Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La photo date de 1959. Peut-être quelques mois après la fin du tournage de Christine. Mauvaise mièvrerie pour jeunes filles des fifties dont le seul mérite est d'avoir provoqué la rencontre entre la belle et la bête. Parfaite histoire pour les Paris Match d'autrefois. Romy et Delon y crèvent l'écran, s'aiment face caméra et peu à peu en coulisses sous la bienveillance de l'ami ange Brialy. Sur la photo en question, photo mise en scène de l'amour naissant, forcément passionnant, la main de Romy sur la bouche de Delon semble lui dire :« Sois beau et tais-toi ». C'est l'interprétation fantasque qu'on voudrait en faire en ce jour des 80 ans du dernier grand de la fine équipe, du clan de l'époque. Il a été beau comme personne mais il ne sait plus se taire. Ce qui condamne les cinéphiles à l'aimer follement avec un soupçon de gêne. Car Delon obéira au geste de Romy pour un temps. Le temps où elle sera là peut-être. Il sera le plus beau taiseux du cinéma français. Il aurait dû le rester, personne ne lui aurait volé sa place. Taiseux mafieux, truand, tueur à gage, flic, politique, usurpateur... Taiseux chez Melville, Losey, Verneuil, Deray, Visconti. Taiseux sachant imposer sa scène à la mémoire cinéphile. La prenant en otage de la raison. Le regard du tueur à gages sur le point de se faire descendre chez Melville. Le regard de Monsieur Klein perdu dans la rafle du Vel d'Hiv. Le regard avec lunettes de soleil du truand tuant un poisson de ses mains nues chez Verneuil. Le regard de l'usurpateur satisfait chez Clément. Le regard du félin chez Deray. Delon est un félin, comme dans ce film aux côtés de Jane Fonda. Silencieux, solitaire, vulnérable, imprévisible et prêt à griffer. Il a imprimé la pellicule de son aura, celui de la race des seigneurs. De ces grands taiseux de jadis, ceux-là même qui appartenaient au clan. Il est le dernier du clan. Il aurait dû partir avec eux, cela aurait évité quelques nanars et quelques bien mauvaises pensées. A chacune d'entre elles, le cinéphile a envie de se replonger dans les premières images de son premier amour. Comme un rattrapage, un matraquage de l'esprit pour lui rappeler que mon dieu, il était beau quand il se taisait. D'une beauté inégalable comme on en fait plus, en silence, en retrait. Une beauté capable d'incarner l'horreur, l'inquiétude, la détresse en un seul regard. Maintenant ce sont ses mots qui incarnent l'horreur.

Sois beau et tais-toi
Tag(s) : #Cinéma, #Alain Delon

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :