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Le titre est patriotique. Le contenu ne l'est pas. Ou alors à sa manière, imbibée de la symbolique soixante-huitarde, de la Commune et de la Nouvelle Vague, période où Godard pouvait être plus drôle que chiant – si, si c'est arrivé un jour. Autrement dit un cocktail explosif qui rend affreusement nostalgiques les uns et complètement allergiques les autres. Ça commence avec des scènes tournées (volées?) sur les Champs un 14 juillet, patriotique je vous dis, chars à l'appui et Sarko en tête. Finalement, ça débute comme une comédie au fort potentiel comique. Dans ce décor surgit une jolie brunette, vêtue d'une courte robe bleue. Elle déambule parmi les passants en hurlant des « Achetez la Commune ! ». Elle vend aussi bien des pavés en mousse que des mini-guillotines. De la révolution en miniature dans un Paris qui n'en connaît plus le goût. Trop occupée à écrire le mot crise sur tous les murs et toutes les lèvres. La brunette que l'histoire prénommera « Truquette » galère pour boucler les fins de mois. Sans appart, sans le sous, mais avec un diplôme tout de même, elle ne trouve pas l'ombre d'un emploi. A l'agence d'interim on l'informe que sans attestation de loyer, on ne trouve pas d'employeur puisque l'employeur recherche des gens motivés qui ont nécessairement besoin de payer leur loyer pour être motivé. Évidemment c'est logique. Au Louvre, elle rencontre un gardien de musée, tout aussi paumée qu'elle, qui s'appelle Hector. Le garçon court après la fille, et vice-versa.

La Fille du 14 juillet

Dans cette France sur le déclin, pourtant joyeusement filmée comme si on était à la veille de 68, ils décident de partir en vacances. Foutre le camp. Évasion vers le sud, copie conforme d'un fuite chez Godard. Mêmes plans que ceux de Ferdinand et Marianne dans le Pierrot le fou du maître de la Nouvelle Vague. Prendre une voiture, filer sur les berges de Seine et lâcher en passant devant la Tour Eiffel : « De toute façon c'était le moment de quitter ce monde dégueulasse et pourri ». Dans La Fille du 14 juillet, la fuite est moins noire. Plus hédoniste qu'engagée. Mais tout de même, dans cette succession de gags absurdes, de répliques de bons vivants, ce joyeux bordel rythmée subsiste en toile de fond toujours la France pasionaria, Marianne guidant le peuple est affichée fièrement sur les murs d'un médecin qui n'est pas diplômée, le gamin du médecin urle à tue-tête des « Reveillez-vous ! » et « ils ont remis Sarko au pouvoir c'est pour vous dire que rien ne va plus ». Rien ne va plus, Truquette et Hector, accompagnée de trois amis s'évadent en vacances mais à leur grand désarroi et de multiples aventures rocambolesques, ils vont devoir regagner Paris car « la rentrée est avancée d'un mois ». Aux manettes de ce scénar aussi fou que foutraque, il y a Antonin Peretjatko, qui fin observateur à imaginer sous un angle surréaliste la probable déroute financière du pays. « Il n'y a plus d'argent en France, il n'y a plus que du fric » assène le Docteur Placenta à ses camarades. Quand le camarade Vincent Macaigne (qui trouve encore une fois un rôle à la mesure de ses épaules de type grandiosement foutraque) disserte sur le trou de la sécu auprès d'un patient, « ce n'est pas un trou d'argent qu'il y a, mais un trou de rêve ». La Fille du 14 juillet est plus patriote que n'importe quel président ou banquier qui aurait réuni le pays, elle ré-injecte du rêve dans la crise, de la poésie dans le quotidien, du cinéma dans un cinéma français qui ose rarement aborder les événements actuels avec autant de rires. Enfin un road-movie qui n'a pas peur de regarder dans le rétro. De se servir du passé pour avancer dans le présent. De se présenter comme maladroit pour être affreusement charmant. Un film chargé d'espoir. Ce qui ne se refuse pas en ces temps...

Tag(s) : #Cinéma, #La fille du 14 juillet, #Nouvelle Vague, #Antonin Peretjatko, #Vincent Macaigne

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