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« C'est reparti, pensa t-elle, encore une diatribe hédoniste aux relents de whisky sur ce putain de bon vieux temps... Sur nous autres, pauvres âmes nées trop tard pour voir les Stones ou sniffer de la coke au Studio 54. On a raté presque tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue ». Et le pire, c'est qu'elle était d'accord avec lui. » 

Cette réplique - allègrement plagiée à la saison 1 de Californication -, justifie certainement comme il faut tout l’intérêt de la « plus très jeune génération » pour tout ce qui semble sortit d’une décennie hautement supérieure : les années 70. Le dernier trésor en date venu de cette période fastueuse pour le rock est un album oublié de Neil Young. Oublié, acoustique et réconfortant comme on les aime, ou regrette. 

Pour le situer dans la discographie de l’artiste, « Hitchhiker » prend place juste après « Zuma Beach ». Le creux de la vague du moral pour le guitariste semble se refermer. La noyade dans les paradis artificiels a été évité de peu. Pourtant on retrouve sur ces quelques pistes précieuses et oubliées, la rigueur et le spleen rugueux des albums noirs (le triptyque Times Fade Away/  On the Beach/ Tonight's the Night). Nous sommes en 76 pas plus, et la Californie joue éternellement le meilleur des décors. Toujours on the beach, toujours une simple guitare en main. « Une nuit de pleine lune d’août 76, mon producteur David Briggs et moi avons enregistré un album dans un studio sur les collines avec vue sur Malibu. J’ai fumé un peu d’herbe et dans la plus petite pièce je me suis mis à joué et chanté ». Voilà pour la légende, la suite de cette nuit miraculeuse est disponible en ligne depuis le 1er septembre.
 

Une nuit inédite avec Neil Young "in the land of opportunity"

Hitchhiker est un doux mensonge de rentrée - il n’est pas totalement inédit, seule sa forme l’est - une arnaque dans laquelle on marche à fond, parce qu’il y a dans sa forme et son fond « ce putain de bon vieux temps ». Le titre éponyme « Hitchhiker » est souvent repris par Young. Il y chante tout le rêve américain de l’époque : la première fois, la première route, la première herbe, la fille et le grand large que le rêve californien offre comme une illusion de plus. Autour de ce titre, les chansons se greffent pour former une seule et même route au paysage unique. A la fenêtre de la Buick, on croise un songe collectif soigneusement entretenu : des néons, des étés qui s’éternisent et des nuits sans fin contre lequel le valium ne peut rien. Et un condensé de culture américaine dans son éternelle schizophrénie, le meilleur comme le pire : Marlon Brando, Pocahantas, Nixon, un Captain Kennedy… 


Avec ce pas tout jeune opus, imbibé de « bières, de mauvaise herbe et de coke », le canadien réveille nos âmes de « pauvres âmes nées trop tard », nos fantasmes de ces nuits productives, addictives. Mieux encore, certains observent cette sortie comme un nouvel acte militant en chansons. Dans « Hitchhiker », Young ne chante pas seulement les doutes du jeune artiste, l’homme canadien à la dérive dans la culture américaine. Il y chante une décennie bancale, celle de Nixon, celle du Watergate, du meilleur comme du pire des States encore une fois. Il est l’éternel « Campaigner », un vétéran d’une certaine forme de protest song. Et quoi de mieux que de protester en chanson en 2017 dans une Amérique du meilleur comme du pire ? Cette nuit de 76 à Malibu, cette flopée de textes engagés imbibés des démons de l’époque, cette guitare rugueuse pour accompagnée la rigueur de la parole de Young, tout ça est encore d’actualité. Tristement, heureusement.

Tag(s) : #Musique, #rock, #Neil Young, #Hitchhiker, #Californie

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