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Et soudain au cœur de l'été : un bon film. Du genre qui décloisonne les genres sans prétention tout en vous faisant rire peu discrètement. Autant dire pas facile. Et pourtant Maestro réussit à briller au cœur de l'été par son extrême pudeur. Sans tirer sur la corde sensible, Maestro est inspirée de l'histoire vraie d'une rencontre improbable : l'acteur fan de Fast&Furious Jocelyn Quivrin et le réalisateur du Genou de Claire, Eric Rohmer. L'un collectionne les petits rôles sans envergure au cinéma, l'autre est reconnu comme l'un des grands du cinéma français. Deux façons d'envisager le cinéma, deux époques et surtout deux façons d'aimer ce métier. Ensemble, ils vont tourner en 2003 le dernier film de Rohmer, Les Amours d'Astrée et de Céladon. Film en costumes, au fin fond de l'Auvergne, où l'on cause d'amour en alexandrins naturellement. Autant dire pas la came de Quivrin. Blagueur né, bon copain de troupe, fasciné par les grosses productions, le jeune homme va pourtant tourner avec l'un des papes de la Nouvelle Vague, avec un budget plus que limité dans des conditions plus que limite. Une expérience qui bouleversa profondément sa vision du métier. De cette histoire marquante, il commencera à écrire un scénario avec son ami Léa Fazer. Mais l'amour de la vitesse et des bolides emportera Quivrin à l'automne 2009 laissant le scénario en suspens..

Maestro : touchant récit initiatique

Cinq ans plus tard, le projet voit le jour au cinéma avec l'accord de l'épouse de l'acteur (Alice Taglioni). Pour Maestro, les rôles ont été distribués avec un certain sens de l'amitié. L'ami Pio Marmaï hérite du rôle du jeune premier, Henri. De même pour Nicolas Bridet, meilleur ami dans la vraie vie de Quivrin, qui le reste aussi pour la fiction. Pour le rôle de Rhomer, Michel Lonsdale, avec ses poses charmantes de grand sage devient Cédric Rovère. Ensemble, ils vont tourner cette histoire inspirée d'un roman pastoral du XIIe siècle. Prétexte formidable pour montrer l'envers d'un décor d'un film d'auteur. Les égos en action, les tracas de la technique et de la gestion sans oublier les délires du maître qui veut soudainement que son berger joue du biniou. Dans une première partie, Maestro déclenche les rires sincères, pas appuyés par un comique outrancier. La bille de clown de Pio Marmaï vaut le détour. L'entendre lire de la poésie, le voir avec une permanente ou dresser un chien ou apprivoiser un biniou forment autant de preuves de son immense talent pour la déconade. De déconneur né, il ne va pas se transformer radicalement en acteur cérébral mais va tout simplement s'intéresser à ce que lui enseigne Rovère. La fantaisie, l'art du vrai, le cinéma fantasque... En douceur, le film, notamment à travers une histoire d'amour vécue entre Henri et une actrice sur le tournage, dérive vers le récit d'apprentissage. Un double récit car si le cinéma du maestro anime la curiosité d'Henri, le caractère fougueux du jeune garçon va aussi toucher le cinéaste. Scène tendrement drôle où Rovère demande à Henri ce que signifie le verbe kiffer. Le partage est à son comble. Comme les acteurs sur le tournage, le spectateur aimerait rester partager ces petits instants de grâce volés au temps. Ces fous rires déclenchés par l'oeil rieur de Pio Marmaï formidable du début à cette fin où il remercie Rovère. « Merci de m'avoir appris à payer sans marchander le prix exorbitant de la beauté ». Un film doux comme le cinéma de Rohmer et drôle comme Quivrin, un hommage à ces deux-là, disparus à 3 mois d'écart, d'une touchante sincérité.
 

 

 

Tag(s) : #Cinéma, #maestro, #jocelyn quinvrin, #pio marmaï, #michael lonsdale, #eric rohmer

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