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Un jour cette fille a voulu être la meilleure. The Greatest. Et elle l’est certainement devenue au fil des années dans notre cœur. Elle était la meilleure pour bercer une certaine époque de nos vies. Elle était là avec sa guitare en main, et ça suffisait à notre chagrin. Elle chantait ce qu’elle voulait être, ce qu’elle n’était pas, son insatisfaction chronique. Donnant à un simple Free ou un modeste Maybe Not une intonation unique. A vous faire chialer dès la première note. We can all be free maybe not in words, maybe not with a look, but with mind. Voilà, cette fille libérait les esprits trahis. Troublée par la vie, ou trop sensibilisée à celle-ci - impossible de trancher - elle additionnait les sales périodes de la vie, les illustrant par des chansons crève-cœur. Par recherche de soi à travers la musique. Toutes les musiques. Folk pure, rock indé dépouillé, Memphis soul, cover de ses artistes préférés ou carrément électro. Certains lui reprochaient d’ailleurs ce virage extrême. Je préfère en garder l’image d’un virage extrêmement maîtrisé, par la fille en question et par Philippe Zdar. Garder en tête l’entêtant « Cherokee » et le formidable « Nothin But Time » avec ce bon vieux Iggy. They want to live. Their way of living. La fille se relevait à sa manière d’une période d’errances, faite de comas éthyliques et de ruptures amoureuses. Elle avait le droit de se relever comme elle le voulait. Comme n’importe quelle fille. Couper ses cheveux à la garçonne, changer de couleur de cheveux comme une rock star et tenter l’aventure musicale vers un nouvel horizon ébouriffant. Tant que c’était bien fait, ça nous allait. Tant que ça nous enivrait. Mieux : tant que ça nous injectait de l’énergie à chaque écoute. Et quand on avait envie de se rendre mélancolique toute seule comme une grande fille consentante il restait toujours le flash-back, le retour aux réconfortants basiques. C’est ceux-là même qu'elle a choisi d’interpréter en solo sur la scène de We Love Green. La sensation étrange de partager un artiste tant aimé, en solitaire dans une petite chambre, dans un vaste cadre avec des milliers d’autres était de nouveau palpable. La peau avait tendance à frissonner, et on ne sait vraiment si c’était la faute au temps, ou sa faute à elle, accompagnée de sa guitare  et de son piano. Enchaînant avec une timidité naturelle ce que « You Are Free » et « The Greatest» ont de meilleurs. Nous l’écoutant avec dévotion. On l’écoute, mais on est plus trop là à vrai dire. On est perdu dans nos 20 ans. Peut-être nos 23. On l’écoute et on pense à elle. A ce qu’elle a traversé. Les concerts massacrés, annulés. Celui-là, elle ne le loupe pas. Elle l’enrobe de tout son désir de perfection, de toute sa sensibilité, de sa poésie marginale. Elle a beau s’excuser de chanter toujours la même chose avec des mots différents, on a envie de lui crier qu’on pourrait passer notre vie à ressasser ses mots tellement ils touchent juste. Fin de journée sur le jardin de Bagatelle, le temps se suspend grâce à elle. Le lendemain, j’entendrai une gamine dire à propos d’elle « ah oui la fille qui était en train de mourir sur scène ». J’aurai dû l’arrêter et lui flanquer ma main dans la figure. Elle n’était pas en train de mourir sur scène, non. Chan Marshall revivait grâce à la musique de Cat Power. Good woman, elle l'était vraiment.

 

Good Woman, Cat Power à We Love Green
Tag(s) : #Musique, #We love green, #festival, #Cat Power, #Live report, #concert

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