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J'ai l'impression de ne plus avoir suffisamment les mots pour évoquer correctement ma Biolay addiction. Je les ai épuisés, trop balancés à chaque conversation, usés à le défendre lui, trop utilisés aux quatre coins de la toile pour des billets dithyrambiques. Pourtant je ressens une urgence irrépressible à décrire le petit nuage que je trimbale sous moi depuis 48 heures. C'est pratiquement le même que quand j'affichais 110 au compteur et que « L'espoir fait vivre » était ma petite musique de nuit. Le même que quand j'écoutais avec insolence «La Merco Benz ». Le même que quand je rentrais tard le soir avec « L'Insigne Honneur » vissé dans les oreilles. La différence c'est que ça y ai, enfin, après des années à avoir aimer l'homme de Trash Yéyé, j'ai vu l'homme en question rendre sa Vengeance, en live, à un ou deux mètres de moi seulement.

 

Ça avait pourtant mal commencé cette histoire. Certes j'étais tout devant mais calée entre un couple qui se disputait (motif ? L'homme n'aimait pas BB et n'avait rien à faire ici selon lui – et selon moi aussi) et une fille et sa mère (qui répétait toutes les dix minutes « mais il est fou ! »). La folie c'est de venir accompagné à un concert de BB, pensais-je. Ça se vit en solo, en égoïste, comme une grande. Faut que j'arrête de disserter sur la situation et sur les connards aux environs sinon ça va nuire à l'instant présent, me raisonnais-je. Et l'instant présent ce sont des voix brouillonnes qui critiquent la Vengeance de BB Et l'instant suivant, s'il vous plaît, c'est un « Cactus Concerto » qui donne le ton, qui dit : « Peu m'importe qu'on t'est dit n'importe quoi, peu m'importe ce qu'on raconte sur moi... »

 

biolay-casino-de-paris.JPG

Peu m'importe moi aussi les critiques des uns et les avis des autres. BB se venge en musique. Et moi je me venge en étant là, au premier rang, en réalisant que l'absence de sensibilité est un véritable fléau auquel j'ai échappé dieu merci. Je suis une connasse qui a clairement le monopole du bon goût et à ce moment très précis j'emmerde la terre entière, notamment ceux qui passèrent leur temps à cracher sur Biolay jusqu'à son cinquième album (ndlr : La Superbe). C'est d'ailleurs peut-être contre tout ce moche monde qu'il a délibérément choisi d'orienter son tour de chant vers les opus passés. Histoire de dire : « Bande de connards, regardez les beautés textuelles que vous avez loupé ». Lui ne le pense certainement pas. Mais moi tellement. Alors BB chante, réenchante la noirceur de ses textes où un homme veut la peau écrue d'une « Chère Inconnue » pour la vie, où « A l'origine » on n'étaient pas des minables, où une petite pétasse joue avec grâce les petites connasses dans « La Merco Benz », où on s'est tous fait baisé par l'amour... Tous les maux de l'homme cruel font corps à corps avec l'ambiance et la magie opère.

 

Oui, le nuage se forme. Il est composé de mots, de sentiments et d'une fumée plus que douteuse. BB tire sur sa cigarette à chaque fois qu'il tourne le dos au public pour mixer la bande-originale de ma vie. Démonstration plus que réussie du talent musical de l'homme qui a revu pas mal de ses chansons de manière surprenante. Le sublime « A l'Origine » devient apocalyptique – pouvait-il en être autrement ? Des expériences douteuses sont tentées et deviennent délicieuses – terminer un titre sur les paroles du « Clint Eastwood » de Gorillaz. Et l'histoire de la « Merco Benz » vole ses airs à un morceau de rap rapide et sexy. Et BB étale son don, son talent démesuré à aligner les genres, les ambiances, les maux avec grâce, harmonie et maîtrise.

 

La seule chose qui n'est pas maîtrisée sur cette scène, c'est ce corps un peu trop grand, certainement trop timide, imparfait comme les filles les aiment trop connes qu'elles sont. Prétentieux, arrogant, hautain, les adjectifs de multiples fois entendus sur son compte défilent dans ma tête et un sourire ironique pointe. BB a ce truc de Gainsbourg, qui conduit le grand Serge à sa perte, ce doute sublime sur la vie et le goût amer  de la lucidité qui passe pour de l'arrogance aux yeux des faux-humbles. Sur la scène ici présente, nous n'avons pas à faire à un chanteur de variété française, mais à un musicien avant d'être chanteur, qui ne sait pas trop quoi faire de ce corps Alors le chanteur valdingue d'un coin à l'autre de la scène. S'approche du public à gauche. Puis à droite. Monte sur une estrade dans les moments d'apogée. Et chante comme Joey Starr rappe. Oui, dans une autre vie, BB a certainement voulu être rappeur. Y'a qu'à regarder ses gestes, ses mains cherchant toujours l'accord parfait avec ses textes. Les morceaux s'enchaînent et l'homme en noir touche le point sensible : il est touchant. Il ne dit pas grand chose sur scène, pensais-je et puis après tout, est-ce vraiment nécessaire de dire des banalités quand tout est dit dans ses ambiances noires : l'impossibilité de communiquer avec soi-même comme avec les autres.

 

L'admiratrice est d'accord de A à Z avec cette prestation, de « Cactus Concerto » aux « Cerfs-Volants », en passant par « La Superbe » à « Dans mon dos ». En bonne admiratrice qu'elle est, elle ne retiendra aucune chanson plus particulièrement que les autres. Elle les aiment toutes démesurément pour les plaies et les bonheurs à vif qu'elles renferment. 48 heures plus tard, j'ai une certaine fierté à dire « non, je n'ai pas pleuré devant Biolay ». Non je ne suis donc pas une groupie décérébrée mais une groupie certainement. Heureusement. Ok mon cœur s'est serré à l'écoute de « La Merco Benz », mes idéaux ont eu mal sur « Mon Héritage » et ma jeunesse s'est définitivement envolée sur « Les Cerfs-Volants », mais j'ai fait comme BB me l'a dit pour un rappel au summum en charmante compagnie, celle de Vanessa Paradis : « Profitez ». Alors on s'est tous exécuté. On a profité de l'instant.

 

Il y a 48 heures, j'étais donc sur un nuage aux portes du paradis. Un état ouateux. Une sensation « de plus rien à foutre » excepté de l'instant présent. L'instant confirmait mes dix ans d'addiction à l'homme que tout le monde aimait détesté fut un temps. Le « printemps définitif » du plus charismatique des êtres négatifs était là au Casino de Paris. Niché dans tous ces textes écrits sous coke, valium et lithium. Dans ces six disques saturées d'excuses minables où BB nous conte que la vie est une somme de bévues. En deux heures de concert, les bévues sont envolées, oubliés, anéanties. Noyées dans une vingtaine de chansons fleuve à la lucidité coriace. Assassinée dans une seule. Pas ma préférée. Étrangement la plus marquante de la soirée. Effet fin de soirée trop arrosée. État second pour la foule. Second degré pour le maître chanteur de la soirée qui n'arrêta pas de semer des « merci » à chaque fin de chanson. BB entama un « Padam » vengeur où il tomba à genoux face à un public acquis à sa cause dès le début. Lui le mec sur la sellette qui rêvait de paillettes et broya si souvent du noir, du gris, du magenta, de l'eau-de-vie ,de l'art de vivre sans personne qui l'aime. Lui qui attendait en vain que le monde entier l'acclame, qui lui déclare sa flamme dans une orgie haut de gamme. Voilà, BB c'était du haut de gamme. Comme je l'ai toujours su.

 

Tag(s) : #Musique

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