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Le titre n'est pas nouveau. Il marche depuis toujours. Depuis Deauville sans Trintignant certainement, titre bouclant son premier album en 2002. Vincent Delerm est un garçon bouleversant. Aux yeux de tous, garçon bouleversant ça signifie plutôt chanteur du malheur, et encore « chanteur » est un terme trop ambitieux pour un garçon sans voix qui chantonne selon eux. Selon eux encore, il faut être triste pour s'éprendre de Fanny Ardant dans un Truffaut, pour aimer démesurément le cinéaste de la Nouvelle Vague, les nappes de piano, la nostalgie des romans de Modiano et la mélancolie partout à chaque coin de rue, à chaque refrain, à chaque note. Tous n'ont rien compris. Tous sont tristes, de la même race que ceux que pointait Pialat dans A nos amours.

 

Amour manqué, amour déçu, amour familial, amour et amitié. Vincent Delerm demeure ce garçon bouleversant capable de chanter tous les airs et types d'amour sur toutes les variations possibles. Il y a en a des heureux chez lui, des malheureux aussi. Il faut bien partager un peu, ça ne peut être autrement. Depuis toujours, il chante les choses de la vie, cette chose de la vie, avec ses particularités bien à lui. Name-dropping, parlé-chanté, piano souvent, lot de trottoirs beaucoup, de rues, de terrasses, de couloirs d'hôpital, d'errances en voiture, train ou avion surtout, en été à la plage ou à l'hiver sous la neige cela dépend du temps. Vincent Delerm chante des paysages, des émotions, des cartes postales, des mots doux, crayonnés à la va-vite, des photographies abîmées. Il chante comme Sautet filmait la vie. Créant des instantanés qui colle au cœur et qu'on fredonne encore et encore. Des pièces enfumées. Des appartements parisiens. Et des phares dans la nuit pour leitmotiv.

Vincent Delerm, garçon bouleversant

Vincent Delerm demeure le bien-aimé des trentenaires des années 2000. Des êtres subtilement sensibles dans une société fracturée, des êtres chez qui malheur et bonheur font bon ménage. Son petit film de la vie se poursuit à travers un nouvel album annoncé à l'aube de l'été par une divine bande-annonce à retrouver ici. De manière (presque) inattendue, ces nouvelles chansons (11 pour être exacte) se teinte d'un grain de mélancolie supplémentaire. Presque supérieure. Si le garçon continue à chanter le passé, la rupture amoureuse (« Danser sur la table »), la naissance du deuxième enfant (« A Présent »), le décès d'un être cher (« La Dernière fois que je t'ai vu »), il n'a jamais été aussi bouleversant à chanter le présent. « A présent », son sixième album, s'ouvre comme le sixième chapitre d'une œuvre comportant fulgurances mélancoliques et mélodiques. Nouveau chapitre d'une vie. Jamais le songwritter éblouissant n'a été un mélodiste aussi captivant, du début à la fin. Et malheureusement, on voudrait ne pas l'écrire et pourtant, il semble vrai que la tragédie parisienne dans les rues, les terrasses qu'il aime tant est passée par là un soir de novembre. Confiant à ses histoires, à son chant une douceur réconfortante.

 

Du début à la fin du disque, Delerm nous embarque. La destination est la vie dans ses grandes largesses et surtout ce qui lui reste à vivre, comme dans cette ouverture magistrale, qui donne le ton de l'aventure qui guette. « La Vie devant soi » est une injonction sublime. « Sent comme tu es vivant », Delerm l'est certainement plus que jamais. Cela ne l'empêche guère de creuser bien évidemment le sillon mélancolique – souvent quasi cinématographique – qui lui sied à merveille : « Dans le décor » (avec Miss Jane Birkin en prime), « Les Chanteurs sont tous les mêmes » (duo partagé avec l'ami Biolay) ou « Danser sur la table ». « Encore paris la nuit, encore la fille partie, encore les amours chrysanthèmes » comme il le chante ironiquement avec le partenaire Biolay, mais encore l'envie de vivre, d'espérer, d'errer. Cela fait 15 ans que ses balades mélancoliques et parfois mi comiques escortent nos vies, accompagnent la chanson française. Il fait parti des survivants de cette génération qu'on s'est plu à rassembler sous l'étendard de « la nouvelle chanson française ». C'est l'histoire finalement d'un nouveau qui s'est inscrit dans la grande histoire de la chanson française, rien de bien nouveau. Le genre de type dont le plaisir est « d'observer la vie, même si celle-ci s'est enfui depuis ». C'est beau, c'est dans la plus simple tradition française, de celle qu'on aime. Disque de la fameuse maturité, A présent est surtout l’œuvre d'un garçon qui n'a pas changé. Ce n'est pas un refus entêté de ne pas changer, c'est une conviction sereine, agréablement consolante et touchante pour qui l'écoute, le constate. C'est beau la fidélité à l'heure où les idéaux se défilent. « Pareil à l'intérieur » que l'étudiant dans l'Amphi 3, que le garçon qui se rêve Barbara, Vincent Delerm est un garçon du présent de la race d'antan. Des grands. Sur son air bien à lui, un sorte de Ferrat ou de Reggiani, que l'on conservera précieusement dans sa bibliothèque et qu'on écoutera quand la vie ne sera plus devant nous.

Tag(s) : #Musique, #vincent delerm, #Benjamin Biolay, #A présent, #chanson française

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