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Au hasard des rayons, j’ai embarqué un Pialat. Ou plutôt un Gégé. L’appel de l’image. Du monstre. Du loubard séduisant. Du voyou mémorable du cinéma des années 80. Dans ce cinéma-là, Gégé se prénomme Loulou. Surnom enfantin pour une brute au cœur tendre. Surnom léger sans cesse crier murmurer, gueuler dans une atmosphère banalement quotidienne faite de petits boulots, de magouilles et de coups tirés à la va-vite dans des hôtels miteux. Là-dedans, ça gueule beaucoup, ça parle mal et ça verse quelques larmes. D’autres auraient dit d’emblée « bah quoi ? Ça vit, c’est tout ». Mais l’œil mettra quelques temps à l’admettre. Il doit s’acclimater à la caméra toujours sur le qui-vive de Pialat. Caméra près des visages et des corps. L’oreille, elle, doit s’habituer à un vocabulaire brut.  C’est celui du cinéma de Pialat. Chez lui, les hommes ne sont pas tendres et les femmes sont des « égouts sur pattes ». Réplique puante et accablante balancée dans une scène d’ouverture criarde où une femme mariée danse avec un voyou, se colle à lui, avant que son mari lui en colle une bonne. Les coups pleuvent dans Loulou. Et généralement, ils sont pour elle, Nelly (Isabelle Huppert). Ils pleuvent de la main de son mari diablement ennuyant mais friqué (Guy Marchand). Ils pleuvent des mots cinglants de Loulou, doux loubard qui n’en fout pas une (Gérard Depardieu).

 

La tendresse de Loulou, bordel

Étrange histoire que celle de Loulou. Histoire imprégnée de l’expérience personnelle du couple Langmann-Pialat. Elle est la scénariste. Il est le réalisateur. Un jour, Arlette Langmann (sœur du producteur Claude Berri) s’est fait la malle avec un beau loubard, plantant Pialat. Loulou est l’enfant de l’ histoire de ce faux-pas. Pialat sous ses grands et faux airs d’improvisation y soigne ses obsessions, son faible pour les faiblesses, la brutalité, l’immonde. Ce qui parait si spontané a été soigneusement pratiqué en coulisses. Étrange histoire que celle de Loulou inspiré de faits réels. Ce n’est pas tout à fait son portrait, ni celui de Nelly, encore moins un triangle amoureux ou une simple histoire d’amour. C’est la vie livrée à l’état brut. La vie imposée dans les cafés, les dancings, les piaules d’une nuit, les maisons familiales... Une vie donnée sans explication avec toutefois le souci du bon mot. De la réplique jetée comme une évidence tragique au détour d’une conversation…

Michel : « Oui mais admettons que tout soit possible, qu’est-ce que vous aimeriez faire dans la vie ? »
Loulou : « Bah, rien... »

Il est comme ça Loulou. Assumant son envie de rien. De simples magouilles et des virées imbibées d’alcool lui suffisent. La réponse de Loulou à son beau-frère soucieux de laisser sa sœur entre deux bonnes mains témoigne de tout le caractère entier du film. Un adjectif qui colle aussi bien à son acteur principal qu’à son réalisateur. Loulou est en quête d’un plaisir immédiat et non d’un bonheur sur le long terme comme ses contemporains. Il ne cherche jamais à entrer dans une case proprette comme le frère ou le mari de Nelly. Celle-ci définit d’ailleurs parfaitement son amour pour Loulou, pour son amour du rien, dans une discussion avec son ex-mari : « Je préfère un mec qui m’aime bien, qui me baise bien et qui veut pas bosser plutôt qu’un mec qui me fait chier et qui a du fric ». Il ne se passe concrètement rien dans Loulou. On attend, on patiente et pourtant la fin arrive et nos amoureux repartent ensemble comme lors de la première scène. Corps collés. Amoureux imbibés d’alcool et de no futur. Alors le film se refait dans notre mémoire. Ce rien, cette succession de coups, physiques et moraux, c’est peut-être finalement ça la vie. Pas grand-chose. « Rien » comme le lâche avec une certitude déconcertante Loulou.

Tag(s) : #Cinéma, #Pialat, #Depardieu, #Huppert, #Loulou

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