Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Faire le pitch de Pitchfork ? Sale boulot pour notre tête pas encore tellement remise de la fête. Tête, qui une semaine plus tôt à la même heure, n'était pas emballer plus que ça à l'idée de se traîner dans ce décor de têtes d'affiches et de noms inconnus au bataillon de la chanson où tout allait être labellisés sous la prêtresse dominatrice « tendance ». Du look du hipster à mater, au burger à déguster en passant par la musique à consommer, le pitch commun et entendu sur Pitchwork laissait à désirer. Coupait mon désir.

Partie – comme souvent - avec un bon paquet de préjugés en tête, je débarquais à Pitchwork un jeudi soir un peu malade, un peu fatiguée, un peu blasée. Un peu égale à moi-même, donc. Je le quitterai un dimanche matin à l'aube, en archi bonne santé, surexcitée et enchantée par une ambiance électrisante. Entre ce jeudi soir et ce dimanche matin, Pitchwork a prouvé tout et son contraire. Oui, le hipster est beau, oui le burger est bon (même froid) oui la musique se consomme à la va vite pour certains et avec de la MD en bouche pour d'autres. Chacun peut trouver son trip dans la version parisienne du célèbre festival de Chicago. Les boutiques agaceront les puristes. Les folkeux sur scène endormiront les insensibles. Les mecs bourrés saouleront bien des fois. Les DJ set calibrés ne contamineront pas tout le monde. Pourtant, tous ces gens a un instant précis lors de ces trois nuits ont connu l'euphorie, le lâché-prise, le bonheur intense. Fugace. Une averse de ballons colorés sur un tube signé Caribou. Un revival des seventies avec Foxygen et cette sensation précieuse de goûter au bon vieux temps du rock'n'roll. Une danse endiablée et improvisée sur I Love de rock'n'roll dehors sur le stand Smart. Une larme pour une cover au-dessus de la masse du magique et mythique Teardrop de Massiv Attacks. Bout à bout, Pitchfork collectionnait les nuances, les couleurs, les genres. Formait un arc-en-ciel de nuances musicales chatoyantes, excitantes. Les trois nuits convoquaient aussi bien le must de l'électro de club que la crème de la folk, tout en allant fricoter avec la r'n'b en vogue ou le rock version copie conforme des seventies. Dans ce faux temple de la hype (car passé la barrière des deux heures du mat', la foule n'a plus la maîtrise de son corps pour jouer la hype) chacun est venu chercher sa came et se retrouve un peu obligé (vu le prix du billet et la line up impressionnante) de goûter à celle de l'autre. Ou d'aller s'enfiler un burger au pire des cas, ce qui n'est pas franchement dégueulasse. Le risque dans ce cas-là était de manquer SA came musicale. Euphorie complètement suggestive de ma came à moi :

Pitchfork, alors on danse

The war on drugs born in usa

 

Ne vous fiez pas au nom peu sage de ces américains originaires de Philadelphie. Concentrez vous plutôt sur le nom de l'homme au chant, digne du Boss Springsteen : Adam Granduciel. Grand dieu, cet homme nous a fait décollé, touché les cieux précieux de l'odyssée made in america. Épiques ses titres respirent le grand ouest américain, assume la filiation avec le Boss et l'idée de faire du neuf avec du vieux. Dans ce décor, la new wave n'est elle non plus pas très loin (le sublime Red Eyes). Si le charme opère - que sur les invétérés nostalgiques ce soir-là semble t-il - c'est pour ces titres qui s'étirent comme des travelling sur les paysages du grand ouest americain, ces instants où le chant se coupe pour laisser les nappes enivrantes de synthés prendre possession de notre imagerie. Les débuts trainent, les fins ne veulent pas venir, comme ce fabuleux In Reverse qui vient boucler ce précieux instant volé au temps de Pitchfork (basé sur un timing ultra calibré) Une perte dans le rêve américain. Lost in a dream, dit le titre de leur album à la pochette joliment surannée. Pas mieux dit.

Foxygen sous acides seventies

 

Quand tu regardes le show sous acides de Foxygen, tu as besoin qu'on te rappelle immédiatement la date pour savoir si tu n'es pas en plein good trip. Ah 2014 très bien, donc là je suis en train de goûter au bon vieux temps du rock'n'roll en plein Pitchfork ? Sur scène, un mec cheveux-mi longs, torse contorsionné comme un Iggy, silhouette androgyne comme Bowie et s'entortillant autour du micro comme Mick fout littéralement le bordel. Foutraques, barrés, dénudés ce type et les siens, sales gosses nostalgiques de l'âge d'or, regardent dans le rétroviseur, déploient sans crainte un copié-collé enivrant d'un rock psyché brillantissime et forcément sous une pluie de paillettes. Le public - some girls - écoute subjugué, chaloupe, vibre sur les guitares extatiques et la voix lubrique du leader du crew californien. Sympathy éternel pour ce genre de Devil à la recherche du temps perdu.

 

José Gonzales teadrops boy

 

En festival, il faut un temps pour tout. Pour lâcher les armes aussi. Était-ce la fatigue accumulée, le cœur fragile, la beauté de l'éclairage ou seulement lui ? Rien que lui José Gonzalez et ses folksong teintées de darkness et de sound of silence quasi mystiques. On se laisse porter, emporter, guère le choix. Le cadre ne s'y prêtait aucunement. Une grande salle, du monde partout, des conversations de Pitchforkiens indisciplinés, le bar non loin de là n'aidaient guère. Pourtant ce type captive votre regard, braque votre cœur, et ce en étant à des mètres de vous, assis sur son tabouret de bar, guitare en main, magnifiquement éclairé. Sa tignasse brune, sa silhouette dessinée dans l'ombre nous rappelait étrangement celle de Oscar Isaac dans le Inside Llewyn Davis des frères Coen. Pendant tout cette prestation d'une douceur exquise impossible de faire dégager cette vision de notre tête. La silhouette du folkleux dans les bars miteux du New York beatnik. La nappe de fumée fantasmée nous embarque. Son Killing for love nous entraîne. Sa cover du Teardrops magique de Massive Attack nous achève. On se réveillera à la fin de cette parenthèse (dés)enchantée avec des larmes pleins les yeux.

Caribou plein d'amour

 

Jusqu'ici chacun a savouré sa came musicale en solo, en bon sale parisien qu'il est, si, si. Il fallait atteindre qu'un canadien débarque pour que l'heure soit au partage. Le véritable mot d'ordre d'un festival. Collée-serrée la salle sent le grand moment venir quand le tempo de Our Love s'emballe. Des jambes à la tête, salle complète plongée sous l'hypnose de ce Caribou à la voix vocodée. Il nous agite tel des pantins qui auraient laissés leur conscience au vestiaire. Une fille écope d'un baiser d'un inconnu sur son épaule nue, lui rend en retour sur les lèvres. Un garçon partage ses précieux cristaux en main aux nez en grande forme de ses copains. Un autre réussit à emballer celle qui le voulait  tout en continuant à danser. A défaut de distinguer ce qui se passe sur scène, on observe le spectacle que nous livre la foule. L'électronique du type la défonce bien qu'elle soit déjà stoned à minuit l'heure du crime. Caribou assassine l'idée – forcément de moi - qu'un mec derrière sa platine n'a aucun intérêt en live. Accompagné de synthés et d'une batterie, son électro électrisante n'a besoin de nul enchaînement, elle coule de source, court sur plus d'une heure, parcourt toute la salle, tous les corps. Comme une longue danse unique pour une foule en transe. L'apothéose de ce concert surréaliste a filtré partout sur les réseaux sociaux. Partage toujours. Vante toi un peu d'avoir connu cet instant. Avalanche de ballons colorés sous notre regard éternel de gosse à qui il en faut peu pour être heureux. Can't do without you disait la chanson. Bon nombre d'entre nous l'ont identifié ce you résonnant. Mais ce soir, encore et toujours, c'est sans elle qu'on ne peut pas vivre. La musique. Pas de bad trip avec elle.

 

Tag(s) : #Musique, #concert, #live, #pitchfork, #the war on drugs, #caribou, #josé gonzalez, #foxygen

Partager cet article

Repost 0