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S'il n'y avait qu'une chose à retenir de Pitchfork, ça serait ce corps. Corps lointain qui transmet ses bonnes ondes jusqu'au bout de la salle. Corps élastique de 47 ans soumis aux soubresauts persistants d'une musique ensorcelante. Corps gesticulant qui impose aux autres de s'oublier, de se dévêtir des ennuis et du reste, pour jouer le tête à tête franc avec lui. Le temps d'une heure trente dans la darkness de Thom Yorke et de sa petite musique fabriquée en parallèle du mastodonte Radiohead. Le temps volé au brouhaha habituel et malpoli du Pitchfork. Le temps pour décoller de soi et planer sur les délires sombres d'un type qui a besoin de multiplier les projets pour ne pas voir son esprit exploser. Il ne couche plus sur papier son spleen de beautiful loser comme au début des années 90. Mais sur ordinateur, délaissant l'emprise des mots pour le pouvoir du son. Quand il ne danse pas pour lui d'abord habité de sa propre folie musicale d'un bout à l'autre de la scène, il est penché sur sa machine avec ses deux comparses. Quasi allongée sur elle, il en sort des déstructurations sombres, des rythmes complexes, enchevêtrés à l'image d'une tête sans cesse sur le point d'exploser. Cette tête sujet même de Guess Again, chef-d'oeuvre d'entêtement qui aurait pu se caser dans un autre chef-d'oeuvre du Radiohead de jadis : Amnesiac. Tomorrow's modern boxes, le dernier album solo de l'homme élastique, a ce je-ne-sais-quoi de Amnesiac, cette sensation commune d'être comme arraché à la réalité, comme hypnotisé par la voix traînante et déchantante de Thom York échappée d'un endroit sacré. La froideur robotique de sa musique, ses nappes brumeuses de notes déstructurées à l'excès, touchent au sacré. Elle réclame un silence de cathédrale, une communion avec soi-même, une danse intérieure avec soi. Elle est physique et sans issue, débute aux orteils, se faufile des jambes au ventre et grimpe jusqu'à la tête. C'est une prise de possession. Un consentement. Un corps sans cesse sur le point de s'effondrer, basculer dans l'obscurité soignée, sublimée, chérie de cet homme élastique. Si la foule pitchforkienne ne peut se laisser aller à une gesticulation épileptique copiée sur celle du gourou Thom Yorke, à l'intérieur d'elle même, elle danse, elle n'est plus là. Elle a suivi les instruction des maigres textes - mais suffisants tant la musique réussie à prendre le relais – de « A Brain in a bottle ». Come and fall in love with the dark.

Thom York, elastic man
Tag(s) : #Musique, #Pitchfork, #Thom Yorke, #Radiohead

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