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Ça allait être le premier concert. Le plus important certainement cette année. Celui à ne pas manquer. L'adoré avait fait acte de présence bien dès fois dans notre vie, alors c'était la moindre des choses de faire acte de présence pour son concert pas comme les autres aux Francofolies de La Rochelle. Accélère, appuie sur le starter et arrive en avance pour la guerre. La guerre, oui, pour assister au concert de Julien Doré revisitant le célèbre « La Notte, La Notte », 30 ans après sa sortie dans les bacs, 30 ans après que la France tomba pour la pop ambiguë de Daho. Le remake 2014 affichait complet depuis des lustres. Il allait falloir se battre pour entrer dans le grand théâtre de la Coursive. Râler un peu d'être arrivée dans les premières et de voir des happy fews passer en priorité. Mais pour l'adoré, il faudra patienter mesures de sécurité oblige. Derrière la porte, l'oreille à l'affût, on distingue sa voix suave. On patiente, loupe deux chansons puis enfin voit sortir quatre photographes que les quatre encore présents dans la file des journalistes auront la chance de remplacer dans la salle. Victorieuse à la guerre. A peine entrée, on étouffe. Est-ce la chaleur de l'après-midi ou l'effet Doré ? Dans la salle noir, on distingue des têtes partout. Au sol au premier rang, dans les marches des deux allées, derrière les techniciens du son et lumière. D'ailleurs on s'assoit à côté d'eux sur une marche. Enfin, je crois que c'est dans la poche, l'adoré est sous mes yeux et il va me faire aimer Daho comme jamais.

 

« Ce soir, je n'ai d'yeux que pour toi »

 

Premier titre : « Sortir ce soir », s'habille de guitares chaotiques et d'une voix subtile et sombre. L'air n'est plus tiède et léger comme en 1984. L'air est désespéré. D'une beauté inespérée, Doré entame « Et si je m'en vais avant toi » et caresse les cœurs avec ses airs de crooner. En ralentissant le rythme initial de cette chanson déjà très sensuelle dans le texte, il fait grimper la température de la salle déjà à son comble et signe la réussite de ce tour de chant. A ce moment du spectacle, je ne suis plus assise comme une voleuse sur une marche à côté de la technique mais sur un nuage pop ouateux, brûlant, enivrant. Difficile de redescendre. Bye Bye la voix débordante de sensualité, sexualité. Retour à la réalité. Julien me chantonne un « laisse tomber les jaloux, puisqu'on est bien ». Bien c'est le terme exact. A chantonner des « ouh ouh ouh » avec Doré et des inconnus dans une salle obscure, à prendre son temps pour articuler les mots de Daho et à dandiner naïvement parce que le texte réclame « encore une danse, encore une danse ». « La nuit est pleine de promesses » raconte la suite. Mais à vrai dire pour l'instant, on est incapable de donner un indice sur l'heure. Soir ou matin. 1984 ou 2014. Peu importe, Doré embrasse un autre axe musical que le père Daho mais comme lui, comme la relation amoureuse qu'ils content tous deux à 30 ans d'écart, suspend le temps, le stoppe net dans sa fureur et ses idées sombres. Le rythme s'accélère, la voix légèrement voilée de Doré se teinte de gravité, et l'équipe des six garçons qui accompagnent notre homme plonge le public dans « Le grand sommeil ». L'amour au grand jour s'est fait la malle. Résultat : Doré ressasse l'amour perdu. Une souffrance qui - hélas- lui va si bien dans ses albums. Entortillé dans ses draps, il ressasse cet amour sur un air à l'inverse du texte. Enivrant, revigorant, électrique.

 

« En partant tu m'as mis le cœur à l'envers »

 

Et moi, donc. Comme une vengeance à l'amour, comme une réponse orageuse, Doré enchaîne sur la seule chanson en anglais de l'album de Daho, « Poppy Gene Tierney ». Là encore, il brille. Comme toujours, il bousille les acquis, va voir ailleurs s'il y est, se met en danger comme dans un fameux télé-crochet qui l'a vu démarrer. Doré assassine l'amour sur cet avant dernier titre apocalyptique. Débuté en solo par un air d'harmonica, il va par la suite lui faire quelques infidélités du côté de la cold wave, si cher à Daho. La température se glace et la voix adorée se fait grave. Inquiétante comme dans son fameux ciel bleu canard, connard. Le show de l'artiste multifacettes, l'album de Daho touche à sa fin, et tu le sais. Impossible de ne pas savoir qu'il en manque une. Et pas n'importe laquelle. La plus célèbre. La plus belle. La plus sensible. Une chanson ritale avec un cœur bancal et un bocal. Une histoire au vocabulaire surréaliste et pourtant à la force universelle. Le rideau se ferme. Pour mieux se rouvrir sur Julien Doré, seul en hauteur. Perché, les mains colées au piano, il chante en douceur ce mélo fait de bonheurs et de soupirs qui fit battre bien des cœurs bancals depuis trente ans. Le mien est en pause. J'en ai perdu mon sang-froid et ai laissé apparaître une larme. J'ignore si c'est le gris empoisonnant de la chanson, la mélancolie dans la voix du garçon ou ma propre mélancolie de l'histoire mais cette salope de larme est bien là. La bulle Daho-Doré, ceux qui ne ressemblent à personne, vient d'éclater avec ce final finement puissant. Se refermer sur une version émouvante et dénudée de ce précieux « Week-end à Rome ». Après un entracte dont il faudra se réveiller douloureusement, Doré enchaînera sur un concert plein de løve, de voix tout en nuances et de danses suaves. « Moi je paierais pour te revoir dans cette chambre rouge » chantera t-il sur « Hôtel Thérèse » et je me dis que je paierais pour le revoir dans une autre salle obscure et certainement parisienne à la rentrée. Lui, l'homme de l'élasticité du sentiment, l'artiste sans limite qui réussit à faire danser une salle entière après l'avoir fait pleurer à chaudes larmes. Lui pour qui la salle n'arrêtait pas de se lever, applaudir, participer. La notte, la notte fut belle en ce second jour des Francofolies. Pleine de promesses pour l'avenir avec l'adoré. Respectueuse de cette variété haut de gamme que doivent défendre les Francofolies. Et puis cette nuit a eu le mérite de me faire acheter mon premier album d'Etienne Daho. La notte, la notte dormira à côté de Løve. Normal.

Pour réécouter le concert de Julien Doré aux Francofolies c'est par ici :

Francofolies : La notte, la notte avec Julien Doré
Tag(s) : #Musique, #chanson française, #Francofolies, #Julien Doré, #Etienne Daho, #La Notte La Notte

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