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Avec son quatrième album, Après moi le déluge, Alex Beaupain continue de chanter les cataclysme sentimentaux. Un disque attrape-coeurs réussi.

En quarantaine. Il prend de l'âge Beaupain. Le trentenaire qu'il dessine si bien en chanson se tourne vers sa quarantième année. Les années passent. Les tourments non. Dans son quatrième album, Après moi le déluge, Alex Beaupain continue à les faire tourbillonner. L'amour, le temps qui passe, les histoires de baise et les lendemains qui déchantent. Les fins connaisseurs du sale type à la plume sensible penseront « rien de nouveaux sous le soleil ». Évitons les raccourcis. Tout est éclairé d'une lumière nouvelle sous ce déluge de mauvais temps, timing et sentiments. La critique adepte des éloges conventionnels le taxera d' « album de la maturité ». Elle finira pas apprendre que la sagesse ne vient jamais pour un enfant du 10 mai 1981 devenu adulte désabusé. La faute aux gueules de bois des lendemains politiques et amoureux qui déchantent. Atteint du syndrome « mélancolie », son nouvel opus rafle la mise de la continuité dans une discographie attachante.

Précipice il s'en fout. Depuis Garçon d'honneur, son premier disque sorti en 2005, l'artiste cultive avec soin le goût du précipice. Se perdre dans « les souvenirs », se noyer dans « une mer de sanglots », Beaupain en a fait sa marque de fabrique. Si Pourquoi battait mon cœur, en 2011, reprenait ses déprimes sur des airs résolument pop et électro, Après moi le déluge fait lui le forcing pour imposer le premier amour du garçon : la variété française. Biberonnée au Brassens et au Barbara, le petit Alex a grandit sous l'égide de l'ultra moderne solitude d'un Souchon et les envolées amoureuses d'un Julien Clerc. Avec l'âge, le grand se décide enfin à jouer dans la cour des ex grands, fait tourbillonner ses tourments habituels sur des airs de variet' gracieuse. Pour ce passage en classe supérieure, il risque de perdre quelques fidèles camarades.

Cette variet' made in France effraye. Et pour cause pendant des années elle a préféré les rimes faciles à l'effort textuel. Mais c'est mal connaître l'énergumène Beaupain. Entouré cette fois-ci de Nicolas Fizman et mixé par Erwin Autrique – deux comparses de Biolay – il devient maître en matière de crises existentielles et autres doutes qui gangrènent les quotidiens des trentenaires solitaires. Les « révolutions révolues » et « les grands soirs dont il ne reste rien au petit matin » se parent d'un flot de cordes étourdissant et de notes de piano enivrantes. Comme Vite où l'artiste vole son piano mélancolique à La Ritournelle d'un Sébastien Tellier et poétise l'insupportable temps qui file. Au même titre que Je suis une souvenir, itinéraire chanté d'un enfant gâté par sa lucidité et Baiser tout le temps écrit par le frère d'arme Christophe Honoré.

Profondément intime. Si l'éternel tourmenté consentant fait la part belle aux chansons siglées nostalgie, il accorde également une place de taille à des arrangements plus seventies. Profondément superficiel file la fièvre du samedi soir. Après moi le déluge et Pacotilles pourraient être, eux, échappés d'un show digne de ceux des Carpentier. Enfin mention spéciale au surprenant Coule, titre cadeau signé Julien Clerc. Sur un air très enjoué, cordes et piano pour uniques « bouées de sauvetage », un Beaupain léger y chante la gravité. Celle de son naufrage et celui de son monde. A cet instant du disque, un sentiment d'égarement tristement plaisant gagne. Ouaté ou cru, cette grisaille de l'âme est confortable. Encore une fois, l'élégant chagrin de Beaupain aura réussi à réanimer nos cœurs.

CD : Après moi le déluge d'Alex Beaupain (Label AZ)

Alex Beaupain attrape les coeurs
Tag(s) : #après moi le déluge, #Alex Beaupain, #Biolay, #Christophe Honoré, #chanson française

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