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Elle s'appelle Juliette. Prénom qui inspire d'emblée la confiance et la sympathie. Elle joue du piano. Instrument qui évoque d'emblée le panthéon de la chanson française qu'on aime. Mais est-il bien nécessaire de le préciser ? Cela doit être un brin énervant de débarquer avec toute la fraîcheur de sa jeunesse sur le devant de la scène et de devoir cumuler les étiquettes grandiloquentes. Elle s'appelle Juliette Armanet et elle a l'harmonie au cœur. Elle s'appelle Juliette Armanet et aurait pu être la fille adoptive d'un trio légendaire. A cette époque, l'amour se composait à plusieurs. Le système consistait à se quitter et à en faire une chanson, à ne pas se retrouver et à en faire une chanson. Michel Berger, Véronique Sanson et France Gall, trio magique, sont les parents spirituels de cette jeune femme, dont les vrais géniteurs sont musiciens eux aussi. Si la jeune femme avoue aimer sans commune mesure le compositeur du « Paradis Blanc » et sa dernière muse, elle n'a découvert que tout récemment le talent et l'histoire « bigger than life » de la plus américaine des artistes françaises. Elle a comme la génitrice de l'intemporel « Amoureuse », l'amour du travail bien fait unit à l'amour comme source d'inspiration. Il y a deux ans, elle séduisait déjà ceux qui dansaient « les slow en solo » et « prenaient l'eau » sous les averses de sentiments élégants bercés d'électro. « L'Amour en solitaire », son premier titre balancé sur Soundcloud avait de la gueule dans sa bouche de poupée de son. Sur des vagues électroniques, la demoiselle faisait naufrage et nous coulions littéralement sous son flow entêtant qui se la jouait mélo. La marque de fabrique de Juliette était née – et récompensée puisqu'elle fut lauréate des InrocksLab en 2014. Sans copier son aînée Véro, elle chantait le mélo des cœurs avec rigueur et bonheur. Elle prouvait qu'écouter des chansons où l'amour ne rendait pas forcément heureux et même absent du décor pouvait justement rendre l'auditeur infiniment heureux. Elle s'inscrivait d'emblée dans la logique d'une chanson française de qualité où la tristesse virevolte en compagnie d'un zeste d'humour noir et d'une poignée de sons exquisement entraînant. La tristesse ce chouette fond de commerce.

 

L'élégant mélo de Juliette Armanet

Il y a comme un pin's de nostalgie planté dans ma poitrine,
T'as pas un cachet d’aspirine ?

En ce beau mois d'avril, Juliette s'est découverte de plus d'un fil sur la fantastique pochette de son premier EP. Objet que les addict de sa mélancolie moderne attendaient avec impatience. Transformée en ponette sous la direction de son ami plasticien, l'excellent Théo Mercier (déjà auteur des visuels des nanas génialissimes de Mansfield TYA), l'artiste donne le ton de cette nouvelle aventure musicale dès la pochette. Dos nu, queue de cheval glissée dans un jean taille haute, et voilà notre drôle de créature qui remonte en scelle pour chanter un nouveau chagrin qui ne chagrine pas une seconde celui qui va y trouver SA nouvelle berceuse. Dans « Manque d'amour » premier titre trop court (3 minutes, pas une seconde de plus), le chant cristallin de l'artiste s'est déshabillé de ses couches électroniques, préférant les bras rassurants et exigeants du piano. Instrument imprégné de la main des grands noms de la chanson française (Berger, Sanson mais aussi Sheller). Elle y couche une nouvelle fois ce manque d'amour, cette recherche de l'alter ego et ce manque vécu en solitaire avec un sens de la tragi-comédie.« Il y a comme un blues au paradis » esquisse t-elle de sa voix légère dès les premières secondes et au fil des métaphores touchées par la grâce, alignées, structurées, enchantées, elle dessine une bulle, un paradis terrestre (comme dans le clip du titre en question), où une fille pourrait faire « cavalier seule », se transformer en ponette et faire d'un malheur un bonheur textuel et musical pour qui l'écoute en boucle.

Les comparaisons grandiloquentes avec les grands c'est infiniment chiant, mais c'est le lot de tous les futurs grands de la chanson française, de la relève qui se dessine timidement. Je me demande toujours si j'esquinterais les disques d'artistes actuels dans 20 piges comme j'esquinte les disques d'artistes qui ont plus de 20 piges dans le Panthéon de la chanson française. Et il me revient en tête cette critique d'un critique musical assistant au premier Olympia de Véronique Sanson, période « Amoureuse ». Finalement, je pourrais écrire la même chose aujourd'hui des chansons de Juliette Armanet.

« La seule Française à posséder le « feeling » et le « beat » à coller à la nouvelle génération avec sa musique et son langage simples, à la première personne, avec une difficulté d'être qui fait tout l'être ».

Peut-être qu'elle, elle sera encore là dans 20 piges.

>> "Cavalier Seule" de Juliette Armanet, disponible le 29 avril 2016

Tag(s) : #Musique, #juliette armanet, #cavalier seule, #EP, #l'amour en solitaire, #les inrocks lab

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