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Le voilà donc l'objet sonore tant attendu. Il se joue de nous, marie la langue de Shakespeare et celle de Dante pour mieux échapper aux frontières. Abominables barrières fictives qui empêchent le vagabondage de la pensée. Depuis ses débuts en solo, puis avec ses amis, Frànçois (and The Atlas Mountains) prône à tout va l'errance de l'imagination. Cette source éthérée est la base de son projet musical. Base solide, qui manque cruellement à la chanson hexagonale, l'imagination a fait de Frànçois and The Atlas Mountains, en l'espace de quelques mois seulement, Le groupe à suivre. Et depuis un coup de foudre estival aux Francofolies de La Rochelle, on suit avec délectation cette musique foisonnante de sentiments-sensations doublée d'une missive d'un autre temps : l'imagination au pouvoir.

 

FrancoisTheAtlasFrànçois and The Atlas Mountains c'est d'abord et avant tout Frànçois. François Marry, la voix lascive du projet, est en effet l'instigateur de cette aventure collective. Originaire de Saintes en Charente, le jeune homme a grandi dans cette région calme où la monotonie du quotidien l'a tout doucement amené à la contemplation. La contemplation comme fuite éperdue restera à jamais décisive dans sa manière d'appréhender la musique et la création en générale. Il appartient à cette catégorie d'artistes que l'on appelle communément « artiste complet ». Auteur compositeur et interprète, mais aussi peintre, le charentais atterrira finalement sur la terre du rock pour concrétiser son rêve musical. À Bristol, il vivra de son art : une musique où le chant et les sonorités éclectiques font naître une multiplicité d'images. Exilé en Angleterre, il collabore avec des artistes de la scène locale avant de former en 2005 son propre groupe avec des amis musiciens. Frànçois se métamorphose alors en Frànçois and The Atlas Mountains. Un an plus tard, les garçons mettent en boîte The People To Forget, puis Her River Raves Recollections(2009) et l'excellent Plaine Inondable (2010). Après un été passé à sillonner la France et ses festivals estivaux, à charmer néophytes et passionnés par l'originalité d'un projet sans cesse en mouvement, Frànçois and The Atlas Mountains signe, pour cette rentrée, un premier album chez le prestigieux label britannique Domino Records : E Volo Love .

 

Avec un titre tout en apesanteur, Frànçois et les siens continuent leur « voyage, voyage » en terre extatique. Une terre à contre-temps de la folie ambiante, un lieu à contre-courant des dogmes présents. Sages venus d'un ailleurs céleste, Frànçois and The Atlas Mountains courent après des valeurs désuètes. Il suffit simplement de s'attarder sur la beauté des titres, ces alliances improbables de mots qui n'ont plus aucun sens pour l'époque, pour comprendre le caractère précieux d'une formation comme la leur. Aventuriers à la recherche d'éternité (new wave revisitée « Bail Eternal »), d'une lenteur retrouvée (l'ondoyant « Slow Love »), de trésors enfouis (le lascif « Buried Treasures ») et de trajectoires nouvelles (le mélancolique « Cherchant Des Ponts »), Frànçois and The Atlas Mountains vous emmène là où jamais on n'ose vous emmenez, de peur que vous préfériez cet endroit fantaisiste et intelligent à la morosité de l'hexagone.

 

Serait-il présomptueux d'avancer l'hypothèse d'une musique « qui rend intelligent » chez Frànçois and The Atlas Mountains ? L'intelligence s'y cherche, s'y fabrique puis s'y déconstruit. Rien n'est jamais acquis avec ces compositions ensorcelantes qui s'amusent à provoquer le trouble dans l'imagination sans frontière de chacun. L'instrumentalisation captivante, dépourvue de toute agressivité, joue constamment sur le mouvement, le dialogue inachevé entre les mots de Frànçois et les images naissantes de ses odes bouleversantes. Dès un premier titre « révélateur » de leur identité (« Cherchant Des Ponts »), Frànçois and The Atlas Mountains questionnent leur interlocuteur : « Suis-je un rêve dans lequel tu t'installes ? » et l'auditeur se love dans E Vole Love, paradis terrestre et imagé où l'on fait « la grève des journées normales », où « la mer renvoie des mots » et où, le témoin privilégié de ce songe mélancolique (l'interlocuteur/auditeur) oublie l'autre rive, la vraie, celle où la brutalité et la stupidité sont reines. Frànçois et son orchestre aiment tellement les déracinements, l'expérience d'un ailleurs fantaisiste et de sons innovants, ancestraux presque sauvages, qu'il fait cadeau, à qui veut bien l'entendre, de cet amour immodéré pour l'errance rêveuse. Ils condamne à l'exercer, à aller voir ailleurs, à une époque où il n'y a que le repli sur soi qui vaille. Piano, échos, trompettes, tam tam de continents oubliés, participent ensemble à un dépaysement mystique propice à un onirisme élégant. Ceux qui clament d'entrée « soyons les plus beaux » font de leurs auditeurs des êtres« plus beaux », plus réceptifs à l'expérience d'une poésie imagée et d'une mélancolie heureuse.

 

 

" Piscine " de Frànçois and The Atlas Mountains

Tag(s) : #Musique

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