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Novembre est un temps à écouter du Damien Rice. A se faire des perfusions d'O. A regarder Jude Law regarder Natalie Portman se faire renverser. A s'enfermer dans le live hors du temps de l'Union Chapel. Huit années passées à ressasser son chant sensible et ses folksongs assassines. Chaque automne et chaque hiver la même rengaine, comme si les quelques disques de l'artiste étaient bien plus supportables que quiconque. Avec lui, novembre pourrait se vivre toute l'année que finalement on s'en foutrait pas mal. A l'aube de ce novembre glacial, l'irlandais tant aimé est sorti de son sommeil prolongé et nous, de nos souvenirs prolongés avec lui. Ensemble, c'est tout depuis un mois. My Favourite Faded Fantaisy tourne en boucle. Comme une histoire qui, la nuit tombée, viendrait nous aider à trouver le sommeil, ou alors l'exact contraire. L'histoire dure 50 minutes, pas une de plus. 8 chansons comme 8 séances d'analyse en compositions sensibles soumises au volcanique compositeur. C'est en Islande, terre aux images de cartes postales toujours en proie aux caprices des volcans qui habitent l'île, que l'irlandais Damien Rice a composé cet album. Ses 8 balades délicates se calquent sur le paysage. Ou sur l'âme du jeune poète. Car ce troisième opus n'a pas le moral comme un recueil de poésie d'un poète anglais d'un siècle passé. Contrairement à ce que laisse présager le titre de l'album rien n'est fané. - It would be the same  - même s'il prétend le contraire dès la première piste. My favourite faded fantaisy s'ouvre sur une guitare simplissime, une voix délicieusement lasse d'un vague cousin d'Elliott Smith, pour s'achever au bout de 6 minutes dans une orchestration orageuse et ces mots « I’ve never loved I've never loved ». Victime de son succès, de son désir fané, du départ de sa complice Lisa Hannigan (qui l'accompagnait au chant), Damien Rice promène ses fardeaux, les analyse sur des envolées de violons et un piano entêtant, susceptible de vous arracher une larme, deux, puis trois, des flots incontrôlables (« It Takes a lot to know a man ») . - You could be my poison, my cross, my razor blade » - Ni filles, ni garçons ne sont épargnés dans ce fracas de sentiments et d'instruments. Et Damien Rice est le premier en ligne de mire de ces attaques sentimentales tranchantes comme une lame de rasoir. Dans ces 50 minutes imbibées du charme des erreurs passées et de la lassitude du présent, « The Greatest Bastard » est une attaque en règle de Rice contre lui-même. Une attaque superbe pour un bâtard magnifique, sans masque, qui baisse la garde en élevant la voix sur une vague de violons puis de cuivre. - « We learn to win and then to fail » - Un raté sous la plume authentique du greatest bastard devient une réussite. Le reste n'est que berceuse mélancolique (« The Box »), crise existentielle à plein volume (« Colour me in ») et prière quasi mystique, chargée d'espoir et de c(h)oeur (« Trusty and True »). - « But weather rained on our dreams » - Le titre « Long Long way » vient refermer cette parenthèse désenchantée, chargée de vérités, de rigueur dans la fureur comme dans la douleur. C'est un songe de plus où Rice évoque les chutes et les sommets. C'est l'amour et la musique qui échouent. Ou l'amour de la musique. C'est un songe de plus en plus ample qui ne veut pas voir le mot fin s'afficher. C'est Damien Rice dans sa magique complexité. Sa fragilité puissante. C'est un sortilège de plus pour tous les hivers à venir. Jusqu'au prochain disque.

 

The Greatest Damien Rice
Tag(s) : #Musique, #Folk, #Damien Rice, #My Favourite Faded Fantasy, #The Greastest Bastard

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