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Sur une de ces autoroutes de la Cité des Anges en forme de clef de sol sans fin, des centaines de voitures sont prises dans un énorme bouchon. Métaphore routière de cette ville où depuis des décennies, garçons et filles, bifurquent d'une vie toute tracée pour venir y déposer leurs valises afin de courir les castings et le rêve hollywoodien. Sur l'autoroute en question, une fille se met à chanter, puis un garçon, puis tous les automobilistes en chœur. Ça va vite, très vite même. Comme la vie, comme l'amour comme un casting échoué ou une carrière qui démarre fort. Ça démarre au quart de tour, ça chante, ça danse, ça saute de voiture en voiture et ça tambourine très fort dans votre petit cœur de cinéphile. Parce que c'est LA mais que ça pourrait être Rochefort. Parce que ce sont des inconnus mais que ça pourrait être Gene Kelly. Parce que c'est Damien Chazelle derrière la caméra mais que ça pourrait être Jacques Demy. Ce plan séquence fabuleux qui ouvre La La Land vous donne envie d'applaudir à vous en fracturer les mimines alors que l'histoire entre les deux protagonistes n'a même pas encore débuté. Cette scène d'ouverture – indéniablement la meilleure depuis des lustres - en dit long sur ce qui va suivre à l'écran. Pas une amourette anodine au cœur de LA, non, mais un hymne à l'amour à la fois clairvoyant et sublimé à destination de LA et de nos premiers rêves, qu'ils aient échoué ou qu'ils soient exaucés.

La La Land : la mélodie du bonheur ou de la désillusion à L.A

Le premier rêve exaucé de La La Land c'est de revoir la délicieuse moue d'Emma Stone au bras une nouvelle fois de son camarade Ryan Gosling – déjà aperçus en couple dans Crazy Stupid Love. Ryan Gosling qui, on persiste et signe, a sérieusement un don pour la maladresse doublée d'arrogance, ce que je nommerai l'élégance poussée à son extrême d'un garçon à la mauvaise foi séduisante. Elle c'est Mia, jeune actrice qui court les castings de sitcoms gnan gnan et qui gagne sa vie comme serveuse au cœur des studios. Lui c'est Sebastian pianiste de jazz déchu, rêveur et doux menteur qui joue dans des clubs douteux mais cultive le rêve d'avoir sa propre boîte de jazz. Leur première rencontre a lieu dans le fameux embouteillage de la scène d'ouverture. Première rencontre égale - dans le langage des règles hollywoodiennes - première dispute. Il klaxonne. Elle lui offre comme réponse un joli doigt d'honneur. Elle le recroisera ensuite dans un bar où le jeune garçon la snobera violemment. Avant de se retrouver à une fête où cette fois-ci elle se moquera de lui dans une scène hillarante (le ridicule chez Ryan Gosling, on vote complètement pour). Suite à cette rencontre nocturne où ils se baladeront sur les hauteurs de LA pour – nous en faire prendre plein la vue – et surtout se dire en chanson et en jeu de claquette qu'ils ne s'aimeront jamais – règle n°2 des films hollywoodiens – ils vont naturellement s'aimer... de la plus belle des façons : avec le cinéma en toile de fond.

La La Land : la mélodie du bonheur ou de la désillusion à L.A

Certaines mauvaises langues diront que Chazelle joue les bons élèves en récitant la crème de la crème du Hollywood d'alors (Casablanca et La Fureur de Vivre en tête) mais en vérité il ne fait juste que maintenir la flamme d'un âge d'or qu'il aime sincèrement, comme ces protagonistes aiment sincèrement leur art. Oui, le papier peint de la chambre d'Emma Stone affiche une superbe Ingrid Bergman. Quand l'héroïne et ses copines se préparent pour aller draguer on a soudainement envie de revoir Grease. Gosling a l'élégance parfois d'un Bogart en rogne et quand ils partent dans un numéro de claquettes on revoie Gene Kelly sous un parapluie. Et sûrement quand l'histoire touche à sa fin, il n'est pas impossible de repenser à un couple qui connait le même sort, Robert Redford et Barbara Streisand chez Sydney Pollack, mais ne spoilons pas. Malgré tout ces appels aux souvenirs, à notre cœur cinéphile, à aucun moment ce vernis vintage dans ce LA sans âge alors qu'il est bel et bien d'aujourd'hui, nous fait regretter ce miroir aux alouettes qu'était et qu'est toujours Hollywood. C'est une nostalgie heureuse qui se déploie sur ces deux heures en technicolor. On pourra bien critiquer le côté facile d'offrir un premier rencard à nos tourtereaux au cinéma pour une séance de La Fureur de vivre, pour rien au monde dans nos vies de cinéphiles, on aurait voulu louper cet instant et l'incroyable balade dans le mythique Griffith Observatory. Chazelle ne fabrique aucune nostalgie. Il fabrique juste une prochaine nostalgie, un nouveau souvenir, du genre paillette dans les yeux et cœur qui bat à la chamade. Et c'est déjà beaucoup de réussir ce challenge. Désormais, il n'y aura plus seulement Casablanca, Les Demoiselles de Rochefort ou Nos Plus belles années à revoir une fois par an, voir plus, il y aura La La Land.

La La Land : la mélodie du bonheur ou de la désillusion à L.A

Mais trêve d'avenir. Nos amoureux ont la trentaine mais n'ont pas encore le succès escompté à cet âge crucial et si la première partie du film s'attache à montrer la naissance d'un amour, la seconde prouve qu'un rien peu fracasser celui-là à LA et ailleurs. De désillusion en désillusion, ces deux-là vont s'aimer, se disputer, se serrer les coudes et réanimer les rêves premiers de leur moitié, mais non loin, la réalité gagne du terrain. Et c'est en ce lieu précis que la comédie musicale va exceller, car si elle chante l'amour qui ne se déclare pas, elle chante aussi ce qui ne se dit pas : la désillusion, l'incapacité de suivre un chemin pour deux ou de ne pas se trahir. Une explication plus facile à exprimer en chanson. La romance bat de l'aile parce que l'art, objet de l'amour de nos deux protagonistes, bat de l'aile. La faute au show-business de l'époque. Pour survivre dans un tel monde, il faudrait noyer l'excellence de son art singulier dans la grande marmite du mainstream. Il faudrait plaire à tout prix, quitte à se déplaire à soi-même et à sa moitié. De cet adage courant à Hollywood, Sebastien en fera les frais. L'amour ne sera plus désormais chanté que sur un air mélancolique dénués du bonheur fracassant des débuts. Cette mélancolie lancinante sans cesse jouer au piano par Ryan Gosling qu'ils chantent au départ en duo et qui peu à peu ne se fredonne qu'en solo. La « City of Stars » se propage dans les atmosphères enfumées et éclairées aux néons de LA et on se souvient alors de la puissance des chansons mélancoliques dans les comédies musicales, la chanson de Monsieur Dame Michel Piccoli dans « Les Demoiselles de Rochefort » ou le « I'm throught with love » de Woody Allen dans Tout le monde dit i love you, des mélodies qui promènent leur spleen sur tout un film. Car la mélancolie est la seule chose qui reste quand les rêves s'évanouissent, l'amour-admiration disparaît sous l'esquisse d'une réalité moins fastueuse. Car finalement, bien plus qu'une comédie romantique et musicale, La La Land est une énième gifle faites aux rêves de finir à deux, de réussir sa vie, de ne jamais se renier ou peut-être les trois à la fois. Une gifle d'une telle beauté qui a pourtant le goût effréné du bonheur. Et ceux qui se prennent la gifle dans un final aussi fort que la séquence d'ouverture la prennent avec une élégance ébouriffante de beauté. Oui, Gosling et Stones n'ont jamais été aussi bigger than life et vrais à la fois, comme le fut une majeure partie du cinéma hollywoodien à son apogée. Dans ses dernières minutes, La La Land se rembobine à la vitesse de montagnes russes où l'on retient son souffle mais pas sa larme – facile, la larme. Et l'on quitte Mia et Sebastian ainsi, un large sourire aux lèvres, avec ce sentiment de force incroyable dans nos poumons, de paillettes dans les yeux et cette mélodie mélancolique singulière lancinante dans notre tête. Une sensation que l'on a déjà apprivoisé auparavant : celui qui gagne le cœur après la vision d'un chef-d'oeuvre. Du style avec lequel on grandira..

Tag(s) : #Cinéma, #La La Land, #Damien Chazelle, #Ryan Gosling, #Emma Stones, #Hollywood

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