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Il était tard. J'avais déceler un ou deux « fuck off », quelques kiss et drink au passage et surtout un « music is my boy ». Je trouvais le propos diablement sexy. Alors que dans les faits, ils voulaient être tout l'inverse. J'avais le droit à un appel à une amie pour comprendre le propos « Dis, Cansei de ser ça veut dire quoi en portugais ? C'est assez urgent, merci ». La musique est une question de survie, il vous faut tout savoir sur elle quand elle débarque dans votre vie. Quand un album devient votre préféré. Sorte de grand amour débarquant à l'improviste pour squatter votre vie pour une durée indéterminée. Cansei de ser sexy débarquait dans la mienne (merci Michka Assayas, meilleur compagnon nocturne) et j'avais honte de croiser dix ans trop tard celles et celui qui étaient littéralement « fatiguées d'être sexy ». Nom mi potache mi sérieux inspiré par une réponse de Queen B qui se disait « tired of being sexy » (on a le droit d'y croire à moitié dix ans après). En dix ans, Beyonce est devenu Queen of the pop music et eux ont pris leurs cliques et leurs claques à grands coups de séparation, de gros melons et de batailles juridiques – parce que la célébrité c'est tout sauf sexy. Dix ans plus tard, je les prend en route, je me fous de la fin et je les reprend au début. Je les écoute saigner mes oreilles avec des « let's make love and listen death from above » électroniques qui me font le même effet que quand j'écoute en boucle Sexy Sushi, équivalent français tout aussi déjanté et plus méchamment allumé. Pas de sex appeal de policière ici, mais la même envie de braquer la norme, d'en détruire les injonctions ou de les "sarcasmer".

Cansei de ser sexy : musique, sexe et hypermondialisation

CSS prenait le temps de nous alpaguer et de nous secouer en insultant quelques idoles préconçues par/ pour l'époque (« Meeting Paris Hilton »). Une musique de son temps, des chansons d'éternels teenagers nés à l'aube où la technologie allait devenir reine (cela s'entend dans leurs sons « Fuck Off » en tête) ou les frontières allaient s'effondrer un peu plus entre les circuits habituels de la musique et la manière de l'écouter, bientôt sans frontières comme un énième produit de consommation. Leur succès sera sans frontières et ils signeront dès 2006 chez Sub Pop, le mythique label de Détroit qui avait fait signé un autre teenage culte à l'aube des 90s. Cansei de ser sexy se sont des weirds doublés de geek bercés à la new wave. Une bande de potes nés au monde à Sao Paulo au moment où tout allait s'hypermondialiser (comme leur tube « Music is my hot hot sex » utilisé pour la pub d'un objet mythique symbolisé par une pomme). Un groupe qui a dû se dire que l'histoire était plus chouette à plusieurs, que pour bousculer la norme plus on était de fous mieux c'était. Leur son était rock, électronique, new wave selon les pistes. Leur langue était portugaise mais leurs préoccupations universelles: le sexe, le bon temps, le tiraillement entre l'apparence et la vérité, toutes les questions propres à une génération en pleine recherche de temps à perdre pour se trouver enfin. CSS ne cassait pas ses guitares électriques comme ses aïeux rockers mais détraquaient des ordinateurs, donnaient envie de fracasser sa télévision, de tout destroyer pour le bonheur du geste. Un geste de furie pour une musique formatée pour que les corps se déchaînent sur ce monde ugly et stupid du début des années 2000. Une fulgurance pop électronique où la provoc, les bons mots, les sons destructurés, les danses déchainées et les sarcasmes imbibés pactisaient pour le meilleur et le pire. Le pire c'est que la célébrité aura eu la peau de ce charmant groupe que je découvre avec un temps au retard record. On a heureusement toute la vie pour se rattraper.

Tag(s) : #Musique, #music is my hot hot sex, #CSS, #Cansei de ser sexy, #Apple, #Brésil, #Années 2000

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