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Dès fois, tu te dis à quoi bon partager les images, les unes, les gueules en sang, les visages en larmes ou les corps en marche sur la route des démocraties, derrière les barbelés ou dans la boue à Calais, à quoi bon les entrevoir sur les réseaux sociaux, à la télé ? Mais dès fois, tu te dis que c'est bon de partager les images, les unes, les gueules en sang, les visages en larmes ou les corps en marche sur la route des démocraties, derrière les barbelés ou dans la boue à Calais sur les réseaux sociaux, à la télé, ne serait ce qu'une seconde. Ça ne les aide pas de partager leurs visages, mais au moins dans ce flot de journée aseptisées ça nous aura heurté, rappelé l'inhumanité ambiante, la mort du progrès et de nos idéaux à petit feu tout doucement. Certains soirs plus que d'autres, tu enverrais bien le vieux monde aller se faire foutre pour avoir autant merdé, pour avoir laissé les autres gagnés. Certains soirs plus que d'autres, tu chouines parce que Odezenne est supérieur à la moyenne et se sert de sa musique pour répandre les images heurtantes de ces gamins qu'on gaze dans les bras de leurs parents, contre lesquels on bâtit des murs et élevent des barbelés. Des gamins. Des regards de gamins qui te font souvenir que naïvement toi, gamine tu croyais le monde bon. Eux n'auront même pas eu le temps d'y croire. Ils n'auront eu droit qu'aux bombes, aux embarcations mortifères, aux camps insalubres, à la violence et au mépris d'une partie du vieux continent vieillissant.

 

Il y a quelques semaines déjà, Odezenne avait fait de son titre « Novembre » un clip concerné par l'actualité, pour ne pas dire « engagé » - ce vilain gros mot quand tu es artiste. Le clip filmait les rapports de force entre la police et les manifestants contre la loi travail. Cette fois-ci, le clan Odezenne balance le clip de « Chimpanzé ». Dans la même lignée que la trilogie amorcée avec Jérôme Clément Wilz, réalisateur du clip « Novembre » - ou devrais-je dire mini film ? - ce nouveau clip est le fruit du travail d'Arthur Muller, un jeune réalisateur qui a proposé ses images de suivi des migrants sur les mots de « Chimpanzé ». Ce film de plus de 3 minutes nous entraîne de l’île des Lesbos à la frontière serbo-hongroise, où le jeune réalisateur a filmé l'errance des familles fuyant les conflits au Moyen-Orient jusqu'aux murs anti-migrants édifiés à la bordure de l'Union Européenne. Les images se calquent sur les mots abstraits de cette chanson que le jeune réalisateur perçoit comme un traitement des inégalités dans le monde. Les animaux de la chanson deviennent des humains parqués aux frontières de la vieille Europe. Le regard crevant de ne pas voir advenir l'autre vie qu'ils espèrent. L'armée de l'ombre, que l'on nous présente généralement comme exclusivement masculine dans les médias, prend une tout autre apparence dans cet excellent clip-reportage. Des images de reportage avec pour seule parole les mots d'Odezenne. Puis soudain le vrai son des images. Des gosses effrayés, pleurant dans les bras de leur mère, à qui on tente de mettre du serumphy dans les yeux après un gazage en règle de la police aux frontières. « Aux silhouettes, Arthur a préféré les personnes ; aux groupes, les familles ; aux plans larges, les regards serrés. Chimpanzé interroge l’indifférence aux portes de l’Europe ». Il interroge la vieille Europe et lui demande sûrement ce qu'elle a fait de ses rêves, de son histoire ? Elle les salis. C'est tout et c'est déjà pas mal pour avoir honte de nous même et de nos contemporains.

 

Tag(s) : #Musique, #Odezenne, #Clip, #Chimpanzé, #Réfugiés, #Politique

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