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Dès fois, coincé dans un fauteuil rouge, on ne sait plus très bien si on n'aime ou si on n'aime plus ce qui nous fait face. Si les images tourbillonnantes dans un halo de lumière touché par la grâce d'un soi-disant dieu tout puissant nous parlent ou nous insupportent. Alors voici enfin venu le temps du dilemme : le monde merveilleux de Terrence Malik et de son nouvel opus Knight of Cups, on ne sait plus si on doit le chérir ou l'exécrer après tant d'épisodes baignées de lumières divines et de tirades aussi éblouissantes qu'affligeantes. Après avoir fait saliver et jacasser le monde du cinéma de son absence (longue de 20 ans), Malick se la joue prolifique depuis The Tree Of Life (2011) et enchaîne les films avec stars en tête d'affiche. La beauté lumineuse et blonde de Brad Pitt, père fouettard dans une Amérique faussement sage des sixties dans The Tree of Life, a laissé place pour cette nouvelle redite malickienne à la beauté ténébreuse de Christian Bale. L'ex Batman y incarne un scénariste de – suppose t-on – petites productions merdiques à l'américaine vivant médiocrement de sexe et d'alcool dans la Cité des Anges. Une version côte ouest de son rôle dans American Psycho, la drôlerie, la violence et l'histoire en moins. Rick/ Christian Bale est un vague cousin de cinéma d'un héros de papier de Bret Easton Ellis. Un type conscient de la médiocrité de sa vie et de l'univers en général qui se noie dans encore plus de drogues, d'alcool et de filles. La différence chez Malick étant que le héros – ou plutôt la marionnette, jouet des forces suprêmes - cherche une porte de salut à sa médiocrité. Il la guette désespérément dans ces paysages gracieux (la Californie en long et en large, de la mer au désert) et disgracieux (une fête bling bling de mauvais goût dans une villa de LA avec Antonio Banderas en maître de cérémonie libidineux). Paysages que dieu Malick se fait un plaisir de filmer avec une force quasi divine à grands coups de plans tourbillonnants, d'embruns, de ciel rose et dégagé, de palmiers en contre-plongée et le tout à grands renforts de musiques toutes puissantes et de voix-off échappées des cieux. Les paysages gracieux c'est aussi les nanas à gogo, de préférence dénudées pour les actrices inconnues et habillées pour les plus connues (Natalie Portman et Cate Blanchett). Des nanas mi maman, mi putain toutes empressés de sauver le beau Rick ou de le faire couler un peu plus vite. C'est beau à en couper le souffle une nana, les chabadabada sur la plage ou les jeux de sales gosses dans une chambre d'hôtel, ça excite les garçons et les filles, et puis après quoi ? Après toujours le même dilemme, Rick rongé par un mal intérieur forcément indomptable cherche dans les grands espaces américains comme dans les filles qu'il saute, une réponse à ses questions, la réponse de l'infiniment petit face à l'infiniment grand, la possibilité de vivre mieux ou de vivre tout simplement. Christian Bale, le visage émacié, le regard souffreteux comme il sait si bien le faire, planté dans un désert abyssale est certainement la seule image de tout le film qui nous parle réellement. Parce qu'elle parle de nous tous et des ces pièces de vie qui jamais ne voudront s'assembler. Évidemment, les images du démiurge Malick captivent, et c'est parce qu'elles nous coincent en hypnose que finalement l'économie des dialogues se révèle acceptable, au premier abord seulement. Un flot d'images follement poétiques, volées à l'espace temps, sublimées par le cinéaste et puis finalement pas tellement. La vie ressemble parfois à une virée folle en bagnole bien accompagnée, la seule différence étant que le cadre n'est pas LA et l'accompagnant Christian Bale. Le torrent d'images pour expliquer l'impalpabilité du grand tout, Malick nous a déjà fait le coup avec Sean Penn et Brad Pitt perdu dans le grand tout eux aussi. Si autrefois le résultat était hautement fascinant, la ritournelle commence à lasser car elle n'est plus apte à émouvoir. Cet énième épisode a au moins le mérite d'écrire une vérité : sans histoire, sans récit, difficile d'aller très loin. Est-ce qu’additionner de belles images sans logique sur une voix-off qui prend un malin plaisir à philosopher médiocrement une vie médiocre constitue un grand film ? Telle est la question qui reste en suspens après que Christian Bale ait disparu de l'écran. Ce foisonnement grandiloquent d'images et de tourments, sans bruit ni fureur, laisse un goût amer d'inachevé. Un résumé de vie, en somme.

Les belles images de Terrence Malick
Tag(s) : #Knight Of Cups, #Terrence Malick, #Cinéma, #Christian Bale, #Natalie Portman

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