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Ce n’est un secret pour personne : les histoires d’amour finissent mal en général. Et ce mal fait en général grand bien quand on le couche sur papier. Mieux encore, il réussit à composer des grands romans, films et de beaux albums sur ce malheur universel. Si, si c’est prouvé. Fouillez vos bibliothèques, vivez des ruptures et vous constaterez que c’est sur ces romans, ces films et ces albums qu’on se précipite en premier. Récepteurs de nos douleurs, catalyseurs de nos haines, on chérit ces précieux objets nés de rupture amoureuse. Confortables et point trop accablants, ils valent tous les meilleurs amis du monde. Mieux, il remplace l’être aimé. Epaule réconfortante sur laquelle il fait bon reposer un cœur qui tangue. Tout ça pour dire, qu’entre un album de Doré, un roman de Sagan et un film de Donzelli, il va falloir caser le Du bout des lèvres d’un jeune premier : Le Noiseur.

Dans la logique des choses de la vie, le premier album de Le Noiseur (Simon Campocasso) est né suite à une rupture. Sans celle-ci, peut-être qu’il n’aurait jamais franchi le cap de l’écriture. Une écriture fine et sensible où sans sales sentiments, sans rancune aucune, il cherche à voir clair dans « un amour négatif ». Y voir clair c’est "s’autopsier" le cœur sans avoir peur de ce qui va en sortir. Dans cette opération de haute envergure, l’artiste cherche à emmener l’auditeur sans forcing dans son intimité. « Au départ de Du bout des lèvres, il y a cette idée de raconter une histoire d’amour de la manière la plus intime possible. Pour qu’il n’y ait aucune frontière entre celui que je suis et ce disque. Et qu’en l’écoutant, les gens plongent dans mon intimité. »

 

Le Noiseur, flirt à suivre

L’intimité est élégante, soignée et lancinante. Elle se confond avec le texte, l’atmosphère, les êtres. Avec Le Noiseur, on repense à la fameuse formule de Truffaut dans La Nuit Américaine : « Les films sont plus harmonieux que la vie ». Elle conviendrait aux chansons du jeune homme, sorte d’Antoine Doinel tourmenté et certainement moins filou. Ses chansons sont plus harmonieuses que la vie, elles avancent mieux que les amoureux soucieux de l’avenir. Elles se dessinent sans encombre, sans rature avec un flow lent qui coule de source alors que le rythme de la vie ne cesse d'additionner les ratures irl. Chose des plus merveilleuses, elles ne font pas mal, ne blessent pas, malgré leur triste final. Elles s’évertuent juste à vous faire passer par toutes les nuances de la mélancolie. C’est comme si un Lexomil avait été avalé par la chanson pour moins peiner celui qui l’écoute. Pour lui faire passer le goût du malheur tout en l’émerveillant de son chagrin. Car Le Noiseur ne craint pas son passif. Il y trempe sa plume mélancolique, y ajoute un style élégant et s’en va jouer dans la cour des grands. Impossible de ne pas faire des rapprochements quand votre cœur à la fâcheuse tendance à s’agiter pour les chanteurs prompts aux emballements amoureux. Alors à son écoute c’est une foule de chansons fantômes qui reviennent hanter votre esprit. La beauté du chanté-parlé d’Arnaud Fleurent-Didier. Les désillusions amoureuses sublimement cash de Benjamin Biolay. La plume cinématographique de Vincent Delerm. Et au fil de l’écoute, on se dit que Le Noiseur pourrait bel et bien faire son entrée dans le cercle des privilégiés de notre cœur. Sa manière de conter les histoires d’amour sur le déclin, tout en délicatesse, du bout des lèvres comme s’il ne fallait ne pas déranger l’action en train de se tourner sous la caméra de notre regard mélancolique, promet étrangement son lot de sensations fortes. Sa musique, « ce truc cinématographique, mélancolique, nostalgique, un peu à cheval entre le rap et la chanson » comme il la définit, tournera longtemps dans notre tête comme une scène de Truffaut dont il serait impossible de gommer l'image. La sensation. Le détail. Voilà, Le Noiseur ravive les détails de nos amoureuses ruptures que l'on croyait mortes pour toujours.

Le Noiseur sera en concert aux Francofolies de La Rochelle le vendredi 11 juillet 

Tag(s) : #Musique, #chanson française, #Le Noiseur, #Francofolies, #Biolay, #Delerm, #Doré

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