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S6307435J'en connais plus d'un qui a du rire avec sarcasme face à la publication de ces deux places de concert sur mon profil Facebook. Il faut dire que moi-même j'en rigolais un peu. Même beaucoup. C'est le principe même de la fille éclectique de rigoler de ses goûts complexes et contradictoires. C'est donc avec une fierté non dissimulée que je revendique  haut et fort mon amour du baby rock à la française. Un jeu de sale gosse où l'on se plait à jouer du déhanché sexy à la Jim Morrison et à picoler sur scène comme l'ont fait jadis les meilleurs de la galaxie rock. Bref, rien de grandement révolutionnaire, juste un bon air électrique dans l'air...

 

Ce soir-là, la moyenne d'âge frôlait allégrement les 16 ans et demi. Les seuls adultes de la foule qui s'amassait devant les portes de la salle étaient sûrement des parents soucieux du devenir de leurs jeunes enfants. Pauvre naïfs ces parents ne semblaient même pas remarquer que leurs sales gosses étaient déjà sur la mauvaise pente en portant fièrement les accessoires de la Plastiscine type pour les filles et les cheveux en bataille pour les garçons. Dans ce joyeux bordel dont nous étions prisonnières, de façon consentante (je vous l'accorde), nous nous demandions avec inquiétude dans quelle galère nous avions encore mis les pieds. Le summum de l'inquiétude arriva au moment même où quatre charmants jeunes hommes se frayèrent difficilement un chemin parmi la foule, sous les cris pré-pubères de ma voisine de gauche, une fausse blonde de 15 ans, qui s'égosillait à hurler à ses copines : « C'est les Wankin'Noodles! C'est les Wankin'Noodles! Oh ils sont trop beaux... Okay ça vaut pas Chuck Bass et Edouard McCullen, mais quand même, ils sont craquants, non? ». Était-il encore temps de prendre ses converses à son cou et de courir très vite, loin de ces groupies en furie?! Trop tard. Les portes s'ouvraient et le troupeau se marchait dessus avec passion pour être au première loge d'un concert électrique. Ça c'est rock'n'roll!


Quelques heures plus tard, nous quittions la salle, les oreilles et le cœur complètement en vrac, contaminées par la groupie attitude. Il faut dire que ma voisine décolorisée avait vu juste en brisant mes tympans avec son strident : « Ils sont trop beaux les Wankin'Noodles! ». Effectivement, ils étaient plutôt pas mal ces Wankin'Noodles (dont je n'oserais traduire le nom en français). Une beauté simple à vrai dire qui a pour nom le talent. Un talent scénique tout d'abord, celui de mettre le feu sur scène, avec un narcissisme délicieux du style : « Répétez après moi : J'aime les Wankin'Noodles. J'adore les Wankin'Noodles. J'aimerai coucher avec un Wankin'Noodles », phrase cultissime du leader, Régis, que toutes les filles (et peut-être garçons) se sont empressés de répéter, ou plus exactement de hurler. Parmi les hurlements, les nôtres, ceux de deux gamines insupportables, devenues mamy du rock pour un soir. Recluses dans un coin de la salle, histoire d'échapper au troupeau de groupies prêtes à se battre pour un morceau de la chemise de ce pauvre Régis, c'est avec un certain plaisir que nous observions ce quatuor de bombes scéniques enchainer avec humour des pops songs énervés et des morceaux à la rock'n'roll attitude. Et quand Régis commença à entonner le très sexy et endiablé Baby, you know i'm the man, les mamy du rock interpellèrent leur vieille mémoire musicale et firent abstraction de la coupe de cheveux de Régis, rappelant celle d'un Beatles type période Please Please me, et approuvèrent leur théorie commune : « C'est la réincarnation de Jim Morrison ce mec, non? ». Avec un rock fiévreux et diablement sensuel, tel des baby Doors, ces Wankin'Noodles ont enflammé la salle en l'espace seulement de quelques répliques tonitruantes et de morceaux suavement dansant. Il en faudra légèrement plus pour les  suivantes, les toutes jeunes Plastiscines, poupées aux physiques rock'n'roll parfaitement travaillés, qui ont du faire face à quelques difficultés pour faire oublier l'audace scénique des quatre garçon dans le vent.


Elles déboulèrent sur scène avec des shorty taille 34, des collants habilement déchirés, des cheveux soigneusement en vrac, le tout surligné d'un eye-liner puissant et d'un rouge à lèvre pétant. Il faudra quelques secondes pour réaliser que nous ne sommes pas face à un podium de la Fashion Week mais une scène de concert. « Les Plastiscines c'est un truc de fille! » me suis-je longtemps répétée dans l'unique but certainement de me pardonner de les écouter, à en faire trembler les murs, avec leurs impulsifs : « Falling down, falling down. Touch the ground, touch the ground. Going mad, going mad. Not too bad, not too bad ». Encore une fois, j'ai fait l'erreur de parler trop vite. N'était-ce pas des garçons au premier rang entrain de s'agiter devant les moindres sourires et répliques niaiseuses de Katty, la chanteuse? Oui, c'était bien des garçons, et des filles aussi, criant tous en cœur le mythique « I'm a bitch » des quatre filles à frange (quelqu'un aurait-il oublié de leur traduire les paroles douteuses de la chanson?). Bref, malgré quelques hésitations sur le « comment s'y prendre » avec un public à peine plus jeune qu'elles, les Plastiscines ont, au bout de quelques titres, réussi à injecter leur dose habituelle de rock rageur avec Another Kiss et de pop acidulée avec Looser. Sautiller d'un bout à l'autre de la scène, faire crier les guitares et remuer avec classe leurs longues tignasses tels sont les ingrédients d'un concert des jeunes demoiselles. Sceptiques au départ, les deux mamy du rock ont honteusement essayé de se faufiler au plus près de la scène pour participer à ce truc joyeusement festif. Peu farouches, les petites vieilles de 23 ans se sont finalement très vite pris au piège de ces gamines joliment insupportables avec leur (fausse) dégaine rock'n'roll. Les baby rockeuses, malgré quelques répliques dignes d'enfants de CM2, se sont révélées au final aussi intéressantes que leurs comparses masculins. Futiles mais énergétiques, ces ravissantes poupées ont livré un concert aux allures de soirée pyjama entre filles de 15 ans, jeunes filles en fleurs crachant sur les looser et prônant la B.I.T.C.H attitude. Un bordel joyeusement électrique.


Minuit et des poussières, le spectacle terminé, les mamy du rock pouvaient regagner leur tanière pendant que la jeunesse du baby rock à la française allait sûrement écumer les bars et sautiller à tout va. Des courbatures pleins les jambes et le dos, les petites vieilles de 23 ans eurent du mal à se remettre de leurs petites émotions vivaces et électriques produites par des deux groupes prometteurs. Ce soir-là, elles s'endormirent bien sagement en se disant qu'elles n'assisteraient certainement jamais à un truc aussi mythique et pacifique à la Woodstock, que jamais elles ne verraient leur idole Jim Morrison se déshabiller sur un Break on through to the over side, qu'elles devraient se contenter d'une simple évasion avec des airs électriques dans l'air du temps.


 


 

 

Tag(s) : #Musique

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