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Trois ans c'est long. En trois ans, la vie t'offre un bonne somme de cadeaux mais aussi de bévues comme dans ces chansons que tu aimes tant. En trois ans, cette salope te fait changer et fait aussi changer les autres autour de toi. En bien ou en mal puisqu'il faut de tout pour faire un monde. En trois ans, tu as le temps de regarder le temps passé sur toi comme sur les autres. Durant ces trois longues années, la bande originale de ta vie, de ton observation assidue, revenait toujours vers lui, vers tous ces albums et pas toujours vers cet album que tous les connards hypocrites considèrent comme son meilleur. Pleurer sur Bien Avant ou sur Les Cerf-Volants. Être une connasse dans la Merco Benz. Se fabriquer de beaux souvenirs. Avoir envie de se foutre en l'air en bagnole sur Prenons le large. Biolay fabrique la bande originale de ta vie. Comme Gainsbourg aurait pu fabriquer la bande originale de ta vie si tu avais eu la chance d'être née dans les années 70. Et comme pour Gainsbourg, tu ne saurais qu'elle disque du chanteur mal aimé choisir si tu devais partir sur une île déserte. Peut-être que tu choisirais son dernier au titre excitant. Oui, peut-être que tu choisirais la Vengeance. Ou peut-être pas. Car la force de cet artiste est de façonné une œuvre, en constante évolution, jamais moins bonne, jamais meilleure. Cohérente, sublime et utile pour vivre. Une oeuvre où toutes les chansons méritent d'être emportées.

 

Biolay-vengeance-pochette

Trois ans après La Superbe, Benjamin Biolay, enfant terrible et maudit des années 2000 choisit la Vengeance. Il a beau se justifier dans toute la presse ce mois-ci que ce n'en est pas une, que la revanche date d'il y a trois ans avec le succès de La Superbe, le titre de son nouvel opus porte en lui la souffrance d'un type un brin arrogant qui, à ses débuts, a juste voulu ne pas entrer dans les rouages d'un système où les courbettes sont monnaies courantes. Aujourd'hui ce système est à sa botte. Il est devenu l'auteur-compositeur que tout le monde s'arrache. Les dames en priorité. Les demoiselles qui le suivent depuis belurette sont satisfaites du retournement de situation. Sensibles au passé, elles regrettent parfois le temps où l'artiste maudit composait des fresques épiques et négatives à la beauté inégalée. Elles – d'accord, moi en particulier - pratiqueraient volontiers l'art de la vengeance. Sacrifieraient non sans un certain plaisir tous ceux qui hier crachaient sur ce garçon qui fait admirablement bien la gueule. Celui que tout le monde déteste autour d'elle depuis toutes ces années. Mais trois ans se sont écoulés, Biolay a changé (sur le fond, pas sur la forme) et m'oblige à revoir ma cruelle sentence. À changer moi aussi.

 

« Il n'y a ni pardon, ni revanche, l'oubli en revanche reste l'unique et seule vengeance » et voici comment Biolay le temps d'une chanson surprenante en espagnol (Vengenza) nous oblige à faire abstraction du passé, à votre désir abject de vengeance. La vengeance est étonnante, dépourvue du spleen qui était autrefois sa marque de fabrique. C'est une autre marque de fabrique qui fait surface avec ce nouvel opus : son amour infinie pour la musique, son éclectisme. Car si vous êtes un ou une BB addict vous savez sûrement combien Biolay aime le rap, le hip hop, la variété et la pop. Sa vengeance passe donc par cette amour infinie de la musique, de toutes les musiques. Un amour déroutant à la première écoute. Loin de son Rose Kennedy, premier disque aux balades romantiques envoûtantes. Mais le Biolay nouveau est un Biolay : vous ne pouvez que l'aimer. Plus que les anciens Biolay ? C''est la bande originale de la vie, des années à venir, qui se chargera d'y répondre.

 

Pour le moment vous l'aimez pour son challenge : réussir à vous déracinez de vos « balades spleenesques », vous faire aimer autre chose de lui. Avec Vengeance, il vous conforte dans l'idée que chanson française et rap ont le même sang sur un tour de chant magistral avec Orelsan (Ne regrette rien), il réussirait à vous désaper dans un Nighshop sur un air suave et funky sur un duo avec Mister Oxmo Puccino, vous réconcilierez même avec la variété française la plus pure avec Le Sommeil attendra... Sa vengeance vous pousserait même à utiliser ce terme qui ne sert strictement  à rien, terme réchauffé que les journalistes vous servent à chaque artiste, « album de la maturité ». À l'aube de la quarantaine, le beau brun ténébreux qui chante des trucs tristes avec des mots qu'aucun de ses camarades n'a été capable de s'approprier semble enfin assumer ses goûts, sa voix de crooner et ses failles.

 

Ces failles d'une vie de courants d'air ne s'envolent pas comme ça. Elles ne disparaissent pas en composant un album cohérent où pop léchée, cascades de cordes et partenaires de luxe cohabitent avec élégance. Le sale garnement dont vous étiez tombée amoureuse un beau jour d'été à la Fnac pour son air trash et ses chansons dégueulasses ne s'est pas totalement évaporé sous la carcasse d'un homme de bientôt 40 ans, presque sage et sans regrets. Le vengeur se démasque, dévoile son éclectisme, sa part épicurienne (Profites, somptueux duo avec la divine Vanessa Paradis) sans renier sa part sombre, celle qui nous a fait nous éprendre de lui il y a une éternité.

 

La nuit tombée, celui dont l'âme n'était que tourments refait surface, reprend ses mauvaises habitudes. La nuit tombée, c'est là où « on oublie presque rien », là où questionnements et dérives dégueulasses prennent vie pour la plus grande réussite de sa plume. Les airs romantiques et « folkleux » ont été troqué contre des harmonies plus électroniques et agressives (sublime Un Lac gelé). La plume, elle, demeure intacte. En 2012, elle est la seule et unique à causer de la vie d'une manière si fracassante et mélancolique. La seule à posséder ce phrasé duquel il est impossible de sortir indemne. La seule avec laquelle vous feriez bien votre vie.

 

Vengeance de Benjamin Biolay (Naïve) dans les bacs le 5 novembre

Tag(s) : #Musique

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