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Les enfants terribles s'ennuient, où qu'ils se trouvent sur la planète terre. Alors ils regardent le plafond comme dans un poème d'Eluard ou dévoilent leur peau pour la brûler comme dans un roman de Sagan. Ils cultivent ce point commun : l'attente latente et ennuyante de l'âge adulte qu'ils sont prêts à troquer contre n'importe quelle maigre vibration. La baise est souvent la vibration la plus enivrante. La plus appréciée pour contrer l'ennui. Elle est précédée d'un joli truc qu'on appelle la séduction, vite bâclée ou pas, une histoire de chat et de souris, de chasseur et de proie. Baise et séduction ont été testées sous toutes les positions par toutes les générations et filmées sous tous les angles avec une certaine élégance inégalée outre-Atlantique. Larry Clark, Gus Van Sant, Sofia Coppola et Harmony Korine sont les meilleurs prometteurs de cette âge d'or, de ce temps de l'amour, des corps et des copains. Alors quand un teen-movie français s'annonce sous l'étendard du même triptyque classique américain – sex, drugs et teen spleen – il est légitime de se demander s'il va réussir à faire bander tous les cinéphiles, garçons et filles compris.

 

Prononcez Bang Gang à la caisse – et pas gang bang si vous ne voulez pas provoquer les sourires autour de vous. Ce teen-movie, recalé à Cannes et anoblit à Toronto par la presse internationale, lorgne clairement sur le ciné américain et ses parties de jambes en l'air le nez dans la poudre. Difficile de rester de marbre à ce premier film coquet que sa réalisatrice, Eva Husson, a voulu radical, une sorte de « manifeste esthétique » explique t-elle dans Les Inrocks. Le cœur fait bang pour ce gang d'ado au physique hors du commun. La beauté du charme, vous savez la supérieure à toutes. La beauté des lieux habituellement ennuyants quand on est adolescent. Un bord de mer, une banlieue pavillonnaire, un lycée sont comme dopés esthétiquement par l'objectif de la réalisatrice, comme propices à une sensation nouvelle.Comme si une palette pastel avait soigneusement recouvert l'image grise des lieux. Comme si les corps adolescents habituellement ingrats avaient été touchés par la grâce. Comme si la vie des moins de 20 ans avait pour bande-originale un air techno envoûtant. Comme tout est faux, pensez vous devant un tel tableau. Comme on s'en fout, songez vous l'instant suivant.

Bang Gang : bonjour triste baise

Le plaisir de la chair a souvent un prix au cinéma, celui du récit qui en pâtit. Cette histoire de corps qui s'enchevêtrent a été inspirée par un fait divers survenu dans une petite ville américaine, une coupure de presse qu'Eva Husson avait conservée. Dans l'histoire vraie comme dans la fiction, une épidémie de syphilis vient interrompre ces orgies secrètes et festives. En l'espace de 10 minutes, l'histoire est pliée, le temps pour Eva Husson de filmer la débandade et son acceptation. Le temps de chercher sur son iPhone ce qu'est cette syphilis, une « maladie du temps de Baudelaire, ouf »,  de prescrire une pilule contre celle-ci ou contre un bébé et l'affaire est pliée sur une « Amoureuse » de Véronique Sanson remixée parce que comprenez-vous dans toute cette baise, un garçon et une fille ont fini par s'aimer. C'est la débandade assurée pensez-vous, la victoire de la morale et de l'amour. La défaite du sulfureux et de l'esthétique, bien que l'idée d'entendre le chant de Véro période seventies dans un teen-movie de 2016 apparaisse comme sulfureuse. Elle y chante le plaisir de l'interdit, la question d'un lendemain, la fièvre qui monte sans l'ombre d'un remord. Chaque adolescent du bang gang regagne ainsi sa morne vie et le spectateur quitte la salle repensant à ce triste âge ou bien est-ce cette triste époque où les désirs et les plaisirs sont tristement évanescents ? Avec ses artifices empruntés au cinéma américain et sa poésie des corps frôlés mais jamais totalement explorés, Eva Husson reste au seuil de la vraie question, ne réussit qu'à exciter brièvement cette question qui agite les têtes comme celle d'un père en colère qui découvre les orgies auxquelles participent son fils. C'est quoi ces rapports de merde que l'on entretient ? C'est quoi cette tristesse contemporaine qui débute à l'adolescence et court aujourd'hui jusqu'à la trentaine ? Une question envoûtante mais sans réponse excitante. Le cinéma ne peut avoir réponse à tout.

 

 

Tag(s) : #Cinéma, #Bang Gang, #Eva Husson

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