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Elle m'attend sur ma table de nuit tous les soirs depuis une éternité et la crainte de l'oubli l'accompagne en permanence. C'est amusant ce soir en m'endormant, je réalise que juste à côté d'elle, il y a des livres de Simone de Beauvoir, Françoise Giroud, Marguerite Duras et aussi Régine Desforges. Je me demande comment c'était à leur époque et avant aussi, en ces temps obscurs, ces siècles où la devise était celle du travail, de la famille et de la patrie. Je me dis que tout ça était écrit, que ce sacré bon Dieu l'avait dit à Eve dans le jardin d'Eden. Il lui avait promis ce destin, le mauvais destin, celui du deuxième sexe, sexe faible au service du sexe fort. Pour revisiter la Bible, soyons fous, je dirai que le bon dieu nous avait prévenu, de notre malheur promis ici-bas, c'est comme si il avait lancé à Eve (avec une voix de macho): "Coute fillette, tu seras le sexe faible. Les seins, les règles, enfanter, cuisiner, repasser, éduquer, tout ça cela sera pour toi et à toi de te débrouiller avec. Désolé fillette, mais dans le scénario de cette histoire de l'humanité tu auras le mauvais rôle". Voici ma version. La version de Dieu est plus catholique, plus proprette, normal: "Femmes, que chacune soit soumise à son mari et au Seigneur", "Ce n'est pas la femme qui dispose de son corps c'est son mari", "Si elles veulent s'instruire sur quelque chose qu'elles demandent à leur mari à la maison", "Je veux aussi que les femmes soit vêtues d'une manière décente, avec pudeur et modestie"...
Des paroles sorties de je ne sais où, par je ne sais quel pauvre type, mais des paroles qui ont fait un tube dès leurs arrivées sur terre. Le tube persiste depuis des siècles maintenant. Heureusement, le disque est rayé et par conséquent ses fidèles sont de moins en moins en masse. Cependant, il subsiste ces paroles dans l'air qui rôde autour de nous.




Ma tête bouillonne d'exemples. Je repense à un titre de la Nouvelle Vague et je me dis que être un femme c'est ce tiraillement perpétuel entre "La maman et la putain". Ce rabaissement perpétuel au deuxième sexe. Hypocrisie masculine qui s'indigne lorsque l'on parle d'oppression de la femme, "le mari s'indigne, mais le fait est que c'est la société élaborée par les mâles et dans leur intérêt qui a défini la condition féminine telle qu'elle est aujourd'hui". Aujourd'hui c'était quand Simone de Beauvoir provoquait un tolé général avec le livre scandale. Deuxième sexe encore et toujours. Toujours coupable de ce que l'on fait, "éternelles créatures tenues pour responsable du désir qu'elles suscitent" disait Virginie Despentes dans son King Kong Thérorie, une sorte de Deuxième Sexe futurisée. Responsable d'une jolie frimousse ou d'une sensualité naturelle, tous les jours responsable d'être une femme. Au quotidien des "Mademoiselle ou Madame?", "Vous êtes mariée?", "Vous avez des enfants?". De quoi je me mêle d'abord? Saturation des archétypes à la con construits depuis des lustres, marre de ces gens et cette société bien-pensante présents pour vous rappeler, chaque jour que Dieu fait, que la femme est inférieure au mâle et qu'elle devra avoir un mari. Circonstances de la vie qui amène la femme et ses comparses à croire à ce lot d'idées préconçues et saugrenues. Sois belle et tais toi, fillette.

Un film de Chabrol et une discussion mère-filles sur l'avortement un soir de "Fête de la femme". Les avortements dans la famille parce que un tel ne voulait pas d'enfant, parce que celui-là n'en voulait plus. Puis cette humiliation, le regard des autres dans les seventies, faire partie de ces 343 salopes et tout le reste aussi. Je revois Marie Bunel se vider de son sang, Isabelle Huppert jugée par tous et ces hommes ne désirant que de la chair, encore et toujours de la chair. J'entends maman chanter avec Jean Ferrat les paroles de Louis Aragon "La femme est l'avenir de l'homme". Je revois aussi cette magnifique photo de mamie à 20 ans, maquillée, décolleté culotté, belle comme un cœur. Hélas, la photo a terni et la grand mère avec, la cause au mariage, aux enfants, à la vie de femme au foyer, peut être. Et si soudainement on inversait tout: si Marie Madeleine prenait la place de Jésus sur la croix, si Joseph avait eu la gloire de l'immaculée conception, si tous les grands hommes de ce monde avaient été des femmes, si cela avait été Jean Paul Sartre qui aurait lavé le linge de Simone de Beauvoir, si cela n'avait pas été aux femmes d'avorter mais aux hommes... Inversion impossible mais révolution possible. "Le féminisme est une révolution, pas un réaménagement des consignes marketing, pas une vague promotion de la fellation ou de l'échangisme, il n'est pas seulement question d'améliorer les salaires d'appoint. Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Une révolution bien en marche. Une vision du monde, un choix. Il ne s'agit pas d'opposer les petits avantages des femmes aux petits acquis des hommes, mais bien de tout foutre en l'air" dixit Virginie Despentes.

Tag(s) : #Histoires et pensées du Deuxième Sexe

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