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Je me demande pourquoi je l'avais imaginée fragile et timide. Je me foutrais des claques juste à l'idée d'avoir eu cette pensée. Elle devait impérativement être fragile la Juliette, pour avoir cet air cristallin dans la voix, ce piano au bout des doigts comme meilleur compagnon et ces chansons dans la bouche où elle se qualifiait de « coquillage fragile ». Juliette a quand même le prénom d'un amante célèbre qui ne connaît pas une fin très heureuse, même carrément tragique. La Juliette de Shakespeare comme la nôtre cherche, alpague, chiale son Roméo. La Juliette qui enchante aujourd'hui la chanson française, avec son spleen bien à elle, recherche son alter ego dans chacune de ses aventures textuelles où, hélas, son cœur chante la complainte d'un sentiment bien contemporain : l'amour en solitaire.

 

Son histoire est de faire cavalier seule, de le chanter comme personne ne le chante actuellement. Avec une énergie doublée d'une surprenante douceur qui rimerait avec douleur, vois-tu. Juliette Armanet chante le manque d'amour alors que ce soir-là, sur cette scène flottante (nous sommes sur la péniche du Flow, près du Pont Alexandre à Paris) la salle est pleine à craquer d'amour pour elle. L' amour tonitruant de la famille et des amis. Le genre de public qui tranche avec les ambiances trop sages de certains concerts parisiens. On va pouvoir se lever, crier, danser, s'amouracher de son manque d'amour... et de son humour. Ce détail, que dis-je, cette qualité qu'on avait soupçonné dans certains de ses textes, mais très vite effacé sous le poids des mots en forme de sanglots. Elle n'est plus toute seule maintenant elle a des hommes avec elle (comprenez des musiciens) et elle va ponctuer son live de petites saillies bien rigolotes qui auront pour don d'atténuer les chagrins. On la connaît la méthode, les artistes les plus mélancoliques sont les meilleurs pour baliser leurs chansons tristes de traits d'humour brillants. Pour résumé, il en faut un certain talent pour réussir à jongler entre une personnalité fraîche et drôle et des textes si mélancoliques. A un moment, on s'est même dit de façon très égoïste que le Roméo de notre Juliette sur scène a bien fait de se barrer ou de ne jamais arriver car de cette absence sont nées des chansons d'une beauté folle.

Trop d'amour pour Juliette Armanet

Juliette rêve fort, fantasme, aime à haute voix, dans l'ombre derrière son piano relooké à l'image de son merveilleux et fantaisiste clip « Cavalier Seule ». Pendant plus d'une heure, le public n'a d'yeux que pour ce visage souffrant l'amour en solo, comme une autre fille qui jadis grimaçait elle aussi son amour chagrin accolée à son piano. Une certaine Véro. La comparaison (improductive, certes) est inévitable : Juliette a dans sa gestuelle, dans son chant et ses textes, cet air de Sanson. Notre nouvelle sirène à la crinière de rêve a le blues et un pins de nostalgie planté dans la poitrine (« ce pins » qui fait tout son charme) mais elle a surtout le diable au corps quand elle quitte son clavier et qu'elle entonne devant une salle en liesse son tube « Cavalier seule », la queue de cheval fixée dans le jean taille haute comme sur la pochette de son premier EP. Juliette chante le mal de vivre aussi bien que Barbara mais elle a en elle cette joie de vivre que la dame en noir avait si bien décrite dans son dernier couplet. De son mal de vivre, qu'il faut bien vivre, Juliette a fait des chansons qui enchantent sa génération qui est sensible à son flow, son chic pour trouver les bons mots et pour faire remuer des cœurs qui battent par alternance. D'ailleurs ça se remue dans la salle dès qu'elle le demande. Il faut se lever. Elle quitte son piano pour la première fois. Chante debout son « Cavalier seule » et elle assure le show. Elle réclame de l'amour, « donne-le moi putain ». Le public le lui rend bien. Réceptif à tout aussi bien aux titres de l'EP qu'aux inédits et même aux improvisations (un secret qu'on ne révélera pas ici mais qui vaut le détour).

 

Il va falloir quitter les lieux, les cieux de Juliette. Son élixir n'est pas une arnaque. Il fonctionne aussi bien à tue-tête dans une chambre en solo que dans une salle pleine à craquer. En solo ou en live, cette Juliette qui se la joue si bien mélo ira loin. Elle aura son happy ending.

 

Tag(s) : #Musique, #Juliette Armanet, #chanson française, #amour en solitaire, #concert

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