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Broken-Tim-roth.jpgPériode douloureuse, entre innocence et désillusions, dernières craintes et premier émois, l'enfance est une matière première dont le cinéma adore se nourrir. Souvent les grands critiques jugent ce cinéma sévèrement quand il ose s'intéresser aux petits. Peut-être ont-ils oublier les petits qu'ils ont été, relégués cet âge-là au plus loin d'eux-mêmes. C'est l'âge où tout vient s'écrouler sous vos yeux d'enfant alors que vous n'avez encore ni le corps, ni la tête à saisir l'ampleur du drame. Broken de Rufus Norris est la chronique de cet âge délicieux et meurtrier où tout est vu, ressenti à puissance décuplée dans le regard de l'adorable Skunk, Eloïse Laurence, jolie interprète à la bille malicieuse qu'il faudra suivre de très près.

 

Petite fille cherche à comprendre le monde des grands désespéremment

 

Skunk a ceci de supérieure aux autres gamines qu'elle prend toujours le temps d'observer le monde autour d'elle, quand les filles de son âge sont préoccupées par la formation de leur joli minois et des têtes des garçons à faire tourner. Skunk n'est pas très jolie, celui qui deviendra son amoureux lui fera même remarquer qu'elle a un physique de « lesbienne ». Diabétique, obligée d'accorder une grande partie de son temps à se soigner, Skunk est une rêveuse, un brin garçon manqué qui ne comprend pas grand chose à vrai dire aux garçons. Pourquoi son frère bien-aimé fricote avec la voisine, une peste vulgaire ? Pourquoi Rick, le voisin un peu timide qu'elle aime bien, se retrouve en hôpital psy ? Pourquoi Mike, le petit ami de sa nounou, ne veut pas s'engager avec elle ? Pourquoi les grands agissent de façon incompréhensible. Broken est le récit de cette incompréhension qui se métamorphose en douce initiation de l'enfant. L'initiation le menant sur la piste de cette immense ravin entre le monde des petits et celui des grands. C'est le portrait réussi de l'enfance menacée par la dure réalité des relations humaines. Le tout filmé avec une image pop, bercée d'une lumière insolente dans la grisâtre des quartiers tristes du nord de Londres.

 

Une caméra lumineuse et so british

 

Le charme bristih à l'état brut. Cette manière de faire éclore la lumière, l'espoir, là où tout a pris la poudre d'escampette. Néophyte en matière de cinéma, Rufus Norris, metteur en scène de théâtre, s'inscrit dans la lignée des drames sociaux à la Ken Loach avec la fantaisie de Mike Leigh. Se dotant de ce que le cinéma anglais a fait de meilleur : Tim Roth dans le rôle du père de Skunk et l'irlandais Cilian Murphy dans le rôle de l'amant de la nounou. Dans la monotonie des briques rouges anglaises où le malaise sociale gagne chaque famille par un angle différent (maladie, folie, morts, ruptures, racket), la grâce dont seuls les anglais ont la recette s'installe dans cette hécatombe de douleurs. La réalité est noire certes, mais le discours délicat, lumineux. Ne pas sombrer dans la folie ambiante, survivre par la voix de la fantaisie, du rêve. Et dans cet amas irascible de mensonges et de coups de folie, Skunk rêvasse à la fenêtre de sa chambre, se réfugie dans une vieille caravane, se fabrique son cocon quand tous les autres volent en éclat.

broken-eloise-laurence.jpg
Présentée à la Semaine de la Critique lors du dernier festival de Cannes, Broken a surtout charmé pour l'interprétation magistrale de son héroine Eloïse Laurence, fragile et rayonnante égarée dans cet amas confus d'émotions. Car Broken est un repère doux et amer où seule l'enfance vaille. Âmes sensibles, méfiez-vous de la violence crue de certaines scènes qui ne vous épargneront pas certaines larmes dans un final larmoyant, grandiloquent, manipulateurpeut-être. Montée en puissance dramatique et un brin moralisatrice, la fin de Broken nous assomme de larmes quand elle devrait nous faire méditer. Ici, dans ce quartier, les adultes tentent de bien faire pour leur progéniture. Mais parfois celle-ci est condamnée d'avance par un drame personnel, les regards destructeurs des autres, la misère humaine, sociale, sentimentale. Tout jouent contre les êtres. Il faut une force de titan pour échapper au destin ou alors le simple et sincère sourire d'une gamine. Au détour de ce crève-cœur so british à la beauté indécente, Skunk laissera son innocence mais ne quittera pas ce regard espiègle qu'on gardera longtemps en tête. Il restera imprimé en nous, comme ceux de tous ces héros et héroïnes de moins de 15 ans que le cinéma fabrique depuis des lustres avec une tendre attention... que les grands feraient bien eux aussi de prendre vis-à-vis des petits.

 

Broken bande-annonce
Tag(s) : #Cinéma

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