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Paris si seulement je pouvais enclencher la touche « pause » pour qu'à cet instant précis tu restes caler sur ta douceur de vivre en plein mois d'août par un soleil qui rend ta beauté quasi-parfaite vue de la place Aragon. Si seulement. Cette touche n'existe pas dans la vraie vie. Il va bien falloir supporter l'insupportable petite. Que tous les connards de parisiens reviennent au bercail. Que les connards de touristes désertent les lieux eux qui savent admirer ta beauté ravageuse de façon, admettons-le, bien stupide. Que le soleil quitte tes rues pour laisser place à la grisaille automnale. Que Rivoli reprenne son flot de voitures et pollution. Que je quitte mes robes short pour des jeans, abandonne mes chansons gaies dans mon i-pod pour arpenter la rue du Louvre sur des sons tristes et sinistres comme la saison. Je suis une briseuse de rêve venue en avance annoncer que dans quelques jours la douceur de vivre s'envolera pour laisser place à la monstrueuse rentrée. Je sonne le glas. Annonce le retour des mines tristes, des dilemmes, des réveils difficiles, des corps cachés, des routines et des bonnes résolutions qui jamais ne sont respectées. La rentrée, peu importe l'âge ou la situation, refait son apparition pour peser sur nos frêles épaules comme si on avait 15 ans et si demain on entrait en seconde. Tu n'as qu'une envie sécher les cours de nouveau. Bien sûr ce ne sont plus des cours. Mais le même type d'endroit. Il t'y faut travailler. Pour toi mais surtout pour les autres comme toujours. Pour toi justement, tu voudrais être ailleurs. Pour ton bien. Lire quelque chose, voir et écouter une nouvelle merveille juste pour toi. Hélas, le compte à rebours est enclenché et tôt ou tard ce fameux premier lundi de septembre viendra frapper à ta porte, te rappeler la fatale réalité : la vie reprend son cours. Salope. En fouillant bien, j'ai trouvé 5 raisons de la contrer, d'adoucir la cruauté infligée et peut-être de finir par aimer (un peu) la rentrée. Courage.

 

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Un livre : L'Amour est déclarée de Nicolas Rey

 

nicolas-rey-l-amour-est-declare.jpgNicolas & moi c'est une histoire de longue date. J'étais gamine, accroc aux émissions d'Ardisson, et un soir j'ai vu débarqué Nicolas, le regard irrésistible, la drague avec. L'homme en noir le présentait comme « Nicolas Rey, célibataire et prêt à tout ». J'ai lu Mémoire Courte à 15 ans. En le lisant, j'entendais sa voix me raconter l'histoire de ce anti-héros férocement contemporain, un connard des temps modernes qui aurait voulu faire mieux mais qui ne le pouvait décidément pas dans le monde tel qu'il était conçu, corrompu, foutu. J'ai aimé Nicolas dès la première ligne... et les suivantes ont confirmé cet amour. Il y a quelque temps Nicolas racontait son Léger passage à vide au moment même où je traversais le mien. Il était en cure de désintox. J'en étais à une étape équivalente dirons-nous. Les bons mots d'un écrivain valent tous les médocs, tous les discours des êtres proches, tous les inefficaces « tu verras ça ira mieux » du monde. Nicolas Rey se soigne à l'écriture et nous soigne à grands coups d'envolées lyriques comme lui seul est capable de les signer. Les règles de la vie sont dégueulasses, avec lui on s'incline face à ce sujet-là, mais avec lui aussi on raille les règles, les ironise, les poétise juste pour aller un peu mieux le temps d'une lecture.

 

En deux ans, j'ai relu 5 fois Un Léger passage à vide. Bonne nouvelle : je vais avoir quelque chose de neuf à me mettre sous les yeux. La rentrée littéraire amène avec elle son lot de bonne surprise. Le 13 septembre prochain, le terrible éditeur Au Diable Vauvert publie le nouveau roman de son enfant terrible Nicolas Rey. Le mec a semble t-il tout compris pour enrôler ses lecteurs dans sa nouvelle aventure littéraire. Y'a juste à jeter un œil au titre pour comprendre que la rengaine sera la même. Type : « Il faut manger pour vivre, vivre pour aimer, aimer pour trahir et trahir pour avoir quelque chose à raconter. ». Mon avis c'est que Nicolas a encore aimé (heureusement pour lui) et encore trahi (heureusement pour nous) pour avoir quelque chose à raconter. Grande naïve que je suis, je suis emballée alors que je ne l'ai même pas encore lu. Mais j'ai vu le titre. Pire le titre de l'incipit. Qui en dit long sur lui, sur moi et sur le reste du monde : « Sympathie pour le diable ». Sympathie à vie. Encore & toujours.

 

L'extrait :

Salope, j’ai fait.
— N’oublie pas que tu parles à ton éditrice.
— Clara, tu vas m’écouter. J’ai pulvérisé ma vie avec mon dernier bouquin. J’ai perdu l’estime de ma famille et je me suis mis à dos la seule personne valable sur cette planète. Alors, tu arrêtes avec ton histoire de “manuscrit à rendre”. »
Elle a allumé son joint de chanteuse de rock alternatif. Depuis qu’elle n’avait plus de jambes, elle était très belle dans son fauteuil roulant. Elle avait dix-huit crédits sur le dos. Elle s’était endettée sur ses fonds propres. Elle n’était pas du genre à faire les choses à moitié. Je l’imaginais sans maison du jour au lendemain, sans voiture, obligée de vendre ses chevaux. Elle m’a montré son genou. C’était bourré de vis et de plaques de fer.
« Très bien Clara, tu veux un bouquin. Dans trois mois, je te file un truc d’histoire sur la guerre d’Indochine avec une longue dédicace pour remercier Wikipédia.
— Nicolas, continue à raconter ta vie. T’es bon qu’à ça. »
J’avais 39 ans, des impôts à payer et un appartement à rembourser. J’avais un fils aussi. Bref, je n’avais plus vraiment le choix.

 

Un album : Vengeance de Benjamin Biolay

 

benjaminbiolay-vengeance.jpgPour moi, BB est l'homme de la situation. Paf, il t'arrive un truc, bien ou pas d'ailleurs enfin surtout pas bien et c'est BB qui va venir squatter ta platine pour pauser les mots qu'il faut sur tes plaies et te faire la petite piqûre de rappel nécessaire à ta survie au cas où tu oublierais en route que l'espoir fait vivre. Bref, BB c'est l'homme de la situation qui trempe sa plume dans ses plaies juste pour te fabriquer la bande originale de ta vie. Grâce à lui, la beauté de la vie t'éclate enfin à la gueule sur le disque 2 de La Superbe, la lâcheté opère dans À l'origine, tu te souviens avoir de Beaux Souvenirs avec lui, te rappelle avoir été cette fille dans une saloperie de merco benz, pleures juste pour qu'il te demande pourquoi. Bref, le temps passe à ses côtés et BB reste fidèle à l'inverse du personnage de ses chansons. Maintenant que tout le monde l'aime depuis l'effet « La Superbe ce chef d’œuvre ! », l'homme est devenu fréquentable au point que tout le monde se l'arrache. Pas partageuse, la sale peste à la rancune facile et en veut un peu (beaucoup) à la terre entière d'avoir fait son coming out musical sur le tard en ce qui concerne Biolay. La Superbe n'est pas le seul chef-d’œuvre que le monsieur est composé. Sa discographie est un lent et consciencieux chef-d’œuvre parsemé de diamants bruts, tellement brut que la question qui me hante depuis que je le connais va se reposer sous peu : comment ce type a eu le droit d'obtenir l'unique manuel « du bon mot sur les choses de la vie » ? Injustice de la vie, BB a un don pour écrire ce qui te passe par la tête & le corps mais dont tu ne possèdes pas les clés verbales. BB, lui, les a. Il te les prête le temps d'un album.

 

L'album en question va illuminer ta rentrée si j'en crois le dernier paragraphe élogieux de ce petit veinard de  L'Express qui a pu écouter le nouvel album de Biolay en exclusivité. Je cite : « C’est la pop du Grand sommeil, les sentiers d’Indochine, la new wave de The Cure, les moulins de Legrand, la bossa de Joa Gilberto, le rap de Booba, le souffle de Bowie et la dentelle de Bashung. C’est les démons de l’aurore et le cinéma de la ville. C’est une Vengeance éclatante. » Frisson, excitation et attente jusqu'au... 5 novembre. Novembre c'est une décennie d'attente par rapport à la rentrée, je l'admets, mais justement rusé le BB sort son album en ce mois qu'il chantait jadis, juste pour casser la monotonie automnale, se venger d'elle. Souvenirs, impasses et vengeances, le nouvel album de Biolay serait « une balade en Biolayland » (ma valise est prête pour cette terre) on y croisera entre autres le rappeur Orelsan, l'ex Libertines Carl Barat et la divine Vanessa Paradis. Featurings curieux et certainement bientôt adorés. Biolay baptise sa nouvelle œuvre Vengeance. Je valide. À la carte des sentiments, la vengeance est l'un de mes préférés. Elle porte en elle une satisfaction introuvable ailleurs. Et par conséquent infiniment précieuse. Elle rassure à l'aveuglette et te renforce naïvement. BB soigne éternellement.

 

 

 

Un film : Vous n'avez encore rien vu d'Alain Resnais

 

vous-n-avez-encore-rien-vu-alain-resnais.jpgDans le temple du cinéma français, il y a Alain Resnais. Vétéran de la Nouvelle Vague ou plutôt d'un de ses nombreux courants. Resnais, 90 printemps, caméra au poing comme au temps de l'unique et durassien Hiroshima mon amour. Chez lui, le cinéma est un langage rutilant peuplé de personnages inoubliables lâchés dans des scénarios dont on ne connaît jamais la chanson mais paraissent infiniment vrais. Son nouveau film, prévu pour le 26 septembre, entre dans cette logique que Pierre Arditi, acteur fétiche entre autres avec les Dussolier et Azéma, qualifie très justement ainsi : « Rien ne ressemble moins à un film de Resnais qu’un autre film de Resnais ». Vous n'avez encore rien vu n'étonne guère de la part du monsieur. La bande-annonce et le synopsis annoncent un film dans le film, une œuvre en dialogue avec l’œuvre toute entière d'Alain Resnais, une promenade en compagnie d'une tribu qu'on a appris à connaître sur grand écran. Une tribu s'agrandissant au fil des années, devenue presque une sorte de seconde famille pour le spectateur. Une tribu à la langue légère, au rire sincère, au drame commun aux pauvres mortels. Un metteur en scène décède convoque tous les acteurs qui ont joué sous sa direction à découvrir une captation du Eurydice de Jean Anouilh montée par une jeune troupe de théâtre. La mise en abyme opère et le spectateur comme l'acteur se retrouve coincé devant ce film-testament qui n'est autre qu'une comédie sur « l’œuvre ».

 

 

Une fête : La Fête de l'Humanité

 

fete-de-lhumanite-2012.jpgTout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des grands-parents communistes. Chez moi, petite avant de comprendre que le monde des grands était une saloperie, j'écoutais admirativement ma grand-mère parlé de ça « le communisme » et toute cette flopée d'histoires sur cet idéal qui a meurtri plus d'un être. Ma grand-mère ne semble pas meurtri, juste nostalgique. Têtue, aveugle mais fidèle d'où mon admiration sûrement pour les pasionaria. La grand-mère c'est Kattie dans Nos Plus Belles Années, fervente militante de la cause rouge carrément relou mais tout aussi attachante qui n'ira jamais perdre son âme dans les bras du capitalisme. Mamie quand elle parle de la Fête de l'Huma c'est dans sa bouche « The place to be ». Alors forcément l'idée d'y être pour la première fois de ma vie, c'est une forme de satisfaction. Double satisfaction idéologique et musicale. Je t'explique...

 

C'est la fin de l'été, le bon air des festivals se fait la malle, quand la Fête de l'Humanité ouvre ses portes à toutes sortes de festivaliers idéologiques ou pas d'ailleurs. En réalité, la fête de l'Huma c'est d'abord la fête de l'humain avant d'être celle du communisme. Là-bas, tu vas pouvoir assister à tout un tas de débat sur des questions de société, d'histoire, d'économie, d'Europe et croiser quelques vétérans du communisme et quelques nouveaux convaincus par la même occasion. Mais surtout dans mon imaginaire de gamine c'est d'abord une fête populaire où tu manges des frites tout en croisant des gens passionnants humainement. l

 

L'édition 2012 de la Fête de l'Huma rend hystérique la petite groupie idéaliste qui est en moi car en plus de respecter l'un des vœux les plus chers de ma chère mère-grand (y assister) je vais réaliser deux de mes rêves les plus fous. Toucher du bout des yeux le mythe des plus belles années du rock, comprenez Patti Smith, et concrétiser mon rêve de groupie : voir Peter Doherty en concert. Deux enfants terribles du siècle, du rock et de la passion dans une fête passionnante que demander de plus pour aimer un peu plus la rentrée ?

 

 

Un concert : Radiohead à Bercy


radiohead_bercy.jpgRadiohead et moi c'est une histoire loupée ponctuée de rendez-vous manqués. Ne prendre connaissance de l'existence de Radiohead, qu'à 21 ans seulement, et ce grâce au cinéma et une scène en particulier, devrait être sévèrement puni par la loi. Découvrir ensuite à 22 ans que le fabuleux et expérimental Amnesiac avait soigneusement été rangé dans votre Cdthèque en toute discrétion par le patriarche et que jamais vous ne lui avez fait l'honneur d'être entreposé sur la platine jusqu'à ce soir de 2009. Avoir demandé au même âge, pour Noël, son « premier Radiohead », un best of (deuxième faute condamnable). Avoir grosso modo 10 ans de retard sur la vie... les rattraper depuis comme on peut en la bonne compagnie du chant noir de Thom Yorke. Radiohead ne me quitte plus. J'ai fait de « Creep » ma chanson idéale. « Pyramid Song » est ma berceuse de nuit. « Idiotheque » mon trip nocturne pour rentrer à des heures indues. Et « There There » mon chant du combattant. Autant dire que voir Radiohead sur scène pour une inculte honteuse comme moi, c'est concrétiser un peu mon histoire d'amour sur le tard et satisfaire par la même occasion mon égo de groupie qui pense que la vie est trop courte pour louper ceux qu'on aime.

 

 

Tag(s) : #Actualités

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