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Un beau matin de plein soleil, j'ai décidé d'abandonner mes playlist toutes démodées de Deezer pour me brancher sur FIP. Quelques secondes plus tard une voix fascinante venait me susurrer des mots inconnus à l'oreille. Sa mélodie avait des faux-airs de Yann Tiersen dans la légèreté et l'émotion dégagées par l'alchimie de ses instruments. La jolie voix y était bouleversante comme dans l'album mélancolique C'était ici, et l'accordéon qui l'accompagnait filait une sacrée envie de vagabonder dans la nature sauvage, d'être heureuse et de propager le bonheur comme cette chère Amélie Poulain! Après maintes vérifications, j'ai dû me rendre à l'évidence : ce son d'une intense émotion ne provenait ni de la Butte Montmartre, ni du flibustier mélancolique qu'est Yann Tiersen. Il venait de plus loin. Très loin. Très à l'est.

 

Peut-être ne regardons nous pas assez vers l'est, ai-je alors pensé. Trop gris, trop tristounet, trop de froid, trop de vodka et de souvenirs du bloc soviétique, pour nous, joyeux français aux yeux rivés à l'ouest que nous sommes. À force d'épier les talents émergents de l'outre-Manche ou de l'outre-Atlantique, peut-être en oublie t-on la possibilité que la nouvelle merveille vienne de l'autre côté. À l'est. Bien plus à l'est.

 

Alina Orlova incarne cette petite merveille rencontrée par hasard, loin des radios formatés et abruties par les normes. Avec un nom pareil, l'artiste ne peut venir que d'un pays frileux et grisâtre : la Lituanie. La jeune fille au teint pâle et à la voix de cristal a grandi dans celle que l'on nomme la petite sœur de Tchernobyl : Visaginas. Triste appellation pour cette petite ville égarée dans les forêts du nord-est de La Lituanie où sévissait, il y un an encore, l'une des plus grandes centrales nucléaires d'Europe. Que faire de ses 10 doigts et de sa tête quand on naît dans une atmosphère si morose? Dans la grisâtre de l'Angletterre ouvrière, les adolescents se réfugient bien souvent dans le football ou dans l'apprentissage d'un instrument. Pour Alina, à l'est, l'exercice sera le même : accepter le quotidien ou se réfugier dans la musique et suivre ses chemins vers un ailleurs plus vivant. Plus prospère.

 

Alina Orlova

Cours de piano à 7 ans puis premières écritures de textes à 17 ans, celle qui aime autant lire que peindre, quittera les lieux sordides de son enfance grâce à la musique. À 22 ans et un premier album, la lituanienne remporte très vite un vaste succès dans son pays. Débarquée en France, il y a peu, avec ce fameux premier opus intitulé Laukinis Suo Dingo (Fargo/Naïve), Alina Orlova devient la jolie surprise estivale. Les comparaisons sont éloquentes. Son nom est souvent accolée aux « petite soeur de Kate Bush et de Régina Spektor » de la presse. Comme si il fallait absolument ressembler à tel ou tel artiste pour toucher l'auditeur. Pour l'émouvoir et faire vaciller ses certitudes. À l'écoute de Laukinis Suo Dingo, une certitude demeure : le chant envoûtant et authentique de cette artiste est unique et les comparaisons obsolètes.

 

Disque pour les mélancoliques qui évite à merveille les bas-fond de la tristesse, Laukinis Suo Dingo (comprenez « Chien Sauvage Errant ») est un tourbillon enchanté où l'on se laisse doucement aller aux sons désuets et éphémères des instruments à cordes et des petits bruitages inventifs à la Cocorosie. Le premier titre « Lovesong » est une invitation à entrer dans la danse. Violon et piano s'entremêlent allégrement sur la voix habitée et lyrique de la jeune demoiselle. Sa poésie en trois langues (anglais, lituanien et russe) invente un monde bien à elle, un royaume lointain et mélancolique où il fait bon être heureux. Dès le second tite, le fabuleux « Vaiduokliai », le manège enchanté de l'artiste est bel et bien lancé, et ne semble n'avoir aucune envie de s'arrêter de si tôt. Titre enchanteur « Vaiduokliai » promulgue des émotions nouvelles et éparses. C'est sans grande difficulté que la beauté de l'est nous fait entrer dans un monde qu'elle affectionne particulièrement constitué de rêves, d'émotions puissantes et d'authenticité éblouissante. Tour à tour légers et intenses, les 16 petits joyaux produits par la voix tour à tour joueuse et frêle de l'artiste nous emportent sur les terres méconnus de l'est.

 

Dans son monde ravissant, la voix joueuse d'Alina Orlova se plait à disperser des ingrédients touchants. Un brin d'enfance lituanienne, une dose de mélancolie et de souffrance (« Spi »), un piano fragile (« Slepynes), des airs romantiques (« Menulis), la magie d'un XIXème siècle... La douce lituanienne, derrière son piano ou devant son micro, peint son monde inattendu avec liberté. Un monde à l'image d'une vie : entre larmes et rires, chagrins et bonheurs intenses. Sombre ou lumineux, le monde de la toute jeune Alina Orlova est peut-être lituanien, frileux et grisâtre, mais il laisse toujours entrevoir un magnifique coin de ciel bleu et la douce promesse d'un instant meilleur. Peu importe l'endroit, le moment, la situation, l'artiste à façonner un lieu émouvant dans lequel on aimera à coup sûr se réfugier et entendre vivre cette voix sans cesse sur le fil, virevoltant tout à tour entre la force et la fragilité. Entendre une petite merveille venue de l'est tout simplement.

 

MySpace Alina Orlova 

 

« Vaiduokliai » d'Alina Orlova

 

Tag(s) : #Musique

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