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Sur lui, on aime apposer le beau nom d'électron libre. Oui, Bertrand Belin est un« électron libre », un vagabond de la prestigieuse chanson française. Il s'y balade d'un courant à un autre, d'une rive à une autre, pour mieux échapper à l'agaçant passage obligé des « étiquettes ». La seule étiquette qu'on puisse proposer à son univers musical n'est pas celle (facile) des noms renommés mais plutôt celle de deux titres épatants. Deux titres qui happent dans le tourbillon de la vie, ou plus exactement de la nuit : « La nuit je mens » de ce cher Alain Bashung et le « Night Shop » enivrant de Benjamin Biolay où l'artiste mangeait « une fille aux cheveux oranges » sur l'excellent La Superbe. Des textes magiques auxquels on repense en écoutant le nouvel opus (le troisième) de Bertrand Belin : Hypernuit. Disque aux allures de théâtre de nuit, où les songes sont à portée de main, entêtants et enivrants. Album où l'on semble croiser à la fois tout le monde et personne. Un monde à part, à l'abri de l'autre monde, vivant au ralenti de manière accompli. Un monde que la douce prose de Bertrand Belin nous fait explorer avec grâce.

 

BertrandBelin

Hypernuit a des faux-airs de roadtrip. Des airs agréables de liberté absolue. Comme si en pénétrant dans cette aventure vertigineuse et musicale, l'artiste nous avait tous chaussé des semelles de vent. Celles de Rimbaud. Comme si, grâce à sa voix brumeuse, on ressentait tous la nécessité imminente d'un retour aux sources radical. Sur l'album, les titres du disque forment un véritable paysage, dessinent un itinéraire : « Hypernuit », « Avant les forêts », « Neige au soleil », « Nord de tout », « La Chaleur ». Chacun des titres témoigne d'un temps, d'une contrée offerte par le roadtrip. Sur « Neige au soleil », Bertrand Belin « court » tandis que son acolyte « rit ». Les compositions de l'artiste forment une ribambelle d'instants à la fois terriblement anodins et tellement uniques. Chacun de ces instants apporte sa pierre à un édifice de taille, et pourtant sans prétention, ils construisent ensemble une ode pure et simple, une ode flânant sur un air de folk song américaine.

 

Dans l'ode du guitariste et chanteur Bertrand Belin se dissimule une complexité : un désir de retours aux sources, une « recherche de classicisme » permanente qui se refuse de manière constante à emprunter des sentiers battus. Son retour à l'aube du folk, sans artifices, totalement épuré ne ressemble à rien de déjà existant. D'une sobriété brillante, Hypernuit se dépouille de toutes ornementations. Il y utilise le moins d'effets possibles pour mieux parvenir à sa quête ultime : la recherche de soi sincère et véritable. Mi-grave, mi-léger, ce poète moderne, cultivant l'apparence du dandy des siècle passés, invente un monde raffiné et inventif. Un monde nouveau.

 

Sa prose s'écoule, et une douce sensation d'apesanteur s'empare de nous. Sur « Vertige horizontal », Bertrand Belin chante le « temps », le « passé », les « vieux », la « mémoire » sans aucune once de mélancolie, sans aucune teinte de désarroi. Il s'échappe juste de cette chanson un magique instant volé, propice à la contemplation et à la rêvasserie. « Je suis l'animal au vertige horizontal » dit-il dans un de ses textes. Un animal venu chanter la vérité cristalline. Une vérité intime, parfois tragique, mais évitant à chaque son de corde la fatalité et la tristesse. Incroyablement poétique et romanesque, Hypernuit est une expérience sensorielle : on y respire, pleure, sourit, tremble, glisse. Touche du bout des doigts des émotions par la grâce des mots qui sculptent des phrases à l'élégance lumineuse. On entre dans ce monde en y glissant, sans réticence aucune, par simple opportunité de pouvoir déambuler au milieu d'un paysage ultra-naturel. Environnement rarissime de nos jours qui fait écho à l'enfance de Bertrand Belin, une enfance passée en Bretagne. Les bords de mer, le vent, le froid, les forêts. Des bords de mer où l'on ne désespère jamais puisque l'horizon semble dessiner au loin la promesse de jours meilleurs. Ou alors la promesse, aussitôt évanouie, d'une éblouissante contemplation. Un instant qui ne se refuse pas dans le tumulte de la vie moderne.

 

Hypernuit de Bertrand Belin chez Cinq7

 

MySpace de Bertrand Belin

 

 

« Tout a changé » de Bertrand Belin

 


Tag(s) : #Musique

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