifiant: scène où l'artiste coupe, coud, pour redécouper et recoudre ensuite, le tout sur une mélodie grotesque. Parfois, on a la triste impression que la réalisatrice ne sait plus très bien comment montrer les passages fondateurs où Coco devient la grande marque Chanel. Et hop un coup de ciseau dans le corset par ici, une regard attendri sur la marinière des marins de Deauville par là et une main s'égarant sur le jersey de son amant. Le tout mis à bout cela donne la grande maison Chanel! Un peu trop facile, ce Coco avant Chanel se construit sans Chanel et ses tenues avant-gardistes, ses années de galère à monter sa propre maison, la plus grosse erreur étant d'oublier qu'elle fut "la reine du genre pauvre". Un biopic bien trop académique pour une si grande femme révolutionnaire de la mode et féministe avant l'heure.


 

Tag(s) : #Cinéma

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