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Il suffit de peu de chose pour s'éprendre instinctivement d'une petite musique et de celui ou celle qui l'entonne. Une photo par exemple : une petite brune au grand sourire, trimballant son piano à l'épaule. Une description rapide et efficace, dans la programmation d'un célèbre festival. Oui, une description, entourée au Stabilo, pour ne pas manquer le concert de la fille en question. Elle disait : « Du Sud de la France, en passant par Détroit, Lise se pose à Paris. Elle vagabonde sur les notes de son piano qui très vite devient son « champ des possibles », voir son protecteur du trac scénique qui l’habite. Très tôt ses aires de jeux sont Haendel, Chopin, Bach suivi de la musique pop (Bjork, les Pixies ou encore Joni Mitchel). » En ce temps-là, Lise posait alors valises aux Francofolies, le temps d'un concert très intimiste à La Coursive. Quelques heures auparavant, dans l'intimité de sa loge, en interview, elle me livrait son trac, son apprentissage du piano, ses mélodies comme des mantras et puis ses envies d'Amérique aussi.

 

Trois ans après, cette discussion dans un loge rochelaise, c'est là-bas que je la retrouve via Facebook : en terre ricaine. Jeune adulte, elle avait déjà expérimentée l'aventure aux États-Unis et ne cessait d'en parler comme d'une libération. « Ce voyage m’a libérée. Pour moi, c’est quelque chose de très difficile d’écrire dans un milieu naturel où tu es surveillée, tu as des responsabilités. C’est beaucoup plus facile d’être impudique quand il n’y a personne qui te regarde ! » confiait-elle à l'époque. Nouvelle libération, des années plus tard. Lise a « le moral dans les chaussettes ». Petit passage à vide de la jeune artiste qui peine à trouver, non pas l'inspiration, mais le soutien pour poursuivre sa carrière hexagonale. « Depuis mon premier disque j'ai écris des chansons différentes et j'avais besoin d'un espace pour les expérimenter ». L'espace sera Big Apple, ou plus exactement après le pont : Brooklyn. Foyer artistique où la frenchy va déposer ses valises et tester de nouveau la bienveillance des collaborations à l'américaine. Un soir, au Good bye blue monday, petit bar capharnaüm où les artistes viennent profiter de l'open mic, elle rencontre Brett Sullivan. Il chante deux chansons, guitare en main et yeux au ciel. Pas très séduisante comme prestation, au premier abord seulement. Car après infiniment « beau et juste » ajoute t-elle aussitôt. Lise s’exécute elle également, avec un instrument dont elle seule à le secret (un ténori, un écran électronique). Elle l'écoute attentivement. Il fait de même. A la fin de la soirée, il esquisse un premier pas pour lui demander de chanter tout l'été à ses côtés à New York. Le « bien sûr » de Lise ne se fait pas attendre. En un mois, la simple invitation se transforme en vraie collaboration artistique. Ensemble, ils testent les alliages de leurs instruments incongrus (spécialité de Lise) et écument les petite scènes de Brooklyn. L'EP est naturellement une suite logique du coup de foudre mélodique.

Lise + American Anymen, une française aux States

Leur été bienheureux dans la chaleur écrasante de NY City fut peuplé d'essais musicaux, de concerts à deux voix sous un seul nom : American Anymen. Ce groupe existe sous différentes formes mais toujours autour de la personne de Brett Sullivan. Depuis 20 ans, il est l'un des pionniers de la scène antifolk. Pendant un mois, Lise fut sa partenaire estivale en studio. Sur la pochette de leur EP, c'est bien elle, la brunette brandissant fièrement son inséparable : un piano. Sur les trois titres de l'EP, le piano c'est elle, les percussions aussi et cette petite voix, unique et précieuse. Elle a conservé ce timbre teintée de naïveté qui se calque si bien à la guitare folkeuse de l'ami ricain. Leur EP est un prolongement de leur été. On les imagine improviser, tester, expérimenter les instruments de l'un avec ceux de l'autre. Réaliser que ça colle plutôt pas mal, même très bien. D'un titre ultra léger (« 22 ») presque dansant, ils enchaînent à merveille sur une balade mélancolique où leur chant ne fait qu'un (« Strange Hands »). Cette parenthèse enchantée laisse rêveur. C'est de la musique mais c'est un film qui défile à son écoute. Un sentiment bien connu signé Lise. Ces chansons sont des petits bonheurs se calquant sur l'instant présent. Ici cela serait des errances dans un New York fantasmée, mieux des chevauchées fantastiques dans une Amérique aux ambiances différentes comme les chansons de cet EP. Folk flirtant avec la country. A certains instants, American Anymen + Lise nous rappellent l'existence de She and Him (groupe porté par Zooey Deschanel et M.Ward), joli duo de ricains aux comptines un brin vintage. Lise et son acolyte ont cette même nostalgie joyeuse, soyeuse, entêtante. On aimerait leur souhaiter le même destin...

Lise a fait sa rentrée en France. Rapportant dans ses valises cet EP (et un joli clip sur son été) avec fierté. Elle dit avoir « beaucoup de choses à apprendre encore ». Avec Brett notamment. Elle aimerait booker quelques dates à Paris pour des concerts et pourquoi pas réaliser un album complet. Côté vie en solitaire, Lise avance pas à pas avec au programme, pour les prochains mois, un EP sur le label de Mathias Malzieu (Eggman Records). 2015 sera peut-être l'année de cette chouette fille qui était clairement en tête d'affiche de mes repérages artistiques aux Francofolies de 2011, aux côtés d'ailleurs de jeunes inconnus alors, prénommés Francois and the Atlas Mountains et Christine and The Queen. On lui souhaite un aussi beau destin que ceux-là. C'est tout ce qu'elle mérite.

Tag(s) : #Musique, #Lise, #American Anymen, #Folk, #Country, #New York, #She and Him, #Brett Sullivan, #Eggman Records

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